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Sols contaminés de Guadeloupe : toutes les solutions possibles ! ( partie 2 )


Rédigé le Dimanche 23 Septembre 2007 à 00:00 commentaire(s)
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Dans la partie une, nous avons apporté un point de vue scientifique de l'introduction du chlordécone aux antilles jusqu'au manque évident à combler dans le futur.
Cette deuxième et dernière partie présente toutes les solutions possibles d'exploitation de sol contaminé


annalyses et recommandations
annalyses et recommandations

Préalables aux pistes de reconvertions possibles

Les préalables à toute recommandation sont :
  • une analyse de la demande et des marchés tant au niveau local, régional qu’international
    un calcul de la rentabilité de telles filières
  • une analyse de la capacité de reconversion des exploitations agricoles (technique, financière, sociale)
  • une analyse de la rapidité des opportunités de structuration des filières (organisation, contractualisation, négociations, …)
  • une analyse de l’impact et du bilan environnemental global de la filière.
Beaucoup d'analyses nécessaire avant d'en valider une seule alors ne nous précipitons pas dans des conclusions trop rapide aussi belle et écologique qu'elles soient !


Maraichage hors sol
Maraichage hors sol

Cas des cultures alimentaires

La non contamination de certaines cultures alimentaires est à identifier ou à confirmer (cas de l’arboriculture fruitière)

Une possibilité susbiste, celle du maraîchage hors sol, mais son extension reste limitée : saturation des marchés au delà d’une certaine surface, problèmes phytosanitaires, investissements couteux, utilisation impérative d’eau non contaminée, très forte technicité

Etais pour batiment
Etais pour batiment

Bois d'oeuvre : bois précieux et étais de bâtiment

Bois précieux
Pratiquement aucune tentative privée de sylviculture de bois d’ébénisterie n’a pu être notée au 20e siècle. Les filières de bois d’ébénisterie ont disparu, tant en Guadeloupe qu’en Martinique. Les plantations de Mahogany réalisées il y a plus de trente ans par l’ONF ne sont valorisées qu’à 50 €/m3, en plateaux proposés en bord de piste. La totalité du bois d’oeuvre de charpente et construction est importée d’Europe (résineux traités) ou d’Amazonie.

Etais de bâtiment
Cette activité existe déjà aux Antilles, mais de manière plutôt informelle. Il y a donc un
potentiel qu’il faut avant tout évaluer. Une telle activité contribuerait également à la
protection de l'environnement, en limitant l’exploitation de la forêt primaire. Le retour sur investissement est beaucoup plus rapide que pour l’exploitation de bois précieux (7 à 8 ans).

bio carburant
bio carburant

Bioénergies : Biocarburant et biomasse énergie comme la canne/fibre ou bois/énergie

Biocarburant
Les Antilles sont sous forte dépendance énergétique, et dans le même temps la filière classique canne/sucre traverse des difficultés économiques. Le contexte actuel semble donc a priori assez favorable au développement d’une filière canne/éthanol et à l’investissement des pétroliers.

ATOUTS
Le principal atout est que c’est une filière « quasi existante » avec un savoir-faire cultural, qu’il faudra certes adapter en fonction des nouvelles variétés de canne à sucre, et une organisation de la profession. Des modifications des infrastructures sont cependant à prévoir.
Ce choix politique implique également un investissement de l’ensemble de la population (adhésion et changement de mentalité, modification des véhicules). Cette option semble possible à moyen terme.

PROBLEMES :
  • La réglementation française sur l’obligation évolutive d’incorporer des biocarburants ne comporte pas de composante favorisant le développement local. Les proportions de biocarburants à incorporer progressivement seront imposées aux grandes
    entités distributrices, sur la globalité de leur distribution. L’étroitesse des marchés antillais, et le contexte tropical, n’encouragent pas les grands groupes pétroliers à s’investir localement
  • le coût des additifs pour contenir la volatilité du bio-éthanol en conditions de températures
    élevées pourrait être notamment un obstacle.
  • La structure financière de la filière, : la sucrerie qui fournit la mélasse, la distillerie et la centrale thermique qui valorise la biomasse résiduelle n’ont aucune participation croisée de capital. La filière peut paraître presque prête au plan industriel, elle ne l’est pas au plan des entreprises.
  • Autre facteur à ne pas négliger : l’analyse de la compétitivité d’une telle filière avec en particulier la proximité d’un gros producteur de bioéthanol comme le Brésil, qui entend très vite introduire ce produit dans la même liberté de marché que celle du marché pétrolier.

Biomasse énergie :

1 - Canne fibre
Le système de culture et l’organisation de la récolte sont déjà en place, il suffirait de remonter le processus de sélection des cannes à sucre pour retouver des variétés riches en fibres.
La seule contrainte dans une telle filière serait le broyage : pour l’instant réalisé par les sucreries, il perd pour elles de l’intérêt si le produit « sucre » est absent. La filière n’est pour l’instant pas intégrée, ce qui constituerait inévitablement une difficulté. Des solutions de broyeurs mobiles, ou la substition des tronçonneurs de cannes installés directement sur les machines à récolter par des broyeurs pourraient contourner cette difficulté.

2 - Bois / énergie
La substitution du charbon par de la biomasse dans le système bagasse/charbon est aisée à mettre en oeuvre sur le plan technologique et ne nécessite pas d’investissement lourd particulier (utilisation et adaptation des structures existantes). L’objectif de substitution elève d’un choix politique, sur l’accroissement de l’autonomie énergétique de de Guadeloupe.


Des sytèmes mixtes sont envisageables, avec un couplage possible entre la production de gaules, et de biomasse pour l’énergie (bois et canne fibre).

Projet immobilier
Projet immobilier

Cas de l'abandon de l'agriculture sur ces sols : projet immobilier ou parc vert

Projet immobilier :
Face au problème de contamination des sols agricoles, aux problèmes de durabilité des systèmes agricoles et à la pression d’urbanisation, la tentation de spéculation foncière pourrait être forte. Les problèmes de pollution et d’exposition des populations ne sont pour autant pas résolus

Parc vert :
L’Etat pourrait s’impliquer directement en investissant sur les surfaces les plus contaminées et les plus difficiles à valoriser, qui seraient alors mises en défens. Un « périmètre vert » pourrait être recréé.

Exemple de reconvertion : la sylviculture

rentabilité de la sylviculture à partir de la 4ème année
rentabilité de la sylviculture à partir de la 4ème année
Un début de simulation économique a été fait pour une reconversion par des systèmes sylvicoles multifonctionnels, en comparaison avec la canne biomasse combustible. Cette simulation intègre des scénarios de systèmes forestiers multi-espèces, adaptés aux sols mécanisables très contaminés, satisfaisant à une demande de biomasse combustible, au marché existant d’étais de construction et de charbon de bois, et à la production de bois précieux.

Les principes :
  • Plusieurs espèces sont notoirement adaptées au contexte pédoclimatique des andosols, les sols les plus fortement contaminés
  • Les fonctions attendues peuvent être assurées par au moins une espèce :
    Bois d’ébénisterie : Bois de rose (Cordia aliodora)
    - Charbon de bois : Mauricif (Byrsonima trinitensis)
    - Etais : Bois côtelette (Miconia mirabilis)
    - Biomasse : Bois côtelette (Miconia mirabilis)
  • L’implantation de ces espèces peut être rapidement opérationnelle : l’ONF produit en pépinière la première (5 €/plant), les deux dernières se reproduisent aisément par graines, dont on connaît les coûts de collecte et semis (16h /ha = 160 €/ha)
  • Les prix de vente sont connus pour les étais (2,5 €/pièce) et le charbon de bois (2 €/kg) ; la marge nette sur le bois précieux a été minorée à 25 €/m3 dans un contexte de filière à reconstruire, la vente de biomasse a été estimée à 50 €/tMS.
Sur ces hypothèses ont été construits plusieurs scénarios multi-fonctions, dont l’avantage est de présenter une couverture précoce, puis permanente, minimisant les besoins d’entretien (désherbage au sens large).

Le tableau présente les marges nettes moyennes annuelles par hectare des différents scénarios, comparés en supposant que chacun bénéficie d’une subvention à la reconversion de 2 000 €/ha.
Il ressort de ces simulations comparées que les solutions les plus attractives seraient la combinaison des fonctions correspondant aux besoins du marché (charbon, étais), avec une occupation interstitielle par de la biomasse, minimisant les coûts d’entretien. On remarquera que la simulation de marge moyenne en biomasse pure (744 €/ha), malgré une plus faible productivité (20 tMS/ha/an) apparaît plus attractive que la production de biomasse de canne (35 t/ha/an), qui sur la même base de coûts et de prix d’achat (50 €/t) aurait dégagé une marge nette de 334 €/ha. Cette dernière marge serait inférieure à celle du système multifonctions complet, incluant in fine la production de bois précieux, à ceci près qu’elle est positive dès la deuxième année, alors que le système complet présente une marge nulle entre les années 11 et 39. Les coûts de production de la canne ont été tirés de ceux de la canne à sucre selon Zébus et al. (2002), en rabaissant les coûts d’entretien des rejetons de 1 467 à 1 200 €/ha grâce à des plantations en rangs resserrés.




CONCLUSIONS :


La sylviculture (a pour rôle de faire évoluer les forêts, en mettant à profit les facteurs écologiques et les potentialités naturelles, afin d’optimiser durablement les produits et les services que l’homme peut en attendre.La « sylviculture durable » renforce l'idée que la gestion doit veiller à ne pas surexploiter le milieu pour qu'il ne perde pas de son potentiel dans le futur. Certains modes de gestion apportent une attention plus soutenue à l'environnement et à la biodiversité) possède tous les avantages d'un bon projet :
  • C'est une culture écologique
  • C'est une culture durable
  • Elle participe à la défense du patrimoine : car aujourd’hui les productions d’étais, voire de charbon, se font en partie par l’usage illicite de la forêt départementalo-domaniale, et même du Parc National de la Guadeloupe.
  • Elle nous permis une autonomie par rapport à la Métropole sur l'importation de bois
  • Elle répond à une autonomie énergetique en terme de bio-masse
  • Elle participe au developpement d'économie à forte valeur ajoutée comme le bois précieux

Alors, si vous étiez Monsieur LUREL, Forêt ou essence ?




Sébastien Sabattini