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Guide de Guadeloupe

chlordécone Guadeloupe

L'Etat Français a t il empoisonné la Guadeloupe ?


Rédigé le Jeudi 24 Juin 2010 à 11:28 commentaire(s)
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L'affaire de la chlordécone rebondie avec la production d'un rapport de l'équipe du Pr Luc Multigner et le lien significatif fait entre le cancer de la prostate en Guadeloupe et le pesticide, mais le rapport ne dit pas que cela !


@ http://grepp.guadeloupe.ecologie.gouv.fr/
@ http://grepp.guadeloupe.ecologie.gouv.fr/

Le lien est fait entre chloredécone et le cancer de la prostate

.... mais qui en doutait ! Une étude, publiée lundi 21 juin en Guadeloupe et dans le Journal of Clinical Oncology, confirme que le chlordécone, un perturbateur endocrinien, est responsable d'un accroissement significatif du risque de cancer de la prostate.

Depuis des années, la même équipe écrit rapport sur rapport et Karuprostate a servie de base à  Luc Multigner et l'équipe de l'Inserm U625 et du service d'urologie du CHU de Pointe-à-Pitre pour établir un accroissement significatif....et c'est là que le bas blesse

A l'heure où le guadeloupéen veux connaitre les cartes des contaminations, les conséquences actuelles sur la santé, la façon de dépolluer les sols, le projet Karuprostate (étonnant que cela se fasse en Guadeloupe et pas en Martinique encore plus durement touchée...) établi un accroissement significatif, pour être clair, la probabilité de cancer de la prostate est multipliée par 1,8 chez les sujets ayant des concentrations sanguines supérieures à 1µg/l. de chlordécone dans le sang mais les vrais facteurs importants de danger sont :
  1. antécédents familiaux de cancer de la prostate
  2. avoir résidé dans un pays occidental
la probabilité de développer la maladie est ainsi multipliée par 4,2

Bien que la masse médiatique se soit jetée à corps perdu dans les superlatifs, ce rapport a tout de même des allures suspectes et sans être paranoïaque, on se demande qui tire les ficelles derrière.

J'espère que ces quelques points attiseront votre curiosité :


Pourquoi l'étude porte t elle sur une population globale ?
Je comprend qu' avoir une large étude sur la totalité de la population soit importante, mais quand un bateau coule on sauve les femmes et les enfants d'abord non ? Les milliers d'ouvriers agricoles qui attendent avec anxiété les résultats d'études scientifiques ( faites en Guadeloupe, écrites en anglais, la population aurait mérité une traduction par soucis de transparence) doit bien souffrir de voir son cas non traité de façon prioritaire

Pourquoi l'étude comprend t elle une partie solution alors que rien n'est fait
pas une carte précise, pas de mode opératoire de dépollution, pas d'idée sur les conséquences actuelles, pas l'ombre d'un conseil sur ce que l'on peu manger ou non, dans quelles parties des fruits et légumes se concentre la chlordecone et ce que l'on peut manger et pourtant, le rapport arbore fièrement le conseil de manger des fruits et légumes locaux.....

Puisque ceux présent possèdent un risque de pollution que nous venons d'expliquer il faudra importer des fruits et légumes ?
De là a dire que ceux qui ont participé financièrement aux travaux sont ceux qui importent les denrées alimentaires des deux iles est un lien qui a son importance à ce stade.

Quid des sols, quid de ce que l'on peut manger, quid des ouvriers agricoles, quid  de la comparaison entre les méfaits des pesticides en Guadeloupe et ce qu'apporte le mode de consommation locale sur l'ensemble des cancers comparativement parlant avec la métropole, quid de l'impact sur l'environnement, quid des responsabilités,  ?

Le dossier de la chlordécone est une affaire qui s'inscrit dans la durée et l'opacité, il serait bien naïf de sauter sur l'occasion d'écrire un bon titre et d'en oublier le fond

La chlordécone, c'est ce produit qui a fait les choux gras des exploitants que les plus hautes instances de l'Etat acoquinées avec les barons des affaires des iles ont introduit dans les assiettes des enfants antillais....et pour l'instant, c'est encore difficile d'en savoir plus !

Définition de Chlordecone :

Pesticide organochloré utilisé entre 1981 et 1993 employé pour le traitement des bananiers pour lutter contre le charançon. Appartient à la même famille que le DDT, le lindane, le mirex.
Le chlordecone est un polluant organique persistant, extrêmement rémanent dans l'environnement qui peut s'avérer très toxique.

A été classé comme cancérogène possible chez l'homme dès 1979 mais n'a été interdit qu'en 1993 et utilisé notamment aux Antilles.

Ce produit est à l'origine d'une pollution importante en Guadeloupe et en Martinique découverte en 1999. À certains endroits l'eau souterraine contient des taux de chlordecone 100 fois supérieurs à la norme.

La pollution par le chlordécone aux Antilles françaises

Une pollution persistante provoquée par un produit antiparasitaire suscite une mobilisation renforcée de tous les acteurs concernés

Une contamination qui s'étend aux cultures vivrières

Un pesticide contre le charançon

Entre 1981 et 1993, un produit antiparasitaire de lutte contre le charançon noir du bananier et dont la matière active était le chlordécone, insecticide organochloré interdit depuis 1993, a été utilisé par les producteurs de bananes de Martinique et de Guadeloupe.

On ne connaît pas les effets précis du chlordécone sur la santé humaine, mais les effets constatés sur les animaux sont des tremblements, des atteintes hépatiques et rénales et une dégradation de la spermatogenèse. Toutefois, ces effets n'ont été constatés qu'à des doses nettement plus élevées que celles auxquelles sont exposées les populations des Antilles.

Une forte rémanence

Le chlordécone est une substance très stable, qui se dégrade difficilement et a eu tendance à s'accumuler dans les sols et les graisses.

Cette pollution se retrouve dans d'anciennes terres de cultures bananières rendues à la culture vivrière. Du fait de sa rémanence, le chlordécone est encore présent dans les sols et contamine certains produits cultivés sur ces terrains. Une quinzaine de sources d'eaux de captage sont aussi polluées par ce produit et sont progressivement traitées au charbon actif.

Les végétaux les plus contaminés sont d'abord les légumes racines (dachine ou madère, malanga, igname, patate douce, manioc), en raison de la migration directe du chlordécone du sol vers la racine. Certains végétaux dont les parties comestibles sont proches de leur racine, ou qui sont en contact avec la terre, peuvent être aussi contaminés, mais à des niveaux plus faibles.

L'avis de l'AFSSA

A la demande des ministères chargés de l'agriculture, de la consommation et de la santé, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) a été chargée d'évaluer l'exposition alimentaire de la population antillaise au chlordécone et de proposer des limites maximales de contamination dans les denrées.

Le 11 octobre 2005, l'AFSSA a rendu public son rapport, dans lequel elle a notamment proposé des limites maximales provisoires(1) de contamination dans les denrées. Le respect de ces limites permettrait de demeurer au-dessous des seuils toxicologiques d'exposition, chronique ou aiguë, considérés comme sans risques pour la santé humaine.

Une action forte des pouvoirs publics

Au sein d'un comité interministériel piloté par l'Inspection générale des affaires sociales, les ministères chargés de la consommation, de la santé, de l'agriculture, de l'écologie et de l'outre-mer ont décidé de mettre immédiatement en œuvre toutes ces recommandations, en liaison avec les préfets de la Martinique et de la Guadeloupe.

Deux arrêtés ministériels(2) ont ainsi été publiés le 12 octobre 2005 pour fixer les teneurs maximales en chlordécone que ne doivent pas dépasser certaines denrées d'origine végétale et animale pour être reconnues propres à la consommation humaine. Ces arrêtés prévoient deux teneurs maximales :

la première, 50 microgrammes (µg) par kg de poids frais, pour les huit aliments qui, en raison de leur forte consommation ou de leur forte contamination, apporteraient le plus de chlordécone. Ces "aliments vecteurs" sont le dachine (ou madère), la patate douce, l'igname, le concombre, la carotte, la tomate, le melon et la chair de poulet ;
la seconde, 200 µg par kg de poids frais, pour tous les autres aliments. Cette limite permet de s'assurer que le seuil d'exposition aiguë ne serait pas dépassé, en particulier pour les très jeunes enfants.
Toutefois, afin de protéger les personnes qui consomment leurs propres légumes issus de jardins contaminés, une recommandation provisoire de limiter la consommation de dachine et de patate douce provenant du jardin à deux fois par semaine environ a été émise.

Au niveau régional, les préfets de la Martinique et de la Guadeloupe ont réuni des groupes spécialisés pour les questions phytosanitaires, le 17 octobre en Martinique et le 20 octobre en Guadeloupe. A cette occasion, l'AFSSA a fait une présentation de ses conclusions.

Afin de compléter ces mesures, une mission de prospective est actuellement en cours. Elle définira les scénarios d'évolution possibles pour faire face à la contamination des sols, tant en ce qui concerne l'évolution des systèmes de production agricole que les mesures d'accompagnement que l'État serait amené à mettre en œuvre.

Cette mission a été confiée à des experts de l'AFSSA, de l'Institut national de recherche agronomique (INRA) et du Centre international en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). Cette équipe s'est rendue aux Antilles au mois d'octobre dernier.

De leur côté, les services locaux de la DGCCRF de Martinique et de Guadeloupe poursuivront leurs contrôles des résidus de pesticides dans les denrées d'origine végétale commercialisées, en tenant compte des nouvelles limites maximales et en orientant leurs prélèvements sur les aliments les plus contributeurs à l'exposition.

___________________

1) De nouvelles analyses de présence de chlordécone dans les aliments sont en cours. Leurs résultats permettront d'affiner l'exposition et, si nécessaire, de reconsidérer la liste des aliments vecteurs. Elles permettront également de vérifier le bien fondé des limites maximales fixées à ce jour.
2) Arrêté du 10 octobre 2005 relatif à la teneur maximale en chlordécone que ne doivent pas dépasser certaines denrées d'origine végétale pour être reconnues propres à la consommation humaine et arrêté du 5 octobre 2005 relatif à la teneur maximale en chlordécone que ne doivent pas dépasser certaines denrées d'origine animale pour être reconnues propres à la consommation humaine.

Histoires de Guadeloupéen autour du Chlordécone

Nicole (1) est endettée. Elle ne peut ni faire face aux factures, ni se reconvertir. Elle risque l'expulsion de son logement et s'inquiète pour l'avenir de son fils de 5 ans. Nicole, 37 ans, jeune agricultrice guadeloupéenne, est l'une des victimes de la contamination de l'île par le chlordécone. Aujourd'hui interdit, cet insecticide ultratoxique, utilisé contre le charançon du bananier, cancérogène probable et perturbateur endocrinien, a pourri pour des siècles les eaux et les terres antillaises.

En 1999, Nicole fait un emprunt pour acheter un terrain à Goyave, en Basse Terre. Sept hectares de semi-mangrove sur lesquels, en 2003, elle plante des madères. En 2004, elle fait analyser ses sols, comme le préconisent deux arrêtés préfectoraux à tout agriculteur désireux de produire des légumes racines ou des plantes à tubercules (2). Le couperet tombe : "Mes parcelles étaient contaminées. Mon terrain n'a jamais servi à la culture de bananes, mais il est situé en aval d'une bananeraie. Ce sont les eaux de ruissellement qui ont transporté le chlordécone." Il lui est désormais interdit de vendre ses légumes. "J'ai dû laisser mes tonnes de madères en plan." Depuis, le terrain est en friche et Nicole en galère. Pour ne pas craquer, la jeune agricultrice multiplie les courriers aux administrations, au préfet, à Jacques Chirac, à l'Union européenne...

La pollution des rivières guadeloupéennes a été décelée en 1999 par la direction départementale de la santé, mais c'est en 2002 seulement que scientifiques et autorités publiques saisissent l'ampleur du désastre. Cette année-là, se souvient Harry Durimel, avocat et porte-parole des Verts de Guadeloupe, un article paru dans Libération (3) révèle deux événements survenus quelques mois plus tôt. D'abord, en août, la découverte en Martinique, par la police, de plusieurs tonnes de chlordécone dans une bananeraie. Preuve que les planteurs ont continué à utiliser ce poison pourtant interdit depuis 1993. Dix jours plus tard, la douane saisit à Dunkerque une cargaison de patates douces en provenance de Martinique, toutes contaminées par le chlordécone. Preuve que l'insecticide, présent dans les sols antillais, a contaminé la chaîne alimentaire et peut se retrouver dans les assiettes, via les légumes cultivés dans la terre.

La préfecture de Guadeloupe met alors en place des analyses de sol préventives et interdit la culture des légumes-racines sur terrain contaminé. Sous la houlette du député martiniquais Philippe Édmond-Mariette (non inscrit), des parlementaires antillais obtiennent la création d'une mission d'information sur le chlordécone. Rendu public en juin 2005, leur rapport rencontre peu d'échos en métropole. Pourtant, les tribulations de l'insecticide aux Antilles se lisent comme un polar. Elles illustrent l'opacité qui caractérise l'homologation des produits phytosanitaires, et témoignent de l'influence d'une poignée de gros planteurs qui contrôlaient alors la filière antillaise de la banane.

Le chlordécone appartient à la première génération de pesticides, les organo-chlorés. Comme le DDT, le lindane, c'est l'un des "douze salopards", ces polluants organiques persistants qui sont une plaie pour la planète. Breveté aux États-Unis en 1952, le produit est vendu en 1958 par la société Dupont de Nemours sous le nom commercial de Kepone. Mais en 1975 c'est la catastrophe sur un site de production en Virginie. "Une pollution importante de l'environnement immédiat de l'usine, ainsi que des effets toxiques aigus sur les travailleurs (...) induisent la fermeture brutale du site", relatent les députés. Les autorités américaines interdisent le Kepone en 1976. Pourtant, cinq ans plus tard, le produit va être réautorisé en France. Après le passage de deux cyclones, en 1979 et en 1980, les planteurs se disent démunis face à la prolifération du charançon. En 1981, le ministère de l'Agriculture accepte de le remettre sur le marché. C'est la société Laurent de Laguarigue qui a racheté le brevet de la molécule et la vend sous le nom de Curlone. Or Laguarigue est un gros planteur béké martiniquais, propriétaire de maisons d'exportation de bananes... Dans une interview donnée en août 2005 à l'hebdomadaire guadeloupéen Sept Magazine, Daniel Dollin, de la chambre d'agriculture, rappelle la puissance du lobby des gros planteurs: "[Ils] faisaient la pluie et le beau temps dans les groupements, les petits pouvaient juste se plier (...). C'était la belle époque de la banane, on avait un marché garanti en Martinique et en Guadeloupe, et l'objectif de chacun était de trouver les moyens pour conserver ses parts de marché malgré les intempéries."

Angoisses et convulsions

Pourtant, la nocivité environnementale de l'insecticide est déjà établie. En 1977 et 1980, deux rapports scientifiques (4) avaient mis en évidence la pollution des rivières et des sols antillais, et la rémanence du produit. L'impact sur la santé humaine, lui, est mal connu. Sauf en cas d'exposition aiguë : les ouvriers de l'usine de Hopewell en Virginie ont souffert d'agitations, d'angoisses, de convulsions, de céphalées, de troubles hépatiques et de troubles de la spermatogenèse. On ignore en revanche l'effet d'une exposition chronique. Chez le rat, elle provoque des cancers, et endommage les organes reproducteurs. Mais aucune étude épidémiologique n'a été concluante chez l'homme. En 1979, la substance est néanmoins classée cancérogène probable par le Centre international de recherche contre le cancer.

Pourquoi la France prend-elle le risque d'autoriser ce produit ? À l'époque, rappelle la mission parlementaire, "les connaissances scientifiques étaient balbutiantes, l'attention portée aux potentiels effets néfastes des pesticides moins soutenue qu'aujourd'hui (...) et la notion de principe de précaution encore inconnue du droit".

Yves-Marie Cabidoche, chercheur de l'Inra en Guadeloupe, spécialiste de l'étude des sols, se souvient : "En 1981, (...) le chlordécone avait une réputation non usurpée d'efficacité. (...) La Guadeloupe avait essuyé plusieurs cyclones, le charançon proliférait. Les planteurs ont exercé une forte pression pour que ce produit soit disponible." Il évoque aussi les rapports distants entre recherche, services de l'État et acteurs économiques. À l'époque, regrette-t-il, il existait pourtant des produits alternatifs, des organo-phosphorés dégradables, moins efficaces que le chlordécone mais qui auraient pu le remplacer.

L'État pénalement responsable ?

En 1989, la Commission d'étude de la toxicité des phytosanitaires préconise l'interdiction de l'insecticide, qu'elle juge "persistant, relativement toxique". Le ministère de l'Agriculture l'interdit en 1990. Mais les gros planteurs obtiennent deux dérogations : le produit sera utilisé jusqu'en 1993. La mission parlementaire émet les plus grandes réserves sur ces dérogations qui pourraient aujourd'hui engager la responsabilité pénale de l'État dans ce "Metaleurop agricole" (5).

Aujourd'hui, la Guadeloupe tente d'évaluer l'ampleur des dégâts. L'eau tout d'abord. En 1999, la Direction de la santé et du développement social (DSDS) de Guadeloupe sonne l'alerte : les rivières sont polluées, certains des points de captage d'eau potable aussi. Problème d'autant plus grave que c'est de Basse Terre, région des bananeraies, que proviennent 80 % des ressources en eau potable de la Guadeloupe. En 2000, des mesures sont prises : captages fermés, stations de traitement d'eau potable équipées de filtres à charbon pour retenir les pesticides.

Selon l'Inspection générale de l'environnement, en 2005, les eaux destinées à la consommation sont exemptes de chlordécone à plus de 99 %. Reste que la population antillaise a ingéré durant des années une eau et des aliments pollués.

Quant aux sols, Grande Terre est épargnée mais Basse Terre est fortement contaminée. Yves-Marie Cabidoche, qui planche sur une cartographie des sols pollués, estime qu'au moins 4 000 hectares, soit un sixième de la surface agricole, sont très pollués. "Le chlordécone est une molécule hérissée de chlore qui présente une forte affinité pour les sols et ne montre aucun indice de dégradabilité. Il faudra des siècles pour que les eaux parviennent à le lessiver. L'insecticide, qui se dépose sur le sol comme une couche de vernis, s'est dispersé avec les labours en millions de copeaux dans une grande épaisseur de terre." Et nul ne sait dépolluer ces sols dont l'usage est désormais très restreint. "On peut y faire encore de la banane ou de la canne à sucre, le transfert de l'insecticide de la terre aux arbres fruitiers n'ayant pas été observé."

A la chambre d'agriculture, Sully Gabon dirige le service qui centralise les analyses de sols. Il est confronté à la détresse économique des cultivateurs. Aujourd'hui, il reçoit Claudius Virain, 26 ans, dont les trois parcelles dédiées aux patates douces et madères sont contaminées. "Notre prédécesseur sur le terrain avait fait de la banane durant neuf ans et utilisait du Curlone, comme tout le monde." Le jeune homme cultive désormais des bananes "presque bio" et a réussi à dénicher des marchés locaux. "Je commence à m'en sortir mais j'ai perdu 11 000 euros."

Un tiers des femmes enceintes contaminées

La Confédération paysanne et les syndicats affiliés aux Antilles réclament l'indemnisation par l'État des victimes. Mais le préjudice global est difficile à évaluer, les agriculteurs n'ayant pas tous fait procéder à l'analyse de leurs sols. En outre, la publication en octobre par l'Agence française de sécurité alimentaire de limites acceptables de chlordécone dans les produits les plus consommés, sans risque pour la santé des consommateurs, devrait permettre à certains agriculteurs dont les terres sont peu contaminées de continuer à travailler. Sully Gabon s'inquiète aussi de la santé des agriculteurs : "Normalement, pour épandre le chlordécone, on doit utiliser un appareil doseur qui se porte dans le dos et une petite lance avec système de dosage. Mais le plus souvent c'était un seau, et dans le meilleur des cas des gants ou un masque..."

Plusieurs études épidémiologiques, coordonnées par Luc Multignier, épidémiologiste de l'Inserm à Rennes, tentent de cerner l'impact sanitaire de l'exposition au chlordécone, et les éventuels liens de causalité avec certaines pathologies. "La première, fondée sur des analyses de sang, a confirmé qu'une importante fraction de la population deux tiers des ouvriers agricoles et un tiers des femmes enceintes est contaminée, explique-t-il. Ce n'est pas surprenant, puisque l'eau et les aliments sont pollués. Mais nous ignorons si ce niveau de contamination est dangereux." Une étude menée en 2004 n'a pas trouvé de différences significatives entre la fertilité des ouvriers agricoles et celle d'une population témoin.

Deux autres études sont en cours : Timoun, qui piste les effets du chlordécone sur le développement intra-utérin et postnatal à partir du suivi de 1 200 grossesses et des sept premiers mois des bébés. Et Karu-Prostate, qui traque les liens avec le cancer de la prostate. "On observe en Guadeloupe un taux de prématurité et de mortalité périnatale deux fois plus élevé que celui de la métropole, et l'une des incidences de cancer de la prostate les plus élevées au monde, qui ne s'explique qu'en partie par l'origine ethnique de la population." Les résultats de ces études ne sont pas attendus avant 2007. En attendant, les Guadeloupéens doivent se débrouiller avec leurs angoisses.

(1) Le prénom a été modifié.
(2) Igname, madère, manioc, patate douce, gingembre, carotte, navet...
(3) 12 octobre 2002.
(4) Snegaroff (Inra) et Kermarrec.
(5) Cette entreprise de fonderie a fermé ses portes en 2003, laissant le site contaminé.



sébastien sabattini