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Guide de Guadeloupe

La Sauldre, nouvelle tirée du recueil de Kéram Goettmann

Un jour particulier


Rédigé le Lundi 10 Août 2009 à 07:19 | 0 commentaire(s)
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Les femmes sont toujours une découverte pour les hommes, étonnantes, compliquées parfois, nous sommes souvent à côté de la plaque, incapables de les comprendre ou de deviner leurs sentiments


La Sauldre, photo Wikipédia
La Sauldre, photo Wikipédia
C'était jour de marché, les cris, les palabres et les invitations des marchands ambulants à côté de leurs étals, donnaient un air de fête au Bourg. Les clients déambulaient dans les allées, vu de loin, cela paraissait ubuesque, rien n'était rationnel, des arrêts, des départs, des retours, des gestes incompréhensibles, des aides brouettes pleines de légumes et de fruits, bousculaient tout ce monde pour s'approcher au plus vite de l'étal visé et le réapprovisionner. Juste en face, ''le solognot'', café tabac, plein d'hommes accoudés au comptoir qui s'envoyaient leurs verres de vin rouge avec ce coup de coude caractéristique des buveurs. Accords et désaccords sur les nouvelles du jour, commentaires bruyants sur la défaite ou la victoire de l'équipe de foot communale, poussées amicales des compères pour certifier un jugement, Giselle, la patronne de l'établissement qui offrait à chaque marché, la bouteille de rouge à ses clients les plus assidus.

C'était encore une belle femme, la soixantaine, toujours coquette, elle changeait chaque jour de tablier blanc. Elle avait perdu son mari parti sur une attaque au coeur. Depuis deux années, elle vivait seule!
Je travaillais depuis des mois pour une grosse société de travaux publics réussissant à s'imposer auprès du Gaz de France. Mon travail consistait à souder des kilomètres de tuyaux à travers la Sologne, pour le transport du Gaz de Lacq!
Salbris était devenu de fait, le lieu de résidence de tous les ''lacqueurs''. J'avais réussi à louer un vieil appentis que j'avais transformé en appartement acceptable. Mirelle la fille de mes logeurs, venaient de temps en temps en cachette embellir mes nuits.
Mes jours de repos se passaient au bord de la Sauldre, canne à la main, recherchant la truite ou le gardon. C'était une belle rivière, calme et propre, il n'y avait aucun taillis qui encombrait les berges de la Sauldre. A cette époque, un grand nombre d'oiseaux habitaient les environs de la rivière. Je ne mangeais pas ma pêche, mon logis était trop petit, mal adapté à évacuer les odeurs, mes logeurs en profitaient! En fin de semaine, j'allais danser à Vierzon, la grande ville d'à côté avec des jeunes du village qui m'emmenaient avec eux. Henry avait une Panhard dont il était fier, c'était notre chauffeur.
A la périphérie de Vierzon la grange à Loulou servait tous les samedis soirs de dancing avec un succès croissant. Toute la jeunesse du coin s'y réunissait. Loulou jouait du saxophone, j'ai perdu le nom des autres lascars de l'orchestre, il y avait un autre saxophoniste, un batteur et Julie qui chantait. C'était l'époque où les filles s'émancipaient, elles n'oubliaient pas de se munir de préservatifs, au cas.... ou? Etudiantes pour beaucoup à Orléans ou à Bourges, c'était plus faciles pour elles, plus discret de les acheter aux pharmaciens locaux avant de revenir aux villages.
Le groupe de Loulou, essayait de reconstituer des ambiances cubaines avec le chacha, le mambo et autres musiques rythmiques du moment, en plus des bons vieux tangos, des boléros et des valses musettes. Ce n'était pas Xavier Cugat, mais nous étions contents, nous passions de bons moments. Denise travaillait dans une boulangerie de Vierzon, depuis quelques semaines nous avions pris l'habitude de nous échapper tous les deux durant quelques heures.
Pour la Saint Jean, le groupe d'habitués que nous étions, proposa de fêter l'évènement au bord de la Sauldre, à midi, chacun participerait, ce serait Giselle qui ferait à manger. Le soir, la place de la mairie serait noire de monde pour apercevoir monsieur le maire mettre le feu aux vieux fagots. Comme d'habitude, il y eu beaucoup de discussions pour rien, seul le chapitre des vins et des apéros s'est conclu en quelques minutes.
Quatre voitures et le fourgon Citroen d'Henri le charpentier du bourg ont suffi à transporter les victuailles et tout le monde au bord de la Sauldre.
Ce fourgon citroen était un drôle d'engin, l'on aurait dit qu'il sortait d'une presse à ferraille, tant la tôle du fourgon était plissée! Giselle avait prévue une grande poubelle en fer étamé, qu'elle avait spécialement achetée sur le marché. Remplie de victuailles pour le déjeûner sur berge, elles resteraient fraîches immergées dans la Sauldre jusqu'aux trois quart pour attendre midi! Les bonhommes s'étaient équipés également de plusieurs seaux remplis de bouteilles de vins rouges et blancs du pays, ainsi qu'une bouteille d'eau. Cela aurait paraître désordre de leur part, c'était pour mouiller le Pernod!

Le premier litre de blanc fut vite avalé sans que les verres fussent sortis, chacun lampait conscensieusement le goulot. Sur une serviette de couleurs les cartes furent distribuées, le Rami en Sologne, c'est sacré, je n'avais jamais assisté à une fête, sans Rami! Ce furent les seuls instants de calme relatif, Giselle participait également au jeu de cartes.
Deux ou trois litres de blanc avaient déjà été avalés par nous tous avant que l'on passe à l'incontournable Pernod, bu suivant les goûts, avec plus où moins d'eau. Je laissais aux autres le liquide jaune, préférant le vin rouge. Les langues s'étaient déliées, le jeu était de se moquer de tous, individuellement en en rajoutant un stère pour faire rigoler. Giselle demanda de l'aide pour relever la poubelle de la rivière, il lui fallu pousser un coup de gueule pour que nous consentions à l'aider.
Le gros pain de campagne et la motte de beurre de la ferme du ''bois Caché'', accompagna à souhait les saucissons à l'ail de la région, les rillettes, les oeufs durs, les pâtés de foie, de campagne et la viande froide. Tout le vin rouge y passa, l'ambiance était au beau fixe!
Il a bien fallu revenir au bourg, le rangement des véhicules s'exécuta dans un joyeux brouhaha, avant la fête du soir. Dans ce temps là, les véhicules étaient encore rares, facilitant notre retour jusqu'au bourg.
Chacun repris ses ustensiles dès l'arrêt des voitures dans des vombrissements joyeux et rejoignirent leurs maisons. Giselle me demanda de l'aide pour porter, ranger sa poubelle, ses plats et ses verres.
Assis sur le canapé, nous analysions cette belle journée passée au bord de la Sauldre en se rémémorant les plus belles bêtises de chacun. Cela allait bon train et puis, l'on ne sait pourquoi, le silence s' installa entre nous deux. Giselle en profita pour me tenir le bras en m'embrasser de longues minutes. Je reconnais avoir accepté sans broncher ce baiser. Elle se dégagea vite, se déshabilla rapidement et se montra nue à mes vingt quatre ans. Je ne voyais plus la différence d'âge, j'en avais envie! Giselle, cette nuit là m'a faite homme, je ne l'ai jamais oubliée!


Kéram Goettmann