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Guide de Guadeloupe

L'agriculture en métropole et en Guadeloupe

Le bio est un secteur clé de l'agriculture


Rédigé le Mardi 24 Février 2009 à 03:51 | 0 commentaire(s)
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Cette année, le ministère de l'Agriculture place sa participation au Salon sous le signe de l'agriculture durable. Alors que l'intensification agricole a fait subir une importante pression sur l'environnement, le Grenelle de l'environnement a impulsé une série de mesures pour minimiser cet impact.


photographe : Réa-Ludovic Marin
photographe : Réa-Ludovic Marin

Détails des initiatives engagées avec Michel Barnier, ministre de l'Agriculture et de la Pêche.

Questions de Aurélie Blondel

Que fait le gouvernement pour diminuer la pression de l'agriculture sur la nature?
Michel Barnier.- D'abord, le gouvernement a mis autour de la table du Grenelle de l'environnement des personnes qui n'avaient pas l'habitude de se parler. Longtemps assise au banc des accusés, l'agriculture était présente. C'était le premier débat démocratique sur les enjeux du développement durable, il ne pouvait se faire sans les agriculteurs.

Nous avons par exemple engagé, dans le cadre du plan de relance, le grand chantier de la performance énergétique de l'agriculture: il faut exploiter le formidable potentiel de production d'énergie renouvelable dans les fermes, et en même temps être plus économes en énergie dans les exploitations (moins de fuel, moins d' engrais azotés, très énergivores).

J'ai aussi lancé le plan "Ecophyto", qui vise à réduire de 50% l'usage des produits phytosanitaires, si possible en 10 ans. C'est un nouveau modèle agricole qui est lancé et qui doit s'inscrire dans la durée, pour concilier performance économique et efficacité écologique.

L'agriculture bio est-elle suffisamment soutenue?
L'agriculture biologique représente seulement 2% de la surface agricole utilisée. La demande croît de 10% par an depuis 10 ans, mais il y a un déficit d'offre. Certaines productions sont importées à 50%, comme les fruits et légumes.

Le bio est donc un secteur clé. Le plan "Agribio 2012" vise à mieux structurer la filière, à valoriser les produits biologiques et à en augmenter l'offre. Objectif: tripler les surfaces destinées à l'agriculture bio. Pour cela nous soutenons la conversion au bio en simplifiant les mesures fiscales et en augmentant les enveloppes budgétaires.

L'une des voies du développement est la restauration collective. Les restaurants collectifs de l'Etat doivent proposer 20% de produits bio dans leurs menus en 2012. Le ministère de l'Agriculture montre l'exemple, en distribuant notamment du pain bio.

Selon un rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire (Afssa), le maïs OGM est sans danger pour la santé, dont-on maintenir la suspension de sa culture en France?

L'avis de l'Afssa ne change en rien à la position des autorités françaises: notre clause de sauvegarde se justifie non pas par les risques sanitaires mais environnementaux.
Nous avons pris une clause de sauvegarde sur la base d'un travail conduit par le comité de préfiguration du haut conseil des biotechnologies, qui posait un certain nombre de questions en termes de risques pour l'environnement.

Le rapport pose la question des espèces non cibles et celle de l'impact à long terme. Y a-t-il un risque de dissémination dans la nature entre les cultures OGM et les cultures non OGM? Nous avons posé cette question au niveau européen, de manière précise et rigoureuse. Y répondre nécessite de renforcer les règles d?évaluation.

Propos recueilis par Aurélie Blondel (BazikPress)

Les évolutions de l’agriculture en Guadeloupe : Actes du séminaire, 21-24 novembre 2000, Bouillante.

L'agriculture en métropole et en Guadeloupe
Caractéristiques et enjeux par Marc MARDIVIRIN Producteur de bananes, vice-président du CES, comité de Direction de l’ODEADOM, Guadeloupe

Ces textes tirés du séminaire de Bouillante en 2000, loin d'être caducs, sont d'une réalité époustouflante, ils entrent directement dans les problèmes actuels de l'archipel.

Analyser les évolutions de l’agriculture en Guadeloupe, suppose la compréhension du mode de
formation historique de notre société. L’histoire a légué à la Guadeloupe des caractéristiques très
spécifiques s’agissant de ses structures économiques.
L’agriculture en Guadeloupe est marquée par sa spécialisation et sa dépendance extérieure. Ces traits sont quasi permanents, quelle que soit la période historique, et nous en distinguerons quatre. Le
principe de l’exclusif détermine l’activité économique. Toutes les ressources du territoire sont orientées pour réaliser une production tropicale à exporter vers la Métropole qui en assure la transformation ou la commercialisation. Du fait de la spécialisation, les échanges internes à l’économie du territoire sont très réduits. Les biens d’équipement et de consommation sont importés de la métropole, d’où une extrême dépendance.
Ces échanges avec la Métropole se font à travers un réseau de « commissionnaires » qui, vu leur
position de force, prélèvent l’essentiel de la valeur ajoutée. Ce qui a pour conséquence, une très faible
accumulation de capital au niveau des unités de production du territoire.
Au milieu du XIXe siècle, l’économie de plantation esclavagiste, qui dure depuis deux cents ans,
sombre dans la difficulté et agonise.
Les commissionnaires, de plus en plus puissants, et profitant de l’abondance de l’offre, font baisser les prix des produits exportés. Dans le même temps, ils augmentent le prix des équipements et autres
produits importés.

En interne, les planteurs ont aussi des difficultés. Les coûts de production augmentent du fait,
principalement, de la faible productivité du travail servile et de la forte résistance des esclaves. Les
planteurs s’endettent à des taux usuraires auprès des commissionnaires, ce qui les mènent à la
liquidation et à un fort mouvement de concentration de la propriété.
Pour l’agriculture en Guadeloupe, le milieu du XIXe siècle marque un tournant. Avec l’abolition de
l’esclavage, la révolution industrielle et l’expansion du capitalisme financier, la concentration de la
propriété et de la production s’accentue, les usines centrales remplacent les anciennes sucreries et,
surtout, l’économie agricole passe sous le contrôle de capitaux métropolitains, pour l’essentiel.
Le développement de la grande exploitation cannière, avec usine centralisée, s’accompagne de celui
de la production de café, dans les zones de moyenne montagne, et surtout, de l’apparition d’une petite
production diversifiée. C’est la naissance d’une petite paysannerie indépendante qui aura beaucoup de difficultés à se développer car elle n’a ni le foncier, ni les capitaux et aucune influence sur le négoce.

La multifonctionnalité de l’agriculture et la mise en place des contrats territoriaux d’exploitation

La première moitié du XXe siècle a été la période la plus florissante pour l’agriculture en Guadeloupe.
Les guerres et les crises économiques en Europe ont rendu les importations difficiles et chères.
Il fallait développer la production locale pour remplacer les produits qu’on ne pouvait pas importer.
Beaucoup de ressources ont été réorientées vers des activités de substitution aux importations. La
production agricole diversifiée a fleuri en particulier dans les décennies 30, 40 et 50. La consommation
de produits agricoles bruts et de produits agro-alimentaires transformés s’est considérablement
développée ; le taux de couverture des importations par les exportations s’est amélioré pour dépasser 90 % en 1955, par exemple.
Il est essentiel de noter que le développement de la diversification ne s’est pas fait au détriment des
cultures d’exportation. La production cannière s’est développée dans le même temps et la capacité de
broyage des usines a augmenté. Il en est de même pour la production bananière qui, ayant remplacé
les cultures arboricoles ravagées par le cyclone de 1928, s’est implantée dans tout le sud de la Basse-Terre.

La décennie 60, nouveau tournant, marque le début de l’actuelle période de régression de l’agriculture en Guadeloupe.

Les productions agricoles de la Métropole deviennent progressivement excédentaires. Les moyens de
transport transatlantique se modernisent. Les revenus de transfert se développent, ce qui accroît la
demande. Les importations de produits agricoles et de produits agro-alimentaires, en provenance de la Métropole se développent d’autant plus vite que la production locale ne peut faire face à cette
concurrence.
L’industrie sucrière devient moins rentable du fait de l’abondance sur le marché européen et de
l’augmentation des coûts de production en Guadeloupe, le capital métropolitain se dégage
progressivement de cette industrie.
Les producteurs perdent confiance et, vu la faiblesse de leurs revenus délaissent cette production.
En application de la convention de Lomé, les importations en provenance des Etats ACP voisins
viennent concurrencer très rudement les productions légumières et fruitières.
Récemment, au cours de la dernière décennie, du fait des difficultés d’écoulement sur le marché
européen, la production bananière, elle aussi, est entrée dans une phase de régression. Les revenus
s’amenuisent, l’endettement s’accroît, des entreprises ferment, la production diminue.
Les productions diversifiées, animales et végétales, malgré des efforts considérables, n’arrivent pas à se développer à cause de la concurrence des produits importés.
Régression des productions agricoles, augmentation des importations, le taux de couverture des
importations par les exportations baisse régulièrement depuis les années 60 pour atteindre 9 % en
1999.
La situation actuelle est très contrastée. Les producteurs de canne, avec le développement de la mécanisation et l’amélioration du niveau de leurs revenus, voudraient reprendre confiance, mais, ils
sont contraints à une programmation à court terme par référence à la gestion de l’outil industriel dont le fonctionnement est assuré par la période annuelle.
Les producteurs de bananes voudraient bien croire en l’avenir de leur filière et se battre pour
sauvegarder leur outil de travail mais, depuis trois ans, ils n’ont aucune lisibilité de l’avenir, dans quelle mesure la nouvelle organisation du marché qui est en cours de négociation va les sacrifier un peu plus, pourront-ils écouler leur production et en tirer un revenu acceptable ? Toutes ces questions restent sans réponse aujourd’hui.

La diversification végétale fait preuve d’un grand dynamisme mais la concurrence des productions
européennes et ACP est très forte. L’accord que l’Union européenne prépare au profit des PMA (Pays
les moins avancés) aggravera cette concurrence par des pays où les coûts de la main-d’oeuvre et des
intrants sont de loin inférieurs à ce que nous supportons ici.
Malgré quelques résultats modestes, préservation des parts de marchés, la diversification végétale est
loin de constituer une filière structurante en termes d’aménagement du territoire et de création
d’emploi.
La diversification animale, dans le contexte actuel de crise de confiance à propos de la viande bovine,
bénéficie d’une ouverture formidable. Il s’agit de pouvoir développer une production régulière et
labellisée. Mais si les éleveurs savent produire, les relations avec les partenaires commerciaux
devraient se fonder sur d’autres bases que l’alignement sur le moins disant.

Pour l’essentiel, les handicaps sont de trois ordres.

• La mauvaise maîtrise du foncier et l’insuffisance des infrastructures : dans les modes de faire-valoir,
les archaïsmes persistent, tels l’indivision et le colonage. La réforme foncière traîne un solde de 30 %
qui paraît incompréhensible. La SAU (Surface agricole utilisée) régresse de 1 000 ha par an.
L’hydraulique agricole est loin d’être suffisante aussi bien en termes de réseau que de quantités.
• Le niveau élevé des coûts de production : plusieurs raisons expliquent le niveau élevé des coûts de
toutes nos productions agricoles :
– le prix élevé des facteurs de production (main-d’oeuvre, consommations intermédiaires, capital) ;
– la faible productivité du travail ;
– la faible productivité des rendements liée aux méthodes utilisées et au vieillissement des
exploitants, à l’insuffisance des moyens pour faire les traitements en temps utile, à l’insuffisance de
l’hydraulique agricole, et aux aléas climatiques.
• Les difficultés de commercialiser à un prix rémunérateur : l’écoulement de la production est loin
d’être garanti aussi bien, sur le marché local que sur le marché européen. Les prix de vente pratiqués
ne permettent la remontée que d’une partie infime de la valeur ajoutée.
En plus des conséquences négatives de l’ouverture des frontières, au sein de l’Union européenne, et au profit des pays ACP, il existe une forte réticence de deux groupes de pression très puissants. Les
commissionnaires qui, depuis trois siècles, commercialisent nos produits dans la Métropole et dans les autres Etats européens, et, qui font tout pour garder la mainmise sur cette commercialisation et ce
faisant récupérer l’essentiel de la valeur ajoutée.
Les importateurs qui veulent conserver leurs marges et leurs marchés s’opposent à l’émergence d’une véritable production locale. Ces deux groupes de pression, très puissants, déploient des moyens considérables, et, il faut le dire, bénéficient d’une écoute particulière auprès des pouvoirs publics.
Il est clair que, livrés à eux-mêmes, les producteurs n’ont pas les moyens de s’opposer à une telle
adversité.
Malgré tout cela, il existe des éléments positifs qui devraient permettre de développer une agriculture
professionnelle et moderne destinée à assurer une couverture alimentaire substantielle aux populations locales et à augmenter les ressources à l’exportation.

Nous mentionnerons les principaux :
– la qualité des sols et les richesses en eau du territoire constituent des atouts indéniables ;
– la volonté des agriculteurs et en particulier des jeunes à développer et pérenniser leur activité ;
– l’évolution de la demande du consommateur qui de plus en plus intègre dans ses choix les notions de qualité, de sécurité, et de goût ;
– l’existence d’un pôle de recherche important (UAG, INRA, CIRAD) ;
– la nouvelle politique agricole française qui permet aujourd’hui de prendre en compte toutes les
fonctions assumées par l’agriculteur.
Créer des richesses en participant au maintien de la cohésion sociale, au développement territorial
équilibré et à la sauvegarde de l’environnement. Tels sont les enjeux.
L’objectif est de revitaliser et diversifier la production agricole, de gagner des parts sur le marché local
et de favoriser le développement des exportations.
Pour cela, il faut redéfinir la place de l’agriculture dans notre société. Avec la mondialisation des échanges, le prix agricole sera fixé par le marché et aligné progressivement sur le moins disant social et environnemental. Redéfinir la place de l’agriculture dans notre société, c’est reconnaître qu’en plus de sa fonction économique, l’agriculteur assume une fonction sociale et une fonction territoriale, c’est admettre que le maintien d’une agriculture sur l’ensemble du territoire relève des politiques publiques.
Nous proposerons trois pistes qui nécessitent chacune un engagement fort de l’agriculteur et de la
puissance publique.
Maîtriser le foncier et améliorer les infrastructures. Compte tenu de la régression de la SAU et de la
croissance de la population, la gestion du foncier agricole devrait relever de l’utilité publique. Abolition
du colonage, accompagnement à la sortie de l’indivision, récupération des terres en friches, liquidation
de la réforme foncière, préservation du foncier agricole, prévention du démembrement des GFA, et,
bien sûr, poursuite des programmes d’amélioration foncière et d’irrigation.
• Restructurer la commercialisation pour une meilleure remontée de la valeur ajoutée. Il s’agit
d’établir un nouvel arrangement avec les partenaires commerciaux, tant sur le marché local que sur le
marché à l’exportation. Il est illusoire de penser que les producteurs, seuls, pourraient obtenir ce
changement important. Il s’agit de remettre en cause la spécialisation et la dépendance qui durent
depuis trois siècles. Et puis, les partenaires commerciaux disposent d’un pouvoir considérable. Les
pouvoirs publics doivent contribuer à cette évolution.
• Améliorer les revenus des agriculteurs. Des revenus de misère n’ont jamais entraîné des professions
fortes et dynamiques. Il s’agit d’améliorer les revenus liés à la fonction économique, prix tiré du marché et complément de prix ou aide compensatoire. Il s’agit aussi et surtout de prendre en compte et de rémunérer les autres fonctions assumées par l’agriculteur.
L’agriculture en Guadeloupe peut redevenir florissante, le producteur agricole le veut, le consommateur le souhaite. Tout dépend des politiques publiques.



Jean-Jacques coudiere