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Les deux doyens des Français en Guadeloupe et Saint Barthelemy


Rédigé le Lundi 8 Février 2010 à 07:01 | 0 commentaire(s)
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Les deux doyens des Français en Guadeloupe et Saint Barthelemy
Nous vous en avions déjà parlé, les doyens des français, Eugénie Blanchard, 113 ans, de Saint-Barthélemy, et Philibert Parnasse, 108 ans, de Guadeloupe, sont la femme et l’homme les plus âgés de France

Voici un bon article du quotidien La croix écrit par Antoine FOUCHET

En ce début d’année 2010, les Antilles ne sont pas peu fières. Elles abritent la femme et l’homme les plus âgés de France et elles le font savoir. Sur place, tout le monde en parle, vit comme un très grand honneur le fait d’être géographiquement si proches d’Eugénie Blanchard, de l’île de Saint-Barthélemy, et de Philibert Parnasse, de Guadeloupe, qui ont respectivement 113 et 108 ans et sont aujourd’hui les deux « doyens » de la France.

Pour Eugénie Blanchard, l’heure de gloire est arrivée en 2008, après le décès à Vorey, en Haute-Loire, de Clémentine Solignac, la doyenne de l’époque. De son côté, Philibert Parnasse est devenu célèbre après le 31 décembre 2009 quand Maximilien Rostaing, alors le Français le plus âgé, a rendu l’âme à Capbreton (Landes). Gloire passagère et symbolique, certes, mais, aux Antilles, les deux centenaires sont devenus de véritables vedettes, bien malgré eux au demeurant.

Eugénie et Philibert, tous deux alités une bonne partie de la journée, ont vu débouler, en plus de RFO, les chaînes de télé métropolitaines. Il est vrai que, anecdote supplémentaire, ce dernier n’a été classé en tête du classement qu’après vérification. Dans un premier temps un centenaire vivant en métropole, dans la région Centre, avait été désigné. Et il a fallu que les autorités guadeloupéennes alertent Paris pour que l’erreur soit réparée…

Un « diplôme d’honneur »
À l’étonnement, puis à la fierté et à la considération des Antillais s’ajoute une grande affection qui se ressent dans chaque conversation. Tous connaissent sur le bout de la langue l’histoire personnelle de leur doyen et de leur doyenne. « Toute l’île est au courant », se réjouit-on, par exemple, dans l’entourage du député PS et président du conseil régional de Guadeloupe, Victorin Lurel. Lequel n’a pas manqué de se précipiter au domicile de Philibert Parnasse, à Basse-Terre, pour organiser une cérémonie solennelle de remise d’un « diplôme d’honneur ».

Même chose à Saint-Barthélemy, à une heure d’avion de Pointe-à-Pitre. Il est vrai que, sur cette île de 21 km², l’information circule encore plus vite et que le bouche-à-oreille est plus facile puisqu’il n’y a que 8.000 habitants à informer. Sans compter qu’Eugénie Blanchard est la doyenne des Françaises depuis maintenant deux ans.

Considération encore : cette année, le jour de l’anniversaire de chacun des deux centenaires sera l’occasion d’une grande fête antillaise où s’empresseront famille, amis et sans doute la fine fleur des notables locaux. Pour Philibert, rendez-vous le 6 mai, chez lui. Pour Eugénie, surnommée Douchi («douceur » en créole), ce sera mardi 16 février à l’hôpital de Saint-Barthélemy, où elle vit, faute de mobilité.

Grâce à Eugénie et Philibert, chaque Antillais revisite l’histoire des deux îles
Pourquoi tant d’enthousiasme ? Par respect et par sentiment d’appartenance, à l’évidence. Mais cela ne suffirait peut-être pas à expliquer tous ces flonflons. En réalité, grâce à Eugénie et Philibert, chaque Antillais revisite plus d’un siècle de l’histoire des deux îles. Quelle vie, en effet, que celle de la Blanche Eugénie, native donc de Saint-Barthélemy, et du Noir Philibert, qui n’a jamais quitté sa Guadeloupe natale ! Eux dont les destins ne se sont jamais croisés symbolisent une belle diversité.

Daniel Blanchard, ancien maire de Saint-Barthélemy et neveu d’Eugénie, parle de la douce doyenne comme s’il racontait une épopée. Son enfance vécue au sein d’une famille de 13 enfants, dont elle était le sixième. C’était au temps où l’île n’avait pas l’attrait touristique d’aujourd’hui et où toute l’activité était tournée autour de la pêche, de l’élevage et de l’agriculture vivrière. Une vie spartiate sur ce confetti montagneux dépourvu d’eau potable.

Sa vocation religieuse aussi. « À l’époque, précise Daniel Blanchard, la paroisse catholique de Saint-Barthélemy était administrée par l’Église néerlandaise, très présente aussi à Saint-Martin. » Eugénie fréquente assidûment cette paroisse administrée par un prêtre d’origine néerlandaise, le P. Irénée De Bruyn, à qui le petit archipel doit son école et son hôpital. À 25 ans, la jeune fille rejoint le couvent d’une congrégation néerlandaise à Curaçao, territoire du royaume des Pays-Bas dans les petites Antilles. Elle y restera trente-trois ans avant d’obtenir l’autorisation de venir se retirer parmi les siens.

"Le Bon Dieu n’est pas encore prêt"
Philibert, quant à lui, a toujours été surnommé « Bébé ». Et à 108 ans et neuf mois, il garde la repartie facile, bien qu’il soit aveugle et paralysé des jambes. Petit agriculteur, il avait annexé un terrain dans ce qui est devenu désormais la banlieue de Basse-Terre. Sur cette surface, où il a par ailleurs bâti sa maison, il élevait des porcs et des poules et cultivait les légumes-racines comme les patates douces ou ignames.

Père de cinq enfants, plusieurs fois grand-père et arrière-grand-père, Philibert se souvient des relations distantes avec les « Békés » (1). Mais il se flatte de ne jamais avoir été victime du racisme. Philibert reste, en revanche, marqué par « la famine de 1940-1944, la Guadeloupe et la Martinique étant alors très isolées car aux mains de Vichy. »

Heureusement, se souvient-il, il avait son lopin de terre. Surtout, il n’oubliera jamais Gerty Archimède, l’avocate communiste guadeloupéenne (1909-1980) qui, députée au lendemain de la Seconde guerre mondiale, œuvra avec Aimé Césaire (alors député de la Martinique) pour l’étendue des droits sociaux (assurance-maladie, allocations familiales) aux populations d’outre-mer. Aujourd’hui, Philibert se dit toujours communiste et croyant. « Mais, ironise- t-il avec humour, le Bon Dieu n’est pas encore prêt. La maison de saint Pierre est pleine et il lui faudra en construire une autre avant de m’appeler auprès de lui ! »

Les deux doyens des Français en Guadeloupe et Saint Barthelemy


sébastien sabattini