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Guide de Guadeloupe

Michelle, nouvelle de Kéram Goettmann

Tiré du recueil de nouvelles de Kéram Goettmann


Rédigé le Samedi 5 Septembre 2009 à 00:12 | 0 commentaire(s)
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Je regardais mes futurs collègues encore inconnus s'asseoir sur leurs chaises devant de grands bureaux de bois vernis, encombrés de gros livres aux couvertures cartonnées et d'encriers de trois couleurs, gros comme des tasses à café, noires, bleues et rouges.


A force de trop bavarder

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Je me demandais ce que je faisais là ce matin de juin 1958, dans cet immeuble de bureaux austères d'une grande compagnie française de services publics. La rue Tronçon du Coudray, elle même si petite, si triste, à l'entrée spécialement réservée aux personnels, alors qu'à cent mètres plus loin, la rue d' anjou, offrait ses façades bourgeoises aux nombreuses enluminures datant de HAUSSMAN, avec une entrée sous porche pour accueillir la haute direction et les notables. Il m'avait fallu plus d'une heure de transports en autobus et en métro pour arriver jusqu'à mon nouvel employeur.
Je regardais mes futurs collègues encore inconnus s'asseoir sur leurs chaises devant de grands bureaux de bois vernis, encombrés de gros livres aux couvertures cartonnées et d'encriers de trois couleurs, gros comme des tasses à café, noires, bleues et rouges.
Le chef de section, c'était ainsi que l'on appelait le chef hiérarchique du bureau où je devais travailler, m'indiqua d'un bras volontaire la chaise que je devais squatter. Le bureau où je me trouvais, s'appelait poétiquement AB? La dame vieillissante à côté de moi était chargée de m'indiquer la marche du travail que j'aurai à accomplir! Elle était grassouillette et portait une blouse bleue délavée. Une grosse paire de lunettes en écailles ornait sa face rubiconde. Je remarquais à son poignet gauche un gros bracelet en or, gravé de lettres arabes. Elle ouvrit le premier livre devant moi, il devait pesé cinq kilogrammes, elle m'expliqua, que ce livre était un livre de relevés de compteurs, devant mes yeux inquisiteurs, elle alla plus loin. C'est avec ce livre, que les releveurs de compteurs se rendaient chez les clients et marquaient conscencieusement les chiffres qu'ils relevaient sous les aiguilles du compteur. Mon travail se résumait à renouveler les carnets de relevés des usagers. J'ai fait cela pendant plus d'un trimestre, j'en avais la nausée. Je n'étais pas habitué et éduqué à travailler dans un bureau et encore moins à finir gratte papier! Ma jeune vie avait été faite de travaux pénibles qui m'avaient remplis de fierté. J'avais travaillé aux mines de Carmeaux, puis soudeur à l'arc pour raccorder les tronçons de tuyaux du gaz de LACQ à SALBRIS, poseur de charpentes métalliques en région parisienne, tout cela pour finir scribouillard dans une grosse compagnie.
Je m'intéressais peu aux autres collègues, charmants au demeurant, mais n'ayant aucune connaissance du travail extérieur, de la vie des ouvriers, ils m'agaçaient, nous n'avions pas du tout le même vécu, les mêmes valeurs, nous n'étions pas du même monde! Je n'avais que des discussions sans conséquence avec les cancans habituels des bureaux.
Je ne sais pourquoi, un vendredi après midi à quinze heures, c'étaient les dix minutes de repos, que nous appellions hygiène, cela permettait de fumer, de boire de l'eau, du thé, du café, je parlais de la danse que je pratiquais plusieurs fois par semaine dans les salles de danses spécialisées comme le Massif Central, le Balajo et d'autres de cette époque. Cette activité nocturne, m'obligeait quand je loupais le dernier autobus de minuit et demi, de faire sept kilomètres à pieds pour rentrer au bercail à Neuilly Plaisance par le bois de Vincennes. Mon père n'oubliait jamais de me réveiller à six heures du matin, le travail, c'est sacré me disait il!
Aujourd'hui encore, je ne sais toujours pas pourquoi je parlais de cela. Il y avait une grande fille aux cheveux longs auburn qui m'écoutait, je constatais que je ne m'étais jamais intéressé à elle, en fait je ne la voyais pas, oh, je ne voyais personne. C'est à ce moment là que devant l'intérêt quelle portait à mes propos, que je l'ai regardée pour la première fois. C'est curieux, d'un seul coup, je découvrais sa grâce, ses longues jambes bien galbées, un corps mince avec une poitrine haute ressortant sous son corsage blanc. Je remarquais avec étonnement ses yeux verts clairs, immenses, prometteurs, alors, subitement, je l'invitais au Balajo le soir même!
Après le travail, nous sommes allés nous promener sur la place de la Bastille pour être tout près du Balajo. Je me suis fendu d'un steack frites au petit bougnat du coin. La petite salle du Balajo était déjà pleine, j'entamais un tango avec Michelle, elle s'appelait Michelle. Curieusement, elle se serrait fortement contre moi, comme si, elle craignait que je me sauve.
Il a bien fallu nous séparer, malgré sa demande sans détour de l'accompagner, je n'avais pas de changes, ni rasoir. Elle m'appliqua un tout petit baiser sur la bouche et s'engouffra dans la station du métro! Le lendemain matin, revenant à mon bureau, rien n'avait changé!

Le vieux métro et son wagon sale nous transportait jusqu'à Alésia, une station quelconque, anonyme comme presque toutes les autres de la ligne. Durant tout le trajet, elle me parla de tout et de rien, comme si nous étions tous neufs. Elle me pris le bras pour me guider vers un immeuble de trois étages. Sa chambre était sous les combles, elle devait faire au maximum, six mètres carrés. Sa fenêtre donnant sur la rue d'Alésia, ressemblait à une grande meurtière. La chambre était parfaitement rangée, elle avait de l'ordre, au dessus du lit, une punaise fixait une image du Mont Blanc. Juste devant le lit, une armoire avec une petite glace sur la porte et au dessus une valise bleue. A côté, une petite table supportant un réchaud à gaz qui lui servait de cuisinière. Une seule lampe éclairait la chambre de bonne, cachée timidement à l'intérieur d'un abat jour en carton!
Debout devant la glace, elle se deshabilla en prenant garde de bien ranger ses vêtements sur la chaise en pailles. Un petit geste sur son dos suffit à faire glisser son soutient gorge orné de petites dentelles blanches, en haut du bonnet. Elle s'amusait à regarder mon émotion . Ses seins étaient jolis bien formés, haut perchés sous sa gorge blanche. Je voulu l'embrasser, elle me repoussa d'un geste tendre et autoritaire. Ce fut au tour de la robe de tomber sur le plancher, laissant apparaître un slip blanc lui aussi orné de dentelle, tout l'arrière, tant la minceur du tissu était visible, était entré à l'intérieur du pli des fesses somptueusement galbées. Le temps me parut très long!
Je regardais ses yeux immenses, verts clairs, elle me souriait, contente de notre rencontre. Assise sur le lit, un pli barrait son ventre plat. Elle n'avait pas fait de courses particulières, les oeufs au plat furent vite avalés. La journée et la nuit se terminèrent par un lot de caresses et de cris de joie.

Il y avait plus de deux mois que je vivais avec Michelle, il était temps de la présenter à mes parents, qui s'en sont trouvés ravis, tant ils avaient peur que je tourne mal, ils avaient hâte de connaître la femme avec qui je vivais! Elle avait fait leur conquête. Quand l'heure fut venue de nous séparer avec la promesse de nous revoir la semaine prochaine, Papa et maman l'ont embrassée presque goulument sur les deux joues avec des baisers sonores. C'est au moment ou Michelle passa le porche de la porte d'entrée qu'elle eu un malaise, mon père l'a rattrapée aussitôt et l'allongea sur le canapé du salon. Il l'a regarda quelques secondes sans rien dire, moi aussi, et d'un ton solennel déclara, vous êtes enceinte? J'eu envie de réagir, mais Michelle tout simplement répondit, oui! Je n'étais pas au courant, je me trouvais blessé, laissé pour compte, c'est alors que je connu mon vrai père, mes vrais parents. Vous resterez dormir ici, pas question de rentrer à PARIS. Ces mots, je les entends encore, tant ils ont été dits avec une sorte de joie, de satisfaction, de jubilation ! Michelle m'indiqua plus tard, qu'elle ne voulait m'en parler, qu'après les analyses du docteur. N'empêche, je me suis senti blessé, puis finalement apaisé! Le fait de devenir père, m'était tombé dessus comme roches dans ruisseau. Je n'étais pas préparé à un tel événement.

Michelle eu une grossesse sans trop de problème, l'accouchement eu lieu dans une clinique de NOGENT sur Marne, là aussi sans problème particulier. Nous étions devenus les heureux parents d'une belle petite fille que nous avons baptisée Madeleine, le prénom de ma mère!



Kéram Goettmann