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O Fado, nouvelle du recueil de Kéram Goettmann


Rédigé le Samedi 1 Août 2009 à 18:01 | 0 commentaire(s)
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Kéram Goettmann, autodidacte, écrit des nouvelles sur des souvenirs, où des impressions, nous avons voulu vous faire partager certaines d'entre elles.


Le PORTUGAL était en pleine mutation

O Fado, nouvelle du recueil de Kéram Goettmann


Le PORTUGAL était en pleine mutation, la révolution avait eu lieu quelques mois auparavant. La région de PORTO était très pauvre mais magnifique, des monuments splendides, des villages étonnants avec des transports par charrettes et chevaux. Les hommes n'avaient pas encore changés d'habitude, pantalon et veste noire, la tête couverte d'un chapeau également noir, les femmes, elles, étaient vêtues de longues robes noire, la tête coiffée d'un foulard. Réunis au café, les hommes buvaient l'aguardiente et des bouteilles de vinho verde. Ils parlaient fort, une langue que je trouvais rugueuse et complètement incompréhensible à l'époque. J'étais venu avec Ernesto un ami colombophile portugais en voiture depuis la FRANCE. Peu de portugais possédaient alors un véhicule en dehors de quelques émigrants.
J'habitais chez la famille d'Ernesto, une toute petite chambre qu'elle m'avait généreusement allouée. La maison était toute petite, elle était accolée comme une dizaine d'autres à la maison d'à côté, en formant un grand carré ou juste une petite entrée donnait sur la rue, laissant le passage aux habitants. Au milieu, une cour pavée, tout autour des bancs de pierres et bien au centre, une fontaine actionnée par une pompe à mains, munie d'un grand bras en acier. Le soir, les hommes se réunissaient assis sur les bancs et racontaient leur journée, leurs derniers ragots. Les femmes écossaient les haricots et triaient les grains de riz en posant des regards de biais rigolards aux hommes d'à côté! Les enfants pompaient à tour de bras pour remplir les seaux d'eau en se chamaillant pour la priorité.
Il y avaient aussi des colombiers au dessus des maisons basses, trois ou quatre, je crois. Le soir, les pigeons sortaient durant une heure en meublant l'air du bruissement de leurs ailes durant le vol.
Ernesto étair content de retrouver sa famille, il m'était reconnaissant d'avoir fait le voyage jusqu'au PORTUGAL, il s'excusait sans cesse des mauvaises conditions que je subissais, m'obligeant à réfuter sans arrêt ses allégations. Il se faisait un devoir de me faire visiter les monuments, les églises, les vieux villages, de me faire connaître plein de gens, d'amis qui à leur tour m'invitaient. C'est là où j'ai bu pour la première fois de ma vie, un vrai porto blanc et rouge, une splendeur, un goût incomparable!
Le fait que je sois français, me donnait accès à tout, malheureusement, à cette époque, je ne comprenais pas la langue, Ernesto passait des heures à me traduire les multiples discussions.
Une belle ballade était la traversée de VILA NOVA de GAIA, puis la traversée sur ce grand pont en acier bleu et de béton sur le fleuve DOURO, le fleuve du nord qui se jetait rapidement ensuite dans l'océan Atlantique et qui délimitait la grande ville de PORTO!
Un soir sur ma demande, (il n'avait jamais mis les pieds dans un établissement de Fado), m'emmena d.ans l'un de ces établissements dans le vieux PORTO. O PORTO, était le nom de l'établissement. Devant une bouteille de vinho verde, il était tellement heureux d'écouter la voix des fadistes, des violes et des guitares, qu'il était devenu muet de bonheur. Le silence était de rigueur, chacun écoutait religieusement, l'harmonie de la musique et des instruments ainsi que les voix qui exprimaient la douleur et l'amour!

Il devait être une heure du matin, l'une des chanteuses s'approcha et demanda en français, l'autorisation de s'asseoir à notre table. Ernesto et moi, flattés, debout, lui avons tous deux présentés une chaise. Candida, tel était son nom, avait travaillé un moment en France, le mal du pays l'avait fait rebrousser chemin, malgré la misère.
C'est en entendant le français, qu'elle s'était autorisée à prendre place auprès de clients de l'établissement. Son français était de qualité avec cet accent caractéristique aux portugais. Je l'ai félécité sur la qualité de sa voix. Son châle noir bordé de franges de couleurs, réhaussait la beauté de son visage orné de grands yeux noirs, qui prenaient presque toute la place du visage. Elle avait terminé son tour de chant, normalement il lui était interdit de s'asseoir à la table des clients, mais le patron considérait notre présence comme un honneur. J'étais le tout premier étranger à avoir poussé la porte de son établissement. Ernesto et moi avons eu l'extrème honneur avec le patron et Candida de boire une bouteille de vin mousseux offert par celui ci. Nous sommes resté bien après la fermeture de l'établissement à deviser sur la situation du Portugal. Candida, laissait le soin à Ernesto de me traduire le discours du patron!
Le lendemain, Ernesto devait se rendre dans sa famille à Espino toute la journée, un grand port au nord de Porto. Je refusais de l'accompagner songeant qu'il avait besoin d'un peu de liberté, tant il était à mes petits soins. C'est avec ce vieux car rouge qu'il voyagea. Après avoir arpenté le village de Canélas, lieu de ma résidence, salué par la population, je pris au hazard la direction de Guimares, une magnifique ville du nord du pays. La route était tellement étroite qu'il fallait faire attention, non pas aux véhicules, à cette époque, il y avait peu d'automobiles, mais des chariots tirés par des mules ou les chevaux sur les pierres glissantes. Toutes les routes de l'époque étaient empierrées, c'était presque des oeuvres d'art! Les maisons, les églises, la cathédrale avait l'air de sortir directement de l'époque de Vasco de Gama. Dans un dédale de toutes petites rues pavées, empierrées, tortueuses, je baignais dans un sentiment de plénitude et de découverte d'un autre monde, croisant et recroisant ces femmes toujours habillées de noir, la tête coiffée de leur châle, elles n'avaient pratiquement pas de bijoux, pourtant la rumeur indiquait que les bijoutiers du Portugal étaient parmi les meilleurs.
La faim commençait à se faire sentir. A proximité de la cathédrale, pignon sur rue, un petit restaurant typique en pierres de granit gris, au porche arrondi, la croix trônant en haut de l'arche. Restaurante Sardinha, pourquoi pas, plein de confiance et d'appétit, j'entrais à l'intérieur de l'établissement. La patronne s'aperçu tout de suite que j'étais étranger, d'abord à cause de mes vêtements, puis de la complexité à lire et comprendre le menu. Elle avait un magnifique tablier noué à la taille, plein de couleurs, des cheveux gris bien peignés, noués par un chignon à l'arrière de la tête, tenu par un ruban blanc. Je ne compris pas un mot de ce qu'elle m'a dit, sauf bacalhau, c'était le seul mot de cuisine portugaise que j'avais retenu. Fier de moi, je lui dit, sim, elle me sourit, tourna les talons pour entrer en cuisine!
Dix minutes plus tard, elle mis sur la table un plat pour quatre, au moins, j'essayais de lui expliquer que c'était trop, sans succès. Elle me répétait sans cesse, comida bom, comida bom......alors, j'acquiésçais de la tête. Déséjo Vinho? Cela, je l'avais compris, un bon français comprend tout de suite quand il s'agit de vin . Vinho verde branca, por favor, je faisais des progrès chaque jour! La morue était excellente, accompagnée de choux vert et de riz, bien entendu, je n'ai pas pu tout manger, le regard désaprobateur de la patronne en disait long sur l'appétit des étrangers.
Je suis rentré tout doucement sur Porto. J'en profitais pour acheter quelques bouteilles de Porto blanc et rouge, ainsi que du vinho verde blanc. J'ai traîné dans les rues de Porto plusieurs longues heures, en m'arrêtant un moment pour avaler une fillette de vinho verde!

J'étais bien, le vinho verde avait produit son effet, je me sentais en pleine forme. Passant devant O Fado, je suis entré pour écouter une nouvelle fois, l'harmonie de cette musique et des voix. Le patron étonné de me revoir, me fit asseoir à une petite table juste devant la petite l'estrade des artistes. Sans prendre ma commande, il mis sur la table un verre et une bouteille de vinho verde. Il me laissa seul à la table par convenance.
C'était une magnifique soirée, je me régalais de tous ces chants, qui reflétaient une certaine nostalgie. Candida, passa trois fois sur l'estrade, elle ne me jetta pas un regard, ne me gratifia d'aucun sourire, elle était redevenue la fadiste, l'artiste!
Il était plus d'une heure du matin quand je me résolu à rentrer, en espérant qu'Ernesto, ne se soit pas inquiété. O Fado faisait l'angle de rues, ma Renault était garée deux cent mètres plus loin. J'étais à dix mètres à peine de ma voiture, quand une femme s'approcha de moi, dans le pénombre, je ne la reconnue pas de suite. Candida, me pris le bras tout simplement. Viens prendre un verre d'aguardiente me dit elle! Etonné, je me laissais guider, elle habitait à une centaine de mètres de là. A cette heure, il n'y avait pas âme qui vive dehors. L'escalier en bois était raide, au premier étage, elle ouvrit sa porte, entra, ouvrit la lumière sur le petit appartement bien décoré. Elle me désigna un siège comme un ordre, j'obéis! Elle s'absenta peu de temps, mais elle revint tête nue. La petite lumière mettait en valeur sa grande chevelure noire, longue, qui lui tombait sur les épaules. Ses grands yeux sombres que j'avais aperçu la veille sous le châle étaient encore plus impressionnants, ils mangeaient pratiquement toute la figure. Elle était belle ainsi, d'autant que sa grande robe noire, cachait tout son corps. Je ne pouvais qu'imaginer, deviner ce qu'il y avait en dessous.
Le vieil aguardiente fini, après quelques banalités en français, Candida enleva sa grande robe noire, je suis resté sur ma chaise, tétanisé. Aucun sous vêtement sous la robe, elle m'apparut toute nue, la poitrine haute, ferme, la taille plus fine que ce que j'avais imaginé, des jambes longues aux mollets bien faits. Le ventre plat, sans artifice se terminait sur une proéminence garnie de longs poils noirs. Je la suivis dans la chambre, couchée de tout son long sur le lit, elle ouvrit les jambes, laissant voir son intimité. Ses yeux me regardaient en signe d'invitation, je la pénétrais sans autre caresse, sans perte de temps, pas un mot, pas un cri, juste une crispation au moment du plaisir. Elle en avait eu envie, c'était fini!





Kéram Goettmann