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Guide de Guadeloupe

Gwo Ka

entre tradition et modernité, le Gwo Ka fait parti de la quête identitaire des guadeloupéens


Rédigé le Vendredi 15 Janvier 2010 à 09:05 commentaire(s)
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Parler du gwoka c'est donc parler de l'âme même du peuple Guadeloupéen, c'est fouiller dans ses entrailles pour faire ressortir son originalité, sa personnalité propre.
C'est parler d'une expression musicale qui a vu le jour dans les souffrances de l'esclavage, qui a été interdite, réprimée, qui a marronné en prenant des " chimen kosyè ", qui a résisté pour accompagner ce peuple vers son destin lui servant comme le créole guadeloupéen tantôt de béquille tantôt de lance enflammée.
Parler du gwoka c'est enfin parler d'une façon d'être, de parler de marcher qui, si elle n'est pas encore adoptée par toutes les couches sociales et ethnies de la population guadeloupéenne est du moins respectée pour ce qu'elle représente.
Mais comment en est on arrivé là ? Quel a été le processus (cheminement) historique ?


 

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Histoire du Gwo Ka

Forme musicale d'origine africaine, le gwoka est apparu en Guadeloupe au 17ème siècle avec l'esclavage. Sa naissance résulte d'un processus de créolisation par adaptation au milieu environnant et assimilation de quelques éléments européens. Forme d'expression artistique complète, le gwoka comprend des chants, des danses, et la musique instrumentale symbolisée par le tambour "KA".

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Mais si l'utilisation du tambour est séculaire en Guadeloupe, il ne portait pas le nom de Ka à l'origine. Comment était-il alors désigné? Ecoutons à ce propos le père Labat (célèbre chroniqueur et homme politique de l'époque) dans son ouvrage "Voyage aux Iles d'Amériques" :


"pour donner la cadence à cette danse, ils (les esclaves) se servent de deux tambours faits de deux troncs d'arbres creusés, d'inégales grosseurs. Un bout est ouvert, l'autre est couvert d'une peau de brebis ou de chèvre sans poils, grattée comme du parchemin. Le plus grand de ces tambours qu'ils appellent simplement le grand tambour, peut avoir trois à quatre pieds de long sur quinze à seize pouces de diamètre. Le petit qu'on nomme bamboula est à peu près de la même longueur, sur huit à neuf pouces de diamètre".


Voilà donc ce à quoi ressemblaient les tambours utilisés dans la Guadeloupe de l'époque, tel qu'ils ont été ramenés d'Afrique ou confectionnés sur place selon un modèle africain. Par la suite ils deviendront des KA guadeloupéens.
Pourtant, l'origine des mots KA et GWOKA demeure encore une énigme. C'est plus d'un siècle plus tard nous dit Alex URI que nous trouverons le premier témoignage faisant état du mot KA, et il cite :

"L'habile instrumentaliste, bel tanbouyé, est à califourchon sur son KA…" (Lafcadio hearn two years in the French west indies).


Dans cet intervalle donc, le "bamboula" a pris le nom de KA et le grand tambour est devenu "boula". (soit dit en passant, "boula" signifie battre le tambour en langue kikongo). Le "bamboula" lui deviendra "makè"

Aujourd'hui deux explications majeures prédominent :
  • pour les partisans de la francisation le mot "ka" est utilisé pour désigner le tambour parce qu'il se fabrique à partir d'un quart de tonneau ou quart (se prononçant "ka" en créole).
  • Les autres africanistes convaincus eux soutiennent que ce mot "ka" répandu d'ailleurs dans la Caraïbe (Haïti, Iles Vierges, Cuba), à la Nouvelle Orléans est aussi présent en Afrique, notamment en Angola où il représente également un instrument de percussion.
A l'équation gwoka = gros quart, ils opposent le diptyque gwoka = N'GOKA (terme africain) prétextant qu'en Guadeloupe beaucoup de personnes disent effectivement " goka " au lieu de "gwoka "

La question qui se pose est donc la suivante : Pourquoi a-t-on en Guadeloupe abandonné les termes de " bamboula " et de grand tambour pour adopter le nom de KA ? Question très importante quand on sait que dans la traduction du livre des Morts de l'Ancienne Egypte (nous dit encore URI), le mot KA se rapporte à l'âme. On ne peut s'empêcher de penser à Cheik Anta Diop ; n'est ce pas ?

Mais qu'en est-il de l'expression musicale elle-même ? Ecoutons encore le père Labat décrivant une scène de musique et de danse :


"celui qui touche le grand tambour bat avec mesure et posément, mais celui qui touche le bamboula bat le plus vite qu'il peut et sans presque garder la mesure. Et comme le son qu'il rend est beaucoup moindre que celui du grand tambour et plus aigu, il ne sert qu'à faire du bruit, sans marquer la cadence, ni les mouvements des danseurs" (no comment). Les danseurs (eux) sont disposés sur deux lignes, les uns devant les autres, les hommes d'un coté et les femmes de l'autre".


Pour les guadeloupéens, cette description du jeu du bamboula est pleine de sens notamment. Donc à partir des musiques et danses extrêmement riches et diverses de leur pays d'origines, particulièrement la Guinée Occidentale, et le Congo, les esclaves ont élaboré un art nouveau le "gwoka" dont les caractéristiques essentielles (la primauté du rythme, la forme répétitive, l'improvisation, l'humour des textes, les mouvements physiques intégrés à l'expression musicale, les syncopes sur les temps faibles, les variations de hauteurs de son du tambour, la présence du coda, le dialogue entre chanteur soliste et chœur etc) rappelle beaucoup les musiques africaines.

Ce sont les " nèg mawon " et les nègres des plantations qui ont créé les bases de notre culture et ont élaboré notre musique. Elle s'est d'abord appelé " Kalenda " en souvenir de la musique de la Guinée. Ce n'est que beaucoup plus tard que le " kalenda " ayant été profondément transformé à partir des nouvelles réalités sociales économiques et culturelles prit le nom de " gwoka " pour devenir guadeloupéen.


danseuses gwo ka
danseuses gwo ka

Description du Gwo Ka

Le "gwoka", musique répétitive repose sur de nombreux éléments récurrents que sont surtout la forme du rythme du "boula", les battements de mains et les phrases mélodieuses du chœur (répondè). Cependant, grâce à l'improvisation et le retour constant à la norme le "gwoka" prend souvent un caractère envoûtant. Récemment encore on pouvait voir des danseurs dans un état second proche de la transe. Les mélodies sont généralement construites sur un mode pentatonique (les spécialistes s'y reconnaîtront), ce qui n'empêche pas certains chanteurs d'utiliser quelque fois d'autres échelles et registres. L'art de l'improvisation représente un des fondements du gwoka. Chanteurs, danseurs, et tambourinaires ont toute liberté pour s'y livrer à condition toutefois qu'ils respectent le tempo de la musique et ne rompent pas la chaîne harmonique.

a) Les instruments du Gwo Ka
Le gwoka se joue avec 3 "ka" (ou 2 tout au début) c'est à dire 2 "boula" et 1 "makè" à peu près de la même taille. Un "ka" se compose de : - 1 baril appelé "bouko" en créole - 1 peau de cabri (po a kabrit) mâle pour le "boula" et femelle pour le "makè" - 2 "sèk" pour maintenir les cordes - 6 "klé" pour serrer le tout - "zoban" = cordeOn utilise quelque fois des "tibwa" mais la calebasse (gourde vidée de son contenu, séchée et remplie de graine) est plus fréquemment employée. Dans la musique traditionnelle la calebasse ("chacha") joue le rôle d'accompagnement rythmique et résonne comme un bruit de fond. Mais qui sont les acteurs de cette musique ?
2) Les acteurs = musiciens et autres

b) Le public et le Gwo Ka
En "gwoka" il n'y a pas en principe de spectateurs au sens strict du terme. C'est une musique qui exige la participation de la collectivité, du public. Les choristes et les musiciens forment un cercle et laissent un espace destiné aux danseurs. Tous les acteurs sont interdépendants et si l'un n'est pas à la hauteur la musique ne peut se dérouler

c) Le chanteur et le Gwo Ka
Dans le "gwoka", le chanteur tient une place prépondérante et de ce fait doit faire preuve de "lokans". Il est en quelque sorte le chef d'orchestre qui dirige les choristes et les "tanbouyé", n'hésitant pas à les encourager ou à les réprimander s'il n'est pas satisfait de leur prestation. Le texte de ses chansons traite généralement de la vie quotidienne du peuple. Les premières paroles de son chant qui constitue ce qu'on pourrait appeler avec imprécision "le refrain" seront reprises par les choristes qu'il sollicitera en chantant avant de faire de même pour les tambourinaires ou "tanbouyé".

d) Le chœur / "répondè"
Le chanteur a toujours à ses cotés un petit groupe de gens fidèles, experts comme lui-même et qui sont chargés de lui donner la réplique, donc de répondre le plus juste possible.

d) Les tambourinaires / "tanbouyé"
Les "tanbouyé" sont normalement au nombre de trois (2 "boularien" et 1 "makè") même si aujourd'hui plusieurs groupes en mettent plus. Le chef des "tanbouyé", c'est à dire le "makè" tient le rôle de soliste et frappe sur le tambour au son le plus aigu tout en étant assis sur un petit banc, son instrument placé devant lui. Il semblerait qu'autrefois il se tenait lui aussi à califourchon sur son "ka", et que VELO ait été l'initiateur de la nouvelle formule.C'est en générale le "makè" qui s'exécute le premier pour lancer le morceau sous l'injonction du chanteur. Les autres tambourinaires produisent un son grave assis à califourchon sur leur instrument. Ils ont la lourde responsabilité, tels des métronomes, de maintenir le rythme de base afin que le soliste puisse s'exprimer. Il arrive souvent que la virtuosité du "makè" touche ceux qui écoutent au point de leur donner des frissons ou de leur mettre les larmes aux yeux, d'autant plus qu'un véritable dialogue s'établit entre le "makèet le "dansè", évoquant tantôt la complicité, tantôt la lutte.

e) Les danseurs
L'espace danse est libre à toutes et à tous. Le danseur peut tout simplement sortir du public. Mais il doit savoir s'adapter au rythme joué et donner libre court à son imagination pour faire valoir sa faculté d'improviser et la souplesse de son corps tout en marquant la "rèpriz". C'est en général lui qui mène la danse et lui que le "makè" doit suivre. Il est tour à tour remplacé par un autre danseur si bien qu'on ne s'en lasse jamais.

Rythmes et danses du Gwo Ka

Dès le 18ème siècle (selon Emma Monplaisir) les danses essentiellement africaines (danse congo, danse du serpent) avaient complètement disparu pour laisser place aux danses en soliste ou de couple dont la plus célèbre était le "calenda".
Les rythmes du gwoka se sont élaborés au fil des années. Ils se composent actuellement de sept "konnyé" rythme de base auxquels correspondent 7 façons de chanter et de danser. Ils ont pour noms :

- le "toumblak" (le plus connu) qui est aussi danse de l'amour avec ses postures suggestives. Se rapprochant du "calenda", il rappelle les danses de la fertilité en Afrique (le "toumblak" devient "toumblak chiré" quand le rythme s'accélère jusqu'à l'envoutement).

- le "graj" : danse de travail dont les mouvements évoquent les différentes phases de la fabrication de la farine de manioc.

- le "mendé" qui est aussi un rythme et une danse de carnaval. Il symbolise l'évasion collective. Ce rythme incite à la marche et au défilé.

- le "woulé" : sorte de valse piquée appelée aussi "ballon", était autrefois dansé avec un foulard (danse de travail).

- la "granjanbel" (ou " padjanbel) : rythme et danse de travail qui rappellent les mouvements saccadés des esclaves des plantations.

- le "kaladja" : danse de l'amour (triste) - chagrin ("lenbé") ou événement triste.

- le "léwoz" qui est sans doute le rythme le plus complexe et difficile à exécuter. C'est aussi une danse d'incantation probablement désacralisée et provenant des sociétés secrètes à l'origine des révoltes aux XVIIIème siècle. L'origine de son nom est aussi énigmatique que celle du "ka" ou du "gwoka". Une variété du "léwoz" traditionnel "indestwas" dénommé alors "léwoz jabren" est plus récemment apparu avec de "gran joua" comme Carnot, Baguy, et Conquet.

lyannag villa bouillante
lyannag villa bouillante

La sware Lewoz

Les réjouissances du dimanche appelés aussi "bamboula" un moment interdites ont survécu et permis aux africains d'origines diverses de confronter leur savoir artistique pour créer une expression originale reflétant leur nouvelle identité.

De nos jours ces rassemblements se déroulent en général le vendredi ou le samedi lors des fêtes patronales ou fêtes de sections (lieux dits). Les "bamboula" d'autrefois ont pris le nom de "swaré léwoz" ou "léwoz" tout court (ne pas confondre avec le rythme " léwoz ").

Généralement organisé en milieu rural, il remplit deux fonctions essentielles dans la société guadeloupéenne : sociale et économique.
- lieu de convivialité mais aussi de consommation au profit de l'organisateur du " léwoz ".
- mais c'est avant tout un lieu de musique où les compétences des uns et des autres s'affirment qui en chant qui en danse ou en musique instrumentale.
- Lieu où certains viennent chercher ou asseoir leur renommée (notoriété).

En principe dans un "bon" léwoz tous les rythmes sont joués en alternance permettant de tenir sans monotonie jusqu'au petit jour. Il n'est pas rare de voir les connaisseurs s'en prendre aux musiciens qui ne respectent pas la "rèpriz" ou "ki ka déranmé".
Autrefois il existait le "léwoz" au commandement qui a pratiquement disparu depuis les années 1950. On y notait la présence d'un commandeur (comme dans la quadrille) dont le rôle était de diriger les danseurs.


AUTRES MANIFESTATIONS LIEES AU "GWOKA"

La musique gwoka est présente à tous les niveaux de la vie des guadeloupéens. Il existe néanmoins des occasions principales durant lesquelles elle est pratiquée de façon intense.
1) Les veillées mortuaires (appelée aussi parfois veillée "boukousou") où se pratique un gwoka sans tambours sous la forme du " waka " ou "boulagèl".
2) Le carnaval où le rythme pratiqué est le "mendé" dans toutes ses variantes ("st-jean" popularisé par le groupe AKIYO, "gwo siwo" par le groupe VOUKOUM).
3) Noël : est effectivement une occasion où se mêlent musique sainte de cantique ou chant de noël et la musique "païenne" du gwoka souvent dans un but de dérision.
4) Le bèlè (ne pas confondre avec le bèlè martiniquais) c'est surtout durant le travail collectif appelé "koudmen ou "konvwa" en Guadeloupe qu'on entend monter un chant bèlè avec ou sans tambours pour mieux stimuler les travailleurs. "Bèlè" en yoruba désigne une grande fête qui marque la fin des récoltes. Souvent le "bèlè" est chanté par un seul individu, une femme dans sa maison ou dans son jardin vacant à ses occupations (tâches quotidiennes).
5) Le "mayolè" Selon Anca Bertrand ( ) dans la revue parallèle n°15 "le jeu des mayoleurs est un duel au bâton sous forme de danse. Les joueurs font une ronde autour des bâtons déposés à terre devant les tambours, prennent ensuite les bâtons et attaques exactement à la manière des escrimeurs (tout cela au rythme du tambour naturellement). Le jeu est brutal mais ne manque pas de grâce. L'adresse des joueurs consiste à enlever le chapeau de l'adversaire d'un coup de bâton. Cette danse se pratiquait surtout dans la région de la Grande Terre (Le moule).
On raconte que les "mayolè" étaient si redoutés qu'ils servaient de garde du corps aux hommes politiques (politiciens).
Toujours est-il que des associations tentent de reprendre le flambeau, ou plutôt le bâton après des années de sommeil.

Utilisation actuelle du Gwo Ka

Le gwoka occupe plus que jamais les moments importants de la vie des Guadeloupéens. Si auparavant il a permis aux esclaves, au " nèg mawon " de se stimuler pour attaquer les plantations, aujourd'hui après avoir été l'objet principal (avec le créole) des revendications identitaires, on le retrouve systématiquement dans les conflits sociaux comme élément indispensable de conditionnement psychologique.

  • La rue piétonne à Pointe-à-Pitre appartient désormais aux "officionados" du Ka.
  • Les manifestations " léwoz " se multiplient aux quatre coins de la Guadeloupe avec plus ou moins de succès.
  • Les écoles de danse affichent complet à l'instar de l'Akadémiduka.
  • Les adeptes du gwoka moderne s'inspirent et reconnaissent le travail immense réalisé par Gérard LOCKEL.
  • Les écoles de musiques (TROUPE, CASTRIS, et d'autres encore) partent de la tradition et notamment du gwoka pour accéder à l'universel.
Bref partout un nouvel engouement se fait jour, donc il y a lieu d'être optimiste

Gwo Ka

Avenirs du Gwo ka

Un des avenirs du gwo Ka est son utlisation par des artistes locaux pour concevoir une nouvelle musique, une nouvelle voie.

Par exemple, Jacques Schwarz-Bart marie le jazz et le gwo ka
Saxophoniste guadeloupéen établi à New York, il présente au festival de la Villette son album de fusion avec la musique de tambours de son île.

«MON INTENTION n'est pas de restituer quelque chose qui existe, le gwo ka des soirées léwoz ou le jazz du label Blue Note. Mon intention était de définir un espace sonore qu'on ne peut trouver ailleurs parce que j'en ai créé les paramètres selon mes propres besoins émotionnels.»

Voilà qui est franc : Jacques Schwarz-Bart ne joue pas la musique des soirées conviviales qui, en Guadeloupe, font sonner les tambours du gwo ka jusque tard dans la nuit. Et il n'est pas non plus un jazzman droit dans ses classiques et les bonnes vieilles couleurs swing de naguère. Avec Soné ka la, qui sort cette semaine (chez Universal Jazz) et sa participation au festival Jazz à la Villette, il s'aventure entre deux musiques, deux esthétiques, deux savoirs.

Le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart compte parmi cette poignée de musiciens français qui vivent et travaillent aux Etats-Unis. Il a joué dans le jazz ou dans ses parages les plus soul avec Roy Hargrove, MeShell N'Degeocello, D'Angelo, Erykah Badu, Danilo Perez, avec les Cubains Chucho Valdes ou Miguel «Anga» Diaz, récemment disparu, comme avec quelques-uns des plus exigeants musiciens antillais comme Mario Canonge.

Lui-même n'est pas né dans un berceau anonyme : son père André Schwarz-Bart est l'auteur du Dernier des justes, prix Goncourt 1959, ou de La mulâtresse Solitude et sa mère est Simone Schwarz-Bart, personnalité majeure des lettres antillaises, qui a signé Pluie et vent sur Télumée Miracle ou Ti-Jean l'Horizon. Ce sont eux qui ont conduit leur fils, tout enfant, à entendre le gwo ka qui, à l'époque, est rejeté par la bonne société comme musique du bas peuple et d'une honteuse mémoire. «Le gwo ka porte des émotions que je n'entends pas dans les autres musiques créoles, une gravité, une tristesse, un blues, la rencontre entre les morts et les vivants, quelque chose d'onirique.»

à l'origine, aux temps de l'esclavage, puisque les autorités interdisent de creuser des troncs d'arbre pour en faire des tambours comme en Afrique, la Guadeloupe fabrique ses tambours à partir de tonneaux de salaison (c'est semble-t-il à cause de leur nom de «gros quart» que l'instrument et la musique s'appellent gwo ka en créole). Et, peu à peu, se construit une science des rythmes, les uns à destination festive ou carnavalesque, les autres reprenant les rythmes du travail de la canne ou du manioc dans les plantations. Sept grands rythmes se codifient (toumblak, pandjabel, kaladja, graj, léwoz...), chacun connaissant ses variantes, sa propre grammaire d'improvisation, sa tradition chantée.

Une large palette d'émotions

Cette science des tambours est pour Jacques Schwarz-Bart

«chargée de toutes les émotions de l'enfance. Le gwo ka m'a donné un bagage d'imaginaire extrêmement fort, que je n'ai jamais pu utiliser par la suite quand je suis devenu musicien – à New York, personne ne connaît le gwo ka. Très peu de jazzmen s'y sont essayés et ceux qui l'ont fait ne connaissent pas forcément bien ce langage. Il fallait que je le fasse moi-même.»

Alors,

«après avoir été sideman de service pour plusieurs grands leaders, j'ai finalement décidé de larguer les amarres». Jacques Schwarz-Bart met en chantier Soné ka la, jouant des saxophones ténor et soprano, de la flûte et de la guitare, avec autour de lui jazzmen de New York et tambouyè de la Guadeloupe, dans «un vocabulaire improvisé qui inclut le jazz moderne avec sa part d'abstraction, mais qui en même temps puise dans les motifs rythmiques du gwo ka. J'ai voulu visiter une palette très large d'émotions avec des mélodies inspirées à la fois du patrimoine gwo ka mais aussi de ma connaissance du jazz style Wayne Shorter ou des grands Brésiliens comme Milton Nascimento.»

Au passage, il invite pour des featurings de prestige Jacob Desvarieux de Kassav ou la jeune star Admiral T – le poids déjà classique du zouk et la part croissante du raggamuffin dans la culture créole.

«Ce que j'ai cherché, c'est à ouvrir des fenêtres d'une musique vers l'autre. Le gwo ka est essentiellement rythme et voix. Le mariage avec le jazz l'ouvre sur l'harmonie, l'orchestration, un type d'improvisation mélodique. Et cela permet d'explorer des couleurs qu'on ne trouve pas d'habitude dans le jazz. Un mariage heureux.»

Pour ceux qui ont l'ADSL


Sources et inspirations

Guadeloupe RFO
Le Figaro
You tube
http://kdog.free.fr/Ka.htm
http://www.negkoton.com/

Festival de Gwo Ka à Sainte Anne

Profotez tous les ans du festival de gwo ka à Sainte Anne et allez découvrir notre partenaire de location Guadeloupe, le Verger de Sainte Anne


Sébastien Sabattini