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L'élection de Ségolène Royal est-elle vraiment 'jouable'?

L'avis du politologue Gérard Grunberg, directeur de recherche à Sciences Po et au CNRS.


Rédigé le Mardi 24 Avril 2007 à 13:56 commentaire(s)
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Nettement en retard face à Nicolas Sarkozy, la candidate socialiste a partiellement épuisé au premier tour son réservoir de voix à gauche. Elle fait donc face à un véritable défi.


election presidentielle
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En devenant la première femme de l'histoire de France à accéder au second tour de l'élection présidentielle, Ségolène Royal dans un premier temps, a rassuré ses supporteurs. Avec 25,87% des suffrages sur son nom, elle réalise un score supérieur à celui de Lionel Jospin en 1995. Faisant même jeu égal avec celui obtenu en 1981 par François Mitterrand (25,8%). Est-ce suffisant pour autant? Le deuxième tour est-il « jouable », comme la candidate l'a assuré après les résultats ?A participation constante sur les deux tours, l'étiage de la victoire le six mai est situé au-dessus des 18 millions de suffrages. Au premier tour, Ségolène Royal en a recueilli la moitié. Il lui en manque donc 9 millions. Sous prétexte de vote utile, le report de voix en faveur de la candidate socialiste a déjà en partie eu lieu. Il ne lui reste plus à gauche qu'un maigre réservoir.

L'enjeu est donc au centre. La candidate socialiste a déjà multiplié les appels en sa direction. Aujourd'hui, elle a rencontré l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, plusieurs fois cité par le président de l'UDF comme personnalité de référence. Vendredi, la présence de Romano Prodi qui en Italie dirige une coalition de centre gauche, est d'ores et déjà programmée pour le meeting que la candidate tiendra à Lyon. Quant à François Hollande, il a appelé les électeurs de François Bayrou à « voter Ségolène Royal », s'ils veulent « le changement et rénover la vie politique ». Entretien avec Gérard Grunberg, directeur de recherche à Sciences Po et au CNRS, auteur de « La France vers le bipartisme ? La présidentialisation du PS et de l’UMP », avec Florence Haegel (Presses de Sciences Po).

Ségolène royal peut-elle refaire son retard ?

Cela me paraît très difficile. Non seulement au vu de l’arithmétique de dimanche mais aussi de la configuration politique et du rapport inédit qu’entretient Nicolas Sarkozy avec son parti. Il a ramené tout le monde au bercail et couvre un large spectre de la droite. Compte tenu de son avance, Nicolas Sarkozy n’a pas besoin de passer des alliances. Il s’est d’ailleurs explicitement prononcé à ce sujet. Il peut néanmoins s’attaquer à la trentaine de députés UDF sortants. Il est probable qu’en créant une majorité présidentielle UMP-UDF, dans la tradition gaullienne, il en « retournerait » plus de la moitié. Si les autres persistent, l’UMP présentera systématiquement des candidats contre eux. L’UDF connaîtrait de fait une scission entre une partie des sortants qui acceptent l’appui de l’UMP et les nouveaux candidats opposés à l’UMP.

Face à son adversaire, Ségolène Royal a besoin d’un plus important report des voix du centre. Peut-on prédire leurs comportements ?

Je crois à l’importance du débat du second tour entre les deux candidats, qui permettra certainement de cristalliser des intentions de vote. Les consignes, elles, ne joueront qu’un rôle secondaire. D’ailleurs je ne vois pas bien quelles consignes François Bayrou pourrait donner. Si l’on considère ses électeurs, vont-ils vraiment abandonner la gauche et la droite pour aller jusqu’au bout du combat contre les deux blocs et constituer un vrai centre? Je ne le pense pas. C’est peut être le cas des électeurs qui se sont tournés vers lui récemment. En revanche, l’électorat traditionnel de François Bayrou est un électorat de droite comme l’atteste la carte de France des résultats. Les régions du vote Bayrou sont des régions traditionnellement à droite. Précisément là où l’UDF passe des accords avec l’UMP. Dans ces conditions, si François Bayrou procède à un virage à 180 degrés, il risque d’avoir des pertes à l’arrivée.

L’hypothèse d’une alliance entre Ségolène Royal et François Bayrou n’est donc pas crédible ?

Je ne crois pas que François Bayrou se prononcera pour une alliance avec la gauche. Il perdrait une partie de sa base d’élus, or l’UDF est d’abord un parti d’élus. Sans quoi il devrait repartir de zéro et encourrait le risque d’être marginalisé aux législatives, en ne pouvant se maintenir dans la plupart des circonscriptions. Quant à la candidate socialiste, Ségolène Royal, en tendant la main au centre, a déjà fait tout ce qu’elle pouvait faire. Pour que cela soit couronné de succès, il faudrait que l’UDF accepte d’être dominé.

Considérant l’arithmétique du premier tour, les voix du FN sont elles acquises à Nicolas Sarkozy ?

D’après nos analyses antérieures, et ce que disent les instituts de sondage, 80% des voix du Front National iront probablement à Nicolas Sarkozy. Quand bien même Jean-Marie Le Pen tenterait de s’y opposer, d’expérience, ont sait que les reports de voix sont finalement assez peu tributaires des consignes de vote. D’autant que Jean-Marie Le Pen, étant donné son âge, son score décevant, apparaît affaibli. Nicolas Sarkozy a aussi adopté un positionnement très à droite. Il s’est positionné clairement sur le thème de l’identité nationale, ce qui s’est avéré très judicieux. Il ne lui reste plus qu’à rallier le centre.

Une hausse de la participation peut-elle offrir des marges de maneuvre ?

Nous avons calculé qu’il existe un taux d’abstention incompressible d’à peu près 10%, à cause des personnes malades, absentes le jour du vote pour diverses raisons. Dès lors, presque tous les Français ont voté dimanche dernier. Il existe peut être une marge de un ou deux points de participation, guère plus. En réalité, on assistera plutôt une baisse de la participation en baisse. Une partie des électeurs de Bayrou, par exemple, pourrait ne pas vouloir choisir et n’irait donc pas voter.

La campagne de l’entre deux tours peut elle faire bouger les lignes ?

Un front anti-Sarkozy serait une très mauvaise tactique pour ceux qui prétendent le battre. D’abord parce qu’il va changer de ligne, ce qu’il a déjà commencé de faire en se présentant comme un homme d’ouverture. Ensuite parce que les Français attendent que les deux candidats se prononcent sur leurs programmes respectifs.


sébastien sabattini