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Qu'est ce que le développement durable


Rédigé le Mercredi 22 Décembre 2010 à 11:39 commentaire(s)
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Le « développement durable » est, selon la définition proposée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le Rapport Brundtland1 :
« un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de " besoins ", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. »


développement durable

L'environnement apparaît en effet à partir des années 1970 comme un patrimoine mondial essentiel à transmettre aux générations futures et le philosophe Hans Jonas a exprimé cette préoccupation dans son livre Le Principe responsabilité (1979). Au deuxième Sommet de la Terre, à Rio de Janeiro en 1992, la définition Brundtland, axée prioritairement sur la préservation de l'environnement et la consommation prudente des ressources naturelles non renouvelables, sera modifiée par la définition des « trois piliers » qui doivent être conciliés dans une perspective de développement durable : le progrès économique, la justice sociale et la préservation de l'environnement.
On emploie quelquefois en français le terme de développement « soutenable ». La soutenabilité ou la durabilité est le caractère de ce qui respecte le mieux les principes de développement durable.
Le terme de « développement » complète la notion de progrès, qui au XIXe siècle, s'est construite autour du progrès industriel, et qui pouvait avoir des connotations idéologiques (idéologie du progrès).
Au delà de ses aspects communicationnels, le développement durable correspond, avec la mondialisation et l'internet, à une nouvelle vision du monde.
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Sémantique et histoire du concept [modifier]
Depuis plus d'une décennie, le concept est devenu courant et de multiples et divers institutions et acteurs sociaux et économiques se réclament du concept de développement durable. Ce concept est né de deux constats :
· la fracture Nord/Sud et la recherche d'un développement humain ;
· et de la crise écologique et l'urgence de sauvegarder l'environnement.
Le lien entre les objectifs du développement et la crise de l'environnement conduit au concept d' éco-développement développé au début des années 70 par Ignacy Sachs et à la conférence internationale de Stockholm sur l'environnement humain en 1972. Puis le terme "Sustainable development", traduit par "développement durable" apparait en 1980 et est officialisé et répandu par le rapport "Notre avenir à tous", (dit Rapport Brundtland) en 1987.
Historique [modifier]
1968 : création du Club de Rome qui regroupe une poignée d'hommes, occupant des postes relativement importants dans leurs pays respectifs et qui souhaitent que la recherche s'empare du problème de l'évolution du monde pris dans sa globalité pour tenter de cerner les limites de la croissance.
1972 : le Club de Rome publie le rapport Halte à la croissance ?, rédigé à sa demande par une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology. Ce rapport donne les résultats de simulations informatiques sur l'évolution de la population humaine en fonction de l'exploitation des ressources naturelles, avec des projections jusqu'en 2100. Il en ressort que la poursuite de la croissance économique entraînera au cours du XXIe siècle une chute brutale des populations à cause de la pollution, de l'appauvrissement des sols cultivables et de la raréfaction des ressources énergétiques.
1972 (16 juin) : une conférence des Nations unies sur l'environnement humain à Stockholm expose notamment l'écodéveloppement, les interactions entre écologie et économie, le développement des pays du Sud et du Nord.
1980 L' Union internationale pour la conservation de la nature publie un rapport intitulé stratégie mondiale de la conservation où apparaît pour la première la notion de développement durable.
1987 (avril) : Une définition du développement durable est proposée par la Commission mondiale sur l'environnement et le développement (Rapport Brundtland).
1992 (3 au 14 juin) : le Sommet de Rio consacre le terme et le concept commence à être largement médiatisé devant le grand public. Adoption de la convention de Rio et naissance de l'Agenda 21.
Les catastrophes industrielles de ces trente dernières années (Tchernobyl, Seveso, Bhopal, Exxon Valdez, etc.) ont interpelé l'opinion publique et les associations telles que le WWF, les Amis de la Terre, Greenpeace. (voir aussi Chronologie de l'écologisme)
2002 (26 août au 4 septembre) : Sommet de Johannesburg : En septembre, plus de cent chefs d'État, plusieurs dizaines de milliers de représentants gouvernementaux et d'ONG ratifient un traité prenant position sur la conservation des ressources naturelles et de la biodiversité. Quelques grandes entreprises françaises sont présentes.
2005 : Entrée en vigueur du protocole de Kyōto sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre.
Les enjeux [modifier]
L'environnement négligé au XIXe siècle [modifier]
Historiquement, le mode de pensée qui est à l'origine de la Révolution industrielle du XIXe siècle a introduit des critères de croissance essentiellement économiques. On retrouve ces critères dans le calcul du Produit national brut, dont l'origine remonte aux années 1930.
Des corrections ont été apportées dans la deuxième moitié du XIXe siècle sur le plan social, avec l'apparition d'associations à vocation sociale et du syndicalisme. L'expression "économique et social" fait partie du vocabulaire courant.
Cependant, les pays développés (souvent appelés pays du Nord) ont pris conscience depuis les années 1970 que leur prospérité est basée sur l'utilisation intensive des ressources naturelles, et que par conséquent, outre l'économique et le social, un troisième aspect a été négligé : celui de l'environnement.
Par exemple, l'empreinte écologique mondiale dépasse la capacité "biologique" de la Terre à se reconstituer depuis le milieu des années 1970réf. nécessaire.
Pour certains analystes2, le modèle de développement industriel n'est pas viable sur le plan environnemental, ce modèle ne permettant pas de durer et de se "développer". Les points cruciaux sont le changement climatique, l'épuisement des ressources naturelles (matières premières, énergies fossiles pour les humains), la destruction des écosystèmes, la diminution de la biodiversité.

Le développement industriel génère de la pollution (exemple pluie acide) qui provoque aussi la destruction d'écosystèmes. Cette destruction provient aussi du changement climatique ou de l'exploitation des ressources naturelles (exemple la déforestation de la forêt équatoriale). Elle provoque une perte inestimable en terme de biodiversité par l'extinction (donc irréversible) d'espèces végétales ou animales. Enfin, ce développement provoque la raréfaction des énergies fossiles et des matières premières (imminence du pic pétrolier), donc finalement l'épuisement des ressources naturelles.
Au problème de viabilité s'ajoute un problème d'équité : il est à craindre que le souhait de croissance (légitime) des pays sous-développés (souvent appelés pays du Sud) vers un état de prospérité similaire, édifié sur des principes équivalents, n'implique une dégradation encore plus importante de la biosphère.
Il est également à souligner que si tous les États de la planète adoptent l'American Way Of Life, qui consomme près du quart des ressources de la Terre pour 7% de la population, il faudrait 5 ou 6 planètes. Et si tous les habitants de la planète vivaient avec le même train de vie que la moyenne française, ce ne sont pas moins de 3 Terre qui seraient nécessairesréf. nécessaire.
Un développement économique et social respectueux de l'environnement [modifier]
L'objectif du développement durable est de définir des schémas qui concilient les trois aspects économique, social, et environnemental des activités humaines, les « trois piliers » du développement durable à prendre en compte, par les collectivités comme par les entreprises :
· Économique : performance financière « classique », mais aussi capacité à contribuer au développement économique de la zone d'implantation de l'entreprise et à celui de tous échelons ;
· Social : conséquence sociales de l'activité de l'entreprise au niveau de tous ses échelons : employés (conditions de travail, niveau de rémunération…), fournisseurs, clients, communautés locales et société en général ;
· Environnemental : compatibilité entre l'activité de l'entreprise et le maintien des écosystèmes. Il comprend une analyse des impacts de l'entreprise et de ses produits en termes de consommation de ressources, production de déchets, émissions polluantes…
Les objectifs du développement durable [modifier]
Répondre aux besoins actuels et à venir [modifier]
Comme vu précédemment, la définition classique du développement durable provient du rapport Brundtland de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement. Il rappelle le propos prêté à Antoine de Saint-Exupéry : « Nous n’héritons pas de la Terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ».
Le rapport Brundtland insiste sur la nécessité de protéger la diversité des gènes, des espèces et de l'ensemble des écosystèmes naturels terrestres et aquatiques, et ce, notamment, par des mesures de protection de la qualité de l'environnement, par la restauration, l'aménagement et le maintien des habitats essentiels aux espèces ainsi que par une gestion durable de l'utilisation des populations animales et végétales exploitées.
On peut considérer que les objectifs se partagent entre trois grandes catégories :
· Ceux qui sont à traiter à l'échelle de la planète : rapports entre nations, individus, générations ;
· Ceux qui relèvent des autorités publiques dans chaque grande zone économique (Union européenne, Amérique latine, Asie…), à travers les réseaux territoriaux par exemple ;
· Ceux qui relèvent de la responsabilité des entreprises.
Le développement durable, associé à la notion de bonne gouvernance, n'est pas un état statique d'harmonie mais un processus de transformation dans lequel l'exploitation des ressources, le choix des investissements, l'orientation des changements technologiques et institutionnels sont rendus cohérents avec l'avenir comme avec les besoins du présent.3.
Equité entre les nations, les individus et les générations [modifier]
Le développement durable est-il un concept clair pour être opérationnel ?
Il est plutôt perçu par certains comme une panacée et un catalogue de bonnes intentions qui devraient permettre tout à la fois, sans trop préciser comment, de combiner un ensemble d'exigences :
· La satisfaction des besoins essentiels des communautés humaines présentes et futures, en rapport avec les contraintes démographiques :
o accès à l'eau (cas de l'accès à l'eau au Maroc| Maroc) ;
o lutte contre la faim ou la malnutrition, sécurité alimentaire ou souveraineté alimentaire ;
o accès à l'éducation ;
o accès à la santé ;
o accès pour tous à l'emploi.
· L'amélioration de la qualité de vie :
o accès aux soins médicaux ;
o accès aux services sociaux ;
o accès à un logement de qualité ;
o accès à la culture
o bien-être social.
· Le respect des droits et des libertés de la personne :
o la participation, pour l'ensemble des groupes de la société, aux différents processus de prise de décision ;
o statut des femmes ;
o liberté de la presse ;
o résolution des conflits ;
o liberté d'expression.
· Le renforcement de nouvelles formes d'énergies renouvelables :
o énergie éolienne ;
o énergie solaire ;
o géothermie ;
etc.
Réseaux territoriaux : agenda 21 [modifier]
Article détaillé : Agenda 21.
Pour le respect d'objectifs de développement durable sur les territoires des grandes régions économiques, les réseaux de villes et les communautés urbaines sont à même d'exprimer les besoins et de mettre en œuvre des solutions dans le cadre de l'outil défini au sommet de la Terre de Rio de Janeiro : l'agenda 21. L'agenda type définit 40 chapitres répartis en quatre sections.
Par ailleurs, les collectivités territoriales sont en relation avec les entreprises, les universités (et les grandes écoles en France) et les centres de recherche, pour imaginer les solutions innovantes de demain.
Le gouvernement français élabore un cadre de référence pour les projets territoriaux de développement durable dont les agendas 21 locaux4
Responsabilité sociale des entreprises [modifier]
Article détaillé : Responsabilité sociale des entreprises.
Pour le respect d'objectifs de développement durable par les entreprises, spécifiquement on parle de responsabilité sociale des entreprises (corporate social responsability) ou parfois plus précisément responsabilité sociétale des entreprises5 puisque le volet de responsabilité ne correspond pas uniquement au "volet social". La responsabilité sociale des entreprises est un concept par lequel les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales, voire de bonne gouvernance ou gouvernement dans leurs activités et dans leur interaction avec leurs parties prenantes sur une base volontaire. Il n'y a en effet jusqu'à présent peu d'obligations législatives, de contraintes ou de pénalités : à citer cependant en France, une loi relative aux nouvelles régulations économiques qui oblige les entreprises cotées en bourse à inclure dans leur rapport annuel une série d'informations relatives aux conséquences sociales et environnementales de leurs activités.
Efficacité économique [modifier]
Elle vise à favoriser une gestion optimale des ressources humaines, naturelles et financières, afin de permettre la satisfaction des besoins des communautés humaines, et ce, notamment, par la responsabilisation des entreprises et des consommateurs au regard des biens et des services qu'ils produisent et utilisent ainsi que par l'adoption de politiques gouvernementales appropriées (principe du pollueur/payeur, internalisation des coûts environnementaux et sociaux, éco-fiscalité, etc.).
· consommation en eau
· production énergétique
· agriculture durable
· transport
· communication
· inégalités
· pauvreté
· corruption
· solidarité
· économie
Des définitions complémentaires [modifier]
Un développement durable doit être à la fois viable, vivable, et équitable.
Durabilité / soutenabilité [modifier]
Certains préfèrent parler de développement soutenable, c'est-à-dire ce que notre environnement peut supporter sur le long terme. Ce serait aussi une traduction plus littérale du terme anglophone sustainable development.
Cependant, le concept de durabilité n'a pas à être dépendant d'un simple aspect de traduction d'une langue à l'autre. Les tenants du terme « durable » préfèrent insister sur la notion de durabilité (cohérence entre les besoins et les ressources globales de la Terre sur le long terme) plutôt que sur l'idée d'une recherche de la limite jusqu'à laquelle la Terre sera capable de nous supporter sans dommage.
D'autres récusent le concept même de développement économique et préfèrent parler d'utilisation durable, voire, en s'inspirant des travaux de Nicholas Georgescu-Roegen, de décroissance durable.
Soutenabilité forte/faible [modifier]
Il existe deux conceptions sur la soutenabilité :
· soutenabilité forte : n'admet pas que le capital naturel soit amputé au détriment des générations futures ; Les partisans de cette conception sont plutôt les ONG, surtout environnementales, les associations…
· soutenabilité faible : tolère une amputation du capital naturel, à condition que cette amputation soit substituée par un capital de connaissances ; les tenants de la soutenabilité faible se situeraient plutôt dans les milieux dirigeants des entreprises et dans les milieux économiques et financiers, bien qu'il soit difficile de généraliser.
Voir dans le paragraphe limites et dérives du concept les dangers de la soutenabilité.
Aspects philosophiques et éthiques [modifier]
Les aspects essentiels du développement durable, sur les capacités de la planète et les inégalités d'accès aux ressources posent des questions philosophiques.
André Comte-Sponville aborde les questions d'éthique dans le capitalisme est-il moral ?'. Paul Ricœur et Emmanuel Lévinas abordent aussi ces questions sous l'angle de l'altérité. Patrick Viveret et Jean-Baptiste de Foucauld (Les trois cultures du développement humain) abordent ces questions sur le plan de la justice sociale.
Le philosophe français Michel Foucault aborde ces questions sur le plan épistémologique. Il parle de changements de conception du monde, qui se produisent à différentes époques de l'Histoire. Il appelle ces conceptions du monde, avec les représentations qui les accompagnent, des épistémês. On pourrait sans doute affirmer que le développement durable, et son corollaire la mondialisation, correspondent au concept d'épistémê, qui, appliqué à notre époque, est appelé hypermodernité par Michel Foucault.
L'un des thèmes de la philosophie qui interpelle le plus nos contemporains est sans doute celui de la philosophie de la nature, dont on trouve un représentant éminent en la personne du physicien irlandais Robert Boyle.
Sans aborder tous les thèmes de la philosophie, on notera que le développement durable comporte des enjeux très importants en matière d'éthique des affaires. Ces questions ont déjà été abordées dans le monde anglo-saxon, mais sont encore à l'état d'ébauche en Europe, et en particulier en France.
Questions posées [modifier]
Une mise en œuvre difficile [modifier]
Si le principe ainsi défini est assez clair, les objectifs posés par le développement durable semblent plus difficiles à mettre en œuvre. Parmi les questions qui se posent :
· Comment définir les besoins des générations futures ?
· Une croissance économique forte est-elle compatible avec les besoins de la population actuelle et avec la population de demain ?
· Peut-on se contenter de mieux gérer les ressources non renouvelables, l'objectif de maintien de la valeur du capital naturel est-il possible :
o utilisation abusive de la voiture (trajet moyen : 3 km) et imminence du pic pétrolier, multiplication du transport des marchandises
o gaspillage de l'eau (notamment dans l'agriculture), sur-utilisation d'eau potable pour des usages non alimentaires
o gaspillage de l'électricité (éclairage, appareils électriques en veille, air conditionné mal réglé…),
o production de déchets (emballages) ou surproduction d'objets de consommation à durée de vie courte,
· Les modèles de mesure de la croissance sont-ils adaptés ? Souvenons-nous qu'il y a 30 ans, le sentiment général était que la planète ne serait plus viable en l'an 2000 : quelle mise à jour crédible et rigoureuse de l'argumentation peut-on avancer ?
· Les pays du Sud sont-ils impliqués dans la réflexion ? L'innovation technologique nécessaire ne risque-t-elle pas d'introduire un fossé grandissant entre pays riches et pays pauvres sur le plan de la connaissance ?
· Comment soutenir, sans « paternalisme » le développement des pays « du sud », comment vont-ils s'organiser pour respecter les « trois piliers » décrits plus haut?
· Pour la question du changement climatique, le protocole de Kyoto est-il une manière efficace de résoudre le problème ?
· Quel impact ces enjeux auront-ils sur l'équilibre du monde ? Quelle relation faire avec la mondialisation ? La croissance des grands pays d'Asie est-elle soutenable ?
· Quels seront les impacts en termes de droit ? Quel rapport entre droit positif et droit naturel ? En particulier quels seront les impacts de la charte de l'environnement (en France), remontée au sommet de la hiérarchie des normes depuis 2005, sur le droit public, sur le droit privé et le droit des affaires ?
· Quelles évolutions technologiques prévisibles peuvent impacter tant la situation que les politiques à suivre ?
· Quel niveau de perception les dirigeants ont-ils de l'ampleur et de la globalité du phénomène ? La communication est-elle suivie d'action ?
· Sur un plan éthique, la présentation du développement durable est-elle cohérente vis-à-vis des employés des entreprises et des parties prenantes ?
· Les agences de notation financière permettent-elles de rendre compte des progrès accomplis ? Quelle place les agences de notation sociétale prendront-elles ?
· Comment partager les bonnes informations collectivement ?
· Comment mettre à jour notre fonctionnement économique pour qu'il s'inscrive dans ce développement durable?
Limites et dérives du concept [modifier]
Comme tous les concepts, le développement durable trouve aussi ses limites. En effet, la société capitaliste, dans laquelle nous sommes, a su redistribuer les dividendes de la production à l'économie (sous la forme de ré-investissements) et au social (hausse du revenu des salariés) pendant toute son existence. La balance entre ces deux pôles s'est réalisée au gré des diverses luttes sociales et des convictions politiques des dirigeants. Mais comment prendre en compte l'environnement dans cette balance alors que l'équilibre entre le social et l'économique est déjà actuellement dans une impasse ?
1. Maintenant, le concept de développement durable peut aussi dériver vers une vision malthusienne de notre société. Pourquoi les pays riches, maintenant développés, imposeraient-ils aux pays en développement une vision limitative de leur développement ? Le concept est bon, ses objectifs louables, mais il sert peut-être à justifier une politique protectionniste de certains pays craignant une trop grande concurrence. En pratique, les pays développés ne se privent pas de commercer avec la Chine, malgré les risques de dérive de l'empreinte écologique de celle-ci.
2. Un deuxième risque est celui d'une communication mal équilibrée. Soit la communication ne serait pas suivie d'actions, dans le domaine de l'innovation par exemple, et l'entreprise se fragiliserait par rapport à ses concurrents plus innovants. Soit au contraire la communication dévoilerait trop d'informations confidentielles. Dans les deux cas, la cohérence de l'organisation et la compétitivité de l'entreprise en pâtiraient dans le contexte de la révolution internet.
3. Un troisième risque est celui d'une dérive vers des modèles de soutenabilité faible, c'est-à-dire admettant la substitution du capital naturel par un capital de connaissances. Ce modèle est souvent celui des organismes américains en particulier, surtout au niveau fédéral ou de leurs ramifications mondiales. Ce risque se traduit par la constitution de réseaux d'innovation pilotés en dehors de l'Europe qui risqueraient de déstabiliser les institutions des États européens (recherche, universités, ...).
4. Un quatrième risque, plus pernicieux encore, est souligné par le philosophe André Comte-Sponville. Celui-ci craint que l'éthique d'entreprise criée haut et fort dans les colloques, au nom de l'intérêt (en fait de l'entreprise) ne masque en fait le manque d'une morale plus large. En pratique, la fluidité des flux d'informations et financiers de la mondialisation aboutit à une multiplication des investissements étrangers non contrôlés. Cela peut court-circuiter les actions coordonnées européennes, dans le domaine politique et juridique en particulier, du fait de biais culturels et de rigidités administratives des États. Comte-Sponville en conclut à la nécessité d'une morale dépassant le cadre de l'entreprise (les quatre ordres). Une réorganisation du droit paraît en outre nécessaire.
5. Un cinquième risque vient de l'accaparement, par les puissances qui maîtrisent les technologies de l'information, des mécanismes de normalisation et de régulation internationaux. De ce fait, les plus riches risquent d'imposer un modèle qui aboutit de fait à une répartition encore plus injuste des savoirs, et par conséquent des ressources naturelles. Le logiciel dit open source et les sociétés ou organisations favorisant sa mise en œuvre (dont les SSLL), peuvent peut-être contribuer à réduire ce risque.
6. Un sixième risque est que les critères d'évaluation soient mal équilibrés et croisés entre l'environnement, le social, et l'économique, ou bien la mise en œuvre de modèles globaux biaisés (retour à des utopies ou certaines formes d'idéologies, …). Par exemple, le biais environnemental peut masquer d'autres carences.
7. Un septième risque est que le label « développement durable » soit récupéré pour appuyer de plus en plus de politiques ou d'actes n'ayant aucun rapport avec la notion même, ou s'y rattachant d'une façon très superficielle. Par exemple, le « tourisme durable », application au tourisme du concept de développement durable, a tendance à être un tourisme d'élite qui, au nom du respect de l'environnement, dresse une barrière sociale en augmentant le tarif des séjours afin de « préserver l'environnement », oubliant le volet social.
8. Un huitième risque est que les analystes financiers chargés d'évaluer les rapports de développement durable des entreprises ne disposent pas de la formation nécessaire sur les concepts de développement durable, et qu'ils ne disposent pas des outils d'analyse adaptés (structuration).
· Enfin, le concept de développement durable véhicule explicitement le choix du développement. Ou, dit autrement, du type de croissance. La Terre étant par nature limitée (en taille, en ressources, ...), la croissance, pour ceux qui l'assimilent au simple développement industriel traditionnel, serait elle-même forcément limitée. Les problèmes qui amènent certains à parler de développement durable partent de l'idée que nous atteindrions rapidement ces limites. À notre rythme de consommation actuelle des ressources, elles seraient atteintes dans dix à vingt ans pour certaines ressources (principalement, mais pas seulement, le pétrole), et cela au prix de désordres croissants au caractère largement irréversible (dérèglement climatique) ; d'où l'emploi du terme « développement soutenable », qui met en évidence l'antinomie entre « développement » et « durable ». La fin supposée des ressources énergétiques abondantes (qui suppose abusivement l'absence de nouvelles découvertes scientifiques en ce domaine) signerait la fin de notre civilisation industrielle. Ce qui ne condamnerait d'ailleurs en aucune façon la croissance économique, laquelle est engagée depuis plusieurs décennies dans un modèle post-industriel.
Pour beaucoup, le concept de développement durable est réducteur et ce n'est pas parce qu'une démarche cherche à s'inscrire dans la durée qu'elle est nécessairement bonne pour l'humanité : « les blockhaus présents sur le littoral atlantique sont on ne peut plus durable et ils furent édifiés pour protéger un Reich qui entendait durer mille ans ». Le développement ne doit pas seulement être durable d'un point de vue économique et écologique, il doit également être soutenable tant sur le plan social que moral. Il nécessite de ce fait que l'on mette un terme à l'effarante montée des inégalités qui caractérisent notre mode actuel de croissance.
Aspects organisationnels [modifier]
Communication et développement durable [modifier]
Avec la mise en place de programmes de développement durable dans les entreprises et d’agendas 21 dans les collectivités territoriales, s’est posé, à partir de 2002, la question de la « communication sur le développement durable ». Autrement dit, comment sensibiliser l’opinion au développement durable, impliquer les professionnels, et parfois convaincre les décideurs ?
Plusieurs pistes et éléments de réponse sont donnés par des professionnels6:
· une communication efficace suppose de « démystifier » le développement durable. Cela implique de mettre en avant les bénéfices concrets de la démarche, de dresser un constat honnête de la situation, de décrire les initiatives en montrant l’implication de celui qui parle, et surtout, de donner les « modes d’emploi ». Cela suppose aussi d'éviter quelques écueils : les grands principes, les bonnes intentions (« La terre c’est important pour demain ») et le jargon inaccessible au public (« gouvernance », « stakeholders », « PADD »…)7.
· « Il n’y a pas de communication miracle mais un travail sur la durée ». En outre, il est souhaitable : "d’impliquer les associations, d'impliquer physiquement les citoyens (événements festifs, comités citoyens, témoignages, etc.), et d’agir plus sur l’émotionnel car on convainc souvent mieux avec des événements festifs que des arguments scientifiques". Concernant éco-produits et éco-services, la communication doit mettre « simultanément en avant l’aspect environnement/social et les égo-promesses (être en meilleure santé, avoir une plus jolie peau, etc.) »8, sous peine de ne pas convaincre et de ne pas vendre.
· « Quels que soient les outils et supports de communication utilisés, rien ne remplace un échange régulier entre les parties prenantes". La clé se trouverait aussi dans le mode d’expression, le ton : "être simple, honnête et positif : en un mot humain. Simple avec une approche humaine évitant les caricatures stéréotypées et la langue de bois"9.
· Le succès d’une communication environnementale repose sur deux facteurs : "porter le message au bon endroit, d’une part, et rechercher la cohérence par l’exemplarité, d’autre part10.
Réseaux internationaux [modifier]
Le développement durable est apparu en France vers les années 2001-2002, comme la nécessité pour les entreprises de rendre compte des conséquences sociales et environnementales de leurs activités, par rapport aux exigences de la société civile. Cela s'est traduit par une disposition législative sur la communication, par des rapports de développement durable.
En pratique, hormis pour quelques entreprises qui sont directement engagées dans des secteurs sensibles (énergie, environnement), on constate peu d'intérêt pour les démarches de développement durable. Le fait est que la communication d'informations potentiellement sensibles sur le plan stratégique tend à augmenter les vulnérabilités des entreprises, sans pour autant les pousser à l'innovation. Les entreprises (notamment françaises) risquent ainsi de divulguer des informations par le canal de l'internet, qui peuvent être récupérées sans gros effort par leurs concurrentes en dehors de l'Europe.
Dans le même temps, les entreprises anglosaxonnes tissent des réseaux d'influence autour des institutions internationales, en s'appuyant sur les réseaux des organisations non gouvernementales. Ceci permet de collecter une quantité importante d'informations, qui sont structurées puis gérées dans les réseaux internationaux d'entreprises, d'universités, de centres de recherche (voir par exemple le World Business Council on Sustainable Development).
Une autre approche consiste donc à traiter le développement durable par la recherche d'informations dans le contexte (veille), à les traiter, pour définir leurs usages dans une stratégie d'innovation. Cette politique, beaucoup plus complexe dans sa mise en œuvre, tend à se mettre en place depuis 2003-2004, tant au niveau des administrations que des collectivités territoriales et des entreprises.
Aspects financiers [modifier]
La mise en oeuvre d'une politique de développement durable dans les entreprises dépend largement de l'utilisation des actifs de l'entreprise. Les actifs peuvent être des actifs physiques (immobilisations au sens classique du terme), mais aussi des actifs immatériels (immobilisations incorporelles).
La mobilisation vers un développement durable dépend essentiellement de la façon dont les entreprises vont orienter les compétences de leurs employés (capital humain), les relations avec leurs parties prenantes (capital relationnel), et leurs structures (capital structurel), qui forment ensemble le capital immatériel. Celui-ci est directement en rapport avec la gestion des connaissances.

Depuis les années 1990, on a vu se multiplier les produits dérivés sur les marchés financiers. Ces produits ont quelquefois été critiqués pour leur volatilité excessive.
Pourtant, certains dérivés offrent des conditions de liquidité satisfaisantes, sans toutefois offrir de désavantage sur le plan de la volatilité. Ce sont :
· les dérivés énergétiques,
· les dérivés électricité,
· les dérivés CO2,
· les dérivés climatiques.
Ces dérivés offrent des taux de rémunération très attractifs.
Voir produits dérivés.
Domaines d'application [modifier]
Le développement durable concerne l'ensemble des activités humaines. Les enjeux de durabilité sont cependant différents pour chacun des secteurs d'activité.
Agroalimentaire [modifier]
Article détaillé : agriculture durable.
Dans le secteur de l'agroalimentaire, la société civile s'est émue des problèmes liés par exemple à l'ESB.
Industrie nucléaire [modifier]
Dans le secteur de l'industrie nucléaire, les anti-nucléaires avancent les arguments suivants :
· Risques de prolifération nucléaire, au sujet des éléments radioactifs pouvant avoir un usage non civil (voir Superphénix),
· Impacts sur l'environnement écologique (réchauffement des fleuves et rivières au moment de l'étiage en particulier),
· Problème des déchets nucléaires ultimes, vis-à-vis des générations futures.
Les professionnels de l'industrie nucléaire réfléchissent donc aux solutions à adopter, qui devraient émerger avec de prochaines filières nucléaires.
Voir aussi :
· Quelles solutions pour un nucléaire durable ? La Jaune et la Rouge (2004).
· Forum International Génération IV
Citations [modifier]
Philippe Saint Marc : « Le coût de la protection du milieu naturel est beaucoup plus faible que le coût de sa reconstitution. La défense de la nature est rentable pour la nation. »
Antoine de Saint-Exupéry « Nous n’héritons pas de la Terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants.»


sébastien sabattini