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Guide de Guadeloupe

L’Abolition aux Antilles


Rédigé le Dimanche 12 Novembre 2006 à 15:56 commentaire(s)
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esclavage
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La révolte gronde

En Martinique, après la publication du décret à Paris, les esclaves ont vent de ce qui se prépare dans l’Hexagone. Tous les jours, on espère l’arrivée du décret salvateur abolissant l’Esclavage. Les esclaves doivent être affranchis dans les deux mois qui suivent... Cependant, les journées puis les semaines passent et la libération tant espérée n’arrive pas. Les esclaves craignent que ce décret soit factice. En effet, le rétablissement de l’Esclavage huit ans après son abolition en 1794 reste gravé dans les esprits.
Certains bourgeois de couleur et quelques démocrates blancs s’allient à la cause des esclaves et entrent en campagne pour réclamer leur libération immédiate. Les esclaves sont à bout, le sentiment de révolte prend de plus en plus d’ampleur.

Les émeutes de Saint-Pierre

Les 21 et 22 mai 1848, l’île est le théâtre de nombreuses émeutes. A Saint-Pierre, un esclave est arrêté et conduit en prison pour avoir joué du tambour. La nouvelle se répand très rapidement. C’est l’embrasement. Plus de 2000 esclaves se saisissent de coutelas, de lames et de bâtons et vont réclamer sa libération. Ils se heurtent à des maîtres armés de fusils, et 25 esclaves sont tués. La vue de ces cadavres et des nombreux blessés décuple la volonté des insurgés. Ils menacent d’incendier toute la ville. Paniqué, conscient de son impuissance face à la détermination des esclaves, le conseil municipal se réunit d’urgence et vote l’entrée en vigueur immédiate du décret d’abolition à Saint-Pierre.

Le décret entre en vigueur

Le lendemain, le 23 mai, alors que des incidents similaires se déroulent dans d’autres villes de la Martinique, le gouverneur décrète l’abolition de l’Esclavage et l’abandon des poursuites contre les insurgés. Conformément au décret voté à Paris, les colons sont indemnisés pour la perte de leur main d’œuvre gratuite. Quant aux esclaves, ils ne bénéficient pas de ces largesses et devront survivre par leurs propres moyens.
Chaque 22 mai, les Martiniquais commémorent par un jour férié non pas l’application locale du décret, mais la révolte de Saint-Pierre qui a permis l’Abolition.

L’Abolition en Guadeloupe

Libérés lors de la première Abolition en 1794, les Noirs doivent retourner aux chaînes en 1802. Jusqu’à l’Abolition de 1848, les esclaves se battront pour retrouver leur liberté volée.

Richepance rétablit l’Esclavage

« (...) Jusqu’à ce qu’il en soit autrement ordonné, le titre de citoyen français ne sera porté dans l’étendue de cette colonie et dépendances que par les Blancs. Aucun autre individu ne pourra prendre ce titre ni exercer les fonctions qui y sont attachées. » Avec ce décret, le général Richepance rétablit l’Esclavage en Guadeloupe en 1802, et ce malgré la résistance acharnée de centaines d’hommes et femmes emmenés par Louis Delgrès.

Soulèvements chroniques

Alors que dans l’Hexagone, des voix se font entendre contre la poursuite du système servile, les esclaves tentent à de nombreuses reprises de se soulever contre leurs maîtres. A chaque fois la répression est sanglante. Ces soulèvements chroniques inquiètent beaucoup l’aristocratie française qui craint que les colonies accèdent à l’indépendance, comme Haïti en 1804.
En Guadeloupe, conscients que les esclaves parviendront tôt ou tard à arracher leur liberté, les maîtres tiennent à contrôler le processus d’émancipation. Ils refusent que l’Abolition se fasse dans la violence, et, surtout, de perdre leurs privilèges et leur toute puissance économique. Dès 1847, le conseil colonial de la Guadeloupe élabore des stratégies et des méthodes d’indemnisation en prévision de l’Abolition qui parait inéluctable.

L’Abolition est décrétée

Un an plus tard, l’Abolition est à l’ordre du jour mais la question de l’indemnisation n’est pas encore réglée. Les maîtres tiennent avant tout à être dédommagés, et pour cela ils ont besoin de gagner du temps. C’est dans ce but qu’ils tentent par tous les moyens d’apaiser les esprits des esclaves. Au début du mois d’avril, le gouverneur Layrle s’adresse à eux, leur promettant une abolition proche. Quelques jours plus tard, les châtiments corporels sont interdits.
Enfin, le 27 avril, l’Abolition est officiellement déclarée, et les colons obtiennent d’être indemnisés par l’Etat. Le décret part pour les Antilles. Le 22 mai, sur l’île voisine de Martinique, les esclaves se révoltent violemment et les colons, dépassés, n’ont pas eu d’autre choix que de proclamer l’Abolition avant l’arrivée du texte

Le 27 mai

Les esclaves guadeloupéens s’organisent à leur tour. Les rassemblements et les émeutes de plusieurs milliers d’entre eux poussent le gouverneur à déclarer l’Abolition le 27 mai 1848. Quant au décret envoyé par Paris, il arrivera plus d’une semaine après que les esclaves eurent repris leur liberté. Depuis 1983, le 27 mai est une journée de commémoration fériée en Guadeloupe.


Maïté Koda