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Guide de Guadeloupe

Le renouveau du créole


Rédigé le Lundi 30 Juillet 2007 à 00:12 commentaire(s)
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Le créole est aujourd'hui présent à la radio, à la télévision, à l'école (de nombreux collèges et lycées dispensent des cours de Langues et Cultures. Régionales, option Créole), à l'université. Un Capes Créole a été créé. Aujourd'hui, le créole est reconnu comme étant une langue à part entière.
Il est reconnu comme étant l'un des principaux éléments de la culture guadeloupéenne.


créole guadeloupe
créole guadeloupe
Tel n'a pas toujours été le cas. Souvenez-vous. Il n'y a pas très longtemps,
celui qui parlait le créole était considéré comme un "vyé nèg" c'est-à-dire
un vagabond, un bon à rien, en somme un infréquentable.

Il y avait une réelle volonté des autorités d'éliminer le créole pour imposer le
français. Cela s'est manifesté par un véritable lavage de cerveau tendant à
faire croire que le créole ne mène nulle part, qu'on ne peut réussir qu'avec
le français.

Le créole était interdit à l'église, à la radio, dans l'administration.

L'un des principaux instruments utilisés pour cette politique a été l'école.
Le travail était ainsi réalisé à la base. C'était un véritable traumatisme qui a
porté ses fruits. Celui qui parlait créole à l'école était frappé, humilié, puni.
L'enfant arrivait à l'école avec en tête une seule obsession : ne pas parler
créole, ce qui arrivait puisque le créole est chez lui un élément naturel.
Dany Bebel-Gisler, dans son ouvrage intitulé La Langue Créole, force jugu-
lée (Editions L'Harmattan, 1981) nous dit ceci :
"Il n'y a pas si longtemps, on imposait aux élèves le système de la "plan-
chette",
losange de bois où était inscrit : "il est interdit de parler créole".
On l'accrochait au cou de l'enfant qui avait enfreint le réglement".
Le français était ainsi martelé comme étant la seule langue de la réussite,
du progrès et des gens bien, des gens qui savent vivre.

Rien donc d'étonnant à entendre ces enfants, devenus adultes, dire :
"a t-on déjà vu un examen en créole ?
est-ce avec le créole qu'on trouvera du travail ?
ses enfants ont réussi et il veut que nos enfants parlent créole."

Le travail de déculturation a si bien réussi qu'on trouvait de nombreux gua-
deloupéens qui considéraient le créole comme un patois.
Pour eux, parler créole était vulgaire. Ainsi, parler créole à ses parents
était considéré comme irrespectueux.

Aujourd'hui, le créole a acquis ses lettres de noblesse. Il est présent à la
radio, à la télévision, au baccalauréat, à l'université. Il existe également un
CAPES Créole.
Ce renouveau est dû :
- à l'acharnement de quelques courageux visionnaires qui refusèrent qu'on
dévalorise le créole, qu'on l'abandonne
- à un mouvement de réappropriation de leur identité par les Guadelou-
péens, mouvement largement impulsé par les indépendantistes


Heureusement, comme il y avait des "nèg mawon" pour refuser l'esclavage,
il y eut des personnes qui refusèrent cette amputation. Ils se sont battus
contre les préjugés, contre le système pour expliquer et faire comprendre
qu'il n'y a aucune honte à parler créole.
L'une des premières personnes à faire cet important travail a été Gérard
Lauriette. Il a osé décomplexer les élèves par rapport à leur langue. Il a osé
introduire le créole à l'école alors qu'il en était banni.
Gérard Lauriette a osé commettre le crime de lèse-autorité qui consistait à
descendre le français de son piédestal.
Pour cela, il fut déclaré "fou" et exclu de l'Education Nationale.
Par la suite, il créera le 15 septembre 1966, l'AGEP, Association Guade-
loupéenne d'Education Populaire et de lutte contre l'analphabétisme.
Il y accueillira les "échoués" de l'Education Nationale et leur permettra de
réussir leurs examens.
Gérard Lauriette utilisait une méthode qu'il a appelé "zyé dans zyé, bra ba-
lan". Il utilisait ses propres manuels, pas de cloisonnement entre les ma-
tières, pas de leçons à apprendre hors de la classe (les enfants avaient
des travaux chez eux : aller chercher de l'eau, donner à manger aux bêtes
etc), retour systématique sur les leçons précédentes, enseignement en
créole, revalorisation du créole etc.
Si aujourd'hui tout le monde parle et revendique le créole, il faudra qu'un
jour, on rende publiquement hommage à Gérard Lauriette pour sa clairvo-
yance et son courage.

Autres personnes méritant la reconnaissance de toute la Guadeloupe :
Hector Poullet et Sylviane Telchid.
Hector Poullet a été la 1ere personne à introduire le créole dans une école
publique. En effet, après son arrivée au collège Saint Ruff de Capesterre-
Belle-Eau, la directrice d’origine polonaise, Mme TRINISHEVSKI, lui de-
manda s'il acceptait d'aider des élèves en difficulté. Il accepta et forma à
cet effet une dizaine d'enseignants dont Sylviane Telchid. Ils appelaient
cela des cours de sursoutien. Ils ont dû se battre contre le vice-recteur
Bambuck (puis Sarlat), contre les parents qui les accusaient de vouloir fai-
re échouer les enfants. Ils ont même dû faire face à des menaces.
Aujourd'hui, leur ténacité a payé, le créole est reconnu, enseigné, revalori-
sé. Les Guadeloupéens se réapproprient petit à petit leur langue.
Sous l'impulsion du GEREC-F, un CAPES Créole a été créé en 2001.
De nombreuses autres personnes ont fait preuve de courage et ont défendu
le créole. On peut citer entre autres :
- le père Colback, qui a été l'un des 1ers prêtres à faire la messe en créole
- Casimir Létang avec son émission (batako) du samedi (en début d'après-
midi) entièrement en créole sur la radio d'Etat sur laquelle il était formelle-
ment interdit de parler créole.
- Robert Dieupart, courageux animateur de la radio d'Etat.
- Le groupe Kassav' a toujours revendiqué ses racines (hommage à Vélo,
mas a sen jan, tanbou, Gorée etc). Ils ont toujours refusé de céder aux
pressions leur demandant de chanter en français.



Par ailleurs, on doit reconnaître le rôle important joué par le mouvement in-
pendantiste dans la revalorisation du créole. Ainsi apparaissent dans les
années 70 une nouvelle catégorie de syndicats (UTA, UPG, UGTG,
SGEG) dont les membres s'expriment principalement en créole, con-
trairement à ce que faisaient les autres syndicats.
D'autre part, les partis indépendantistes (UPLG, MPGI) encourageaient la
population à se réapproprier sa langue. Ainsi, ont été créées deux radios
sur lesquelles on ne s'exprimait qu'en créole : radyo inité et surtout ra-
dyo tanbou dont l'audience, très forte, dépassait au début des années 80,
la seule mouvance indépendantiste.
Les dirigeants indépendantistes, contrairement aux autres politiciens, ne
s'exprimaient sur les ondes qu'en créole.


Source



sébastien sabattini