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Guide de Guadeloupe

L'Habituée Négresse une nouvelle de Kéram Goettmann

Tiré du recueil de nouvelles de Kéram Goettmann


Rédigé le Samedi 29 Août 2009 à 05:46 commentaire(s)
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Ce chemin, ce lieu a une histoire qui m'interpelle chaque fois que je passe devant le panneau du chemin, intitulé, ''l'habituée Négresse''.


La rivière de l' Habituée Négresse

L'Habituée Négresse une nouvelle de Kéram Goettmann
Au bout du chemin de Birloton, le chemin de ''l'Habituée Négresse'', descend sur la rivière, là une dalle en béton coupe le courant et permet de traverser pour aller dans les bananeraies du morne. Quelques rastas y travaillent la journée, certains restent la nuit pour fumer des joints tranquillement dans des cabanes en tôles. J'aime la rivière en cet endroit accidenté, au fort courant léchant les pierres et les rochers qui s'accumulent dans l'eau vive. Il n'est pas rare d'apercevoir des racoon sur les bords. Les branches pourries par les termites, sonnent à chaque coup de bec des pics de Guadeloupe dans d'étranges rythmes. Si l'on remontait la rivière, quelques ouassous se laisseraient pêcher! Je reste de longues heures assis sur la grosse roche du bord, sous le manguier à lire ou tout simplement à ne penser à rien et à tout! Au tombé du soleil, c'est sublime, l'ombre qui dormait, couvre maintenant tout un côté de la rivière. Le chemin a disparu, l'eau de la rivière, brille sous la lune, la chute produite par la dalle en béton scintille comme au 14 juillet. C'est le moment choisi pour évacuer les lieux.

Ce chemin, ce lieu a une histoire qui m'interpelle chaque fois que je passe devant le panneau du chemin, intitulé, ''l'habituée Négresse''. Au milieu du chemin, à droite, en descendant à la rivière, une toute petite case en tôles entourée elle même de tôles de récupération, impossible de voir à l'intérieur. C'est très curieusement isolé, mais il ya une vie à l'intérieur, le caquetage des poules en donnait confirmation, ainsi que quelques fumées qui de temps en temps, léchaient le toit!
Un soir en remontant, dans la lumière des phares, j'aperçu devant la case en tôle une forme qui me faisait signe. Ayant stoppé, une femme dont je voyais mal le visage, un gros sac poubelle à la main, me demanda si je voulais l'amener au bout du chemin pour déposer les ordures. Service facile à rendre, il y avait deux cent mètres à couvrir. En redémarrant, un coup d'oeil dans le rétroviseur, je m'aperçu que cette femme claudiquait. Elle m'expliqua que tombant de vélo enfant, elle en avait gardé la jambe raide. Le lendemain, le même scénario se renouvella, pour me remercier, elle m'invita à boire un punch, la case était toute petite mais bien tenue, propre, bien rangée. Un lit dans le coin avec les draps bien tirés, une toute petite armoire et un évier en céramique blanche. Où prenait elle de l'eau? C'était un rasta qui lui remontait un seau plein d'eau de la rivière chaque jour. Elle me fit comprendre en s'amusant, qu'elle payait ses services avec sa féminité!
J'avais pris l'habitude de klaxonner quand je passais devant sa case, elle savait que je repasserai le soir. Pour lui éviter de monter ses sacs poubelle, je m'en occupais. De temps en temps, elle me servait un ti punch après m'avoir claqué un baiser sur la joue. Je n'ai jamais connu son nom, nos baisers de bienvenue étaient chastes et amicaux, jamais il n'y avait eu autre chose que le plaisir de converser ensemble. Un jour, la fumée avait disparue, emmenant la femme de ''l'Habituée Négresse'' avec elle. Je ne l'ai jamais revue!


Kéram Goettmann