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FIN de la grève en Guadeloupe : explications, protocole et réactions

C'est terminé


Rédigé le Jeudi 5 Mars 2009 à 04:26 | 0 commentaire(s)
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Après 44 jours de grève général, le LKP et le préfet ont signé un accord appelant «à la reprise de l'activité normale».


Fin de grève en guadeloupe @ L'express
Fin de grève en guadeloupe @ L'express

Sans attendre la signature, la vie reprenait doucement son cours

Après 44 jours de grève générale, le LKP et le préfet ont signé un accord appelant «à la reprise de l'activité normale». En Martinique en revanche, les négociations continuent.

Après 44 jours de grève générale, c'est le soulagement en Guadeloupe. Le leader du LKP Elie Domota et le préfet Nicolas Desforges ont signé un accord mercredi soir appelant à «la reprise de l'activité normale». Ce texte, extrêmement détaillé, compte 165 articles, et traite de sujets aussi divers que le prix de la baguette, l'embauche d'enseignants ou l'octroi de billets d'avions à prix réduits. Il récapitule les avancées obtenues par le LKP pour accroître le pouvoir d'achat, mais certains des points du protocole d'accord continueront d'être discutés en commission.

Satisfait par cet accord, Elie Domota a toutefois prévenu : «Aujourd'hui, c'est la lutte qui paye, mais Il faut rester mobilisés car il y a beaucoup d'autres combats à mener sur la formation, l'emploi... ». Sur RTL jeudi matin, il a renchéri : «Pour nous, c'est une victoire, mais c'est surtout une première étape». Le leader du LKP appelle précisément à «militer pour l'extension de l'accord Bino dans toutes les entreprises de Guadeloupe». Cet accord, signé par les organisations patronales minoritaires, qui prévoit une augmentation de 200 euros des bas salaires, est annexé en marge de l'accord.

Le président du Medef, Willy Angele, a expliqué qu'au final, «le bonus à la vie chère évoluera entre 200 et 250 euros pour les salaires jusqu'à 1,4 du SMIC». Pour une période de 36 mois, ce montage financier sera financé par les employeurs à hauteur entre 30 et 100 euros en fonction de l'effectif de l'entreprise et de ses capacités financière et par le conseil régional, le conseil général et l'Etat qui prendront en charge la différence.


«200 à 250 millions d'euros»

Les mesures de soutien aux territoires d'outre-mer coûteront à l'Etat «200 à 250 millions d'euros», a annoncé le ministre du Budget, Eric Woerth, sur RTL jeudi matin. «La question est de savoir aussi combien ça rapporte», a-t-il ajouté. «Si c'est uniquement payer pour voir et pacifier le territoire, ça ne sert à rien. Ce qui compte c'est que la Guadeloupe revienne sur des bases nouvelles.....»

Le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo s'est réjouit de l'accord de sortie de crise après un «chemin long et douloureux». Le préfet Nicolas Desforges s'est quant à lui dit «soulagé, ému et content». «Je crois que ce soir c'est un nouveau départ qu'il faut donner à la Guadeloupe», a-t-il lancé. «Il faut qu'elle se remette au travail dès demain, qu'elle rattrape le retard, qu'elle mette les bouchées doubles».


Sans attendre la signature de l'accord, la vie reprenait lentement son cours mercredi à Pointe-à-Pitre, même si beaucoup d'entreprises restaient fermées. Le paiement des jours de grève, ni explicitement acquis, ni proscrit par l'accord, semble laissé à la négociation au sein des sociétés. Le texte recommande simplement que «des réunions soient organisées entre l'autorité d'emploi, les agents et les organisations syndicales représentées dans l'administration et les entreprises concernées, avant toute retenue».

Nouveau front

Le coût des plus de six semaines de grève générale est estimé, selon le Medef-Guadeloupe, «à 1.400 dépôts de bilan et 10.000 à 12.000 licenciements ou destructions d'emplois dans les six mois à venir».

En Martinique, qui est en grève générale depuis un mois, les négociations se prolongeaient toujours mercredi soir. La plupart des magasins demeuraient fermés et les barrages paralysaient toujours l'activité économique.

Par ailleurs, à plusieurs milliers de kilomètres de là, un nouveau front s'est dessiné : un collectif rassemblant une quarantaine d'organisations appelle les Réunionnais à descendre dans la rue jeudi pour une importante journée de grève pour une hausse des salaires.


Elie Domota @ Le Parisien
Elie Domota @ Le Parisien

Les principaux points du protocole d'accord

Le texte signé par le collectif LKP et les représentants de l'Etat appelle à «la reprise de l'activité normale en Guadeloupe». Extrêmement détaillé, il a été obtenu auprès de la préfecture, compte 165 articles, et récapitule les avancées obtenues depuis le dépot des 146 revendications du LKP le 20 janvier. L'accord «Jacques Bino», signé par les organisations patronales minoritaires, qui prévoit une augmentation de 200 euros des bas salaires, lui est annexé.

- NIVEAU DE VIE ET POUVOIR D'ACHAT: baisse du prix des repas scolaires, augmentation de 200 euros des bourses étudiantes. «Prime de solidarité active» aux 51.000 foyers les plus pauvres (200 euros) et «prime exceptionnelle» de 100 euros au 80.000 foyers les plus pauvres.

Revenu supplémentaire temporaire d'activité (RSTA), pour une période de 36 mois, aux salariés du privé jusqu'à 1,4 SMIC inclus. Contributions respectives supplémentaires du Conseil général et de la Région, de 25 euros par mois sur 12 mois (24 M euros), pour les salariés touchant entre 1 et 1,4 SMIC inclus.

Fonds de soutien au bénéfice des allocataires du minimum vieillesse et de l'allocation adulte handicapé (3 M euros).

Diminution de la taxe d'habitation (9%) et de la taxe sur le foncier bâti de (7%), applicable en 2010.

- BAISSE DES PRIX DE PRODUITS DE PREMIERE NECESSITE: établissement «avant la fin du mois de mars 2009», d'une liste de produits de première nécessité au sein de «100 familles de produits». A ce «chariot de la ménagère», il sera ajouté une liste de 50 produits usuels (fournitures scolaires, électroménager, pièces automobiles...). Gel en 2009 du prix de la baguette de pain.

- BAISSE DES TARIFS BANCAIRES: jusqu'à 5 à 10% sur certains services.

- BAISSE DU PRIX DES CARBURANTS: de 43 centimes pour l'essence sans plomb et de 40 centimes pour le gazole (déjà enregistrée).

- BAISSE DU PRIX DE L'EAU: jusqu'à 10% par m3.

- LOGEMENT: gel du loyer pour les locataires. Lancement de la construction de 3.000 logements en 2009.

- TRANSPORTS: baisse de 20% des prix des transports terrestres interurbains et de 20% des tarifs des transports urbains à Pointe-à-Pitre, Abymes, Gosier, Baie-Mahault. 40.000 billets A/R Pointe-à-Pitre/Paris au prix de 340 EUR (hors taxes d'aéroport) pour les familles les plus modestes.

- EDUCATION, FORMATION ET EMPLOI DES JEUNES: recrutement de 19 personnes inscrites sur la liste complémentaire du concours des écoles.

- PRODUCTION AGRICOLE ET PECHE: 13 M d'euros pour diminuer le coût des matières premières entrant dans la fabrication de produits locaux. Révision du prix du carburant des marins pêcheurs.

- AMENAGEMENT DU TERRITOIRE ET INFRASTRUCTURES: soutien à la rénovation du parc hôtelier (7.500 euros par chambre).

- CULTURE: double fléchage en français et en créole de certains bâtiments publics. «Valorisation de la culture guadeloupéenne et de la langue créole».

- DIVERS: organisation de réunions préalables avant toute retenue sur salaire liée au conflit en cours.


Yves Jego en Guadeloupe @ Le Monde
Yves Jego en Guadeloupe @ Le Monde

Les principales réctions

Le soulagement dominait jeudi après la signature du protocole de fin du conflit en Guadeloupe entre le LKP et les représentants de l'Etat.

Le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer Yves Jego a reconnu que "le chemin a été long douloureux, il reste énormément de travail pour protéger les entreprises qui vont souffrir énormément de 44 jours de blocage". "Il faut reconstruire pour essayer de faire en sorte que ce type de conflit, cette méthode ne se reproduisent".

"C'est un soulagement", et "à partir du moment où toutes les parties ont réussi à se mettre d'accord, je n'ai pas à qualifier d'un accord salarial", a précisé Yves Jego sur France-Info. "Chacun a fait beaucoup d'efforts, chacun a beaucoup travaillé".

"L'Etat a mis des moyens pour qu'il y ait une vraie réponse sociale, il faut aussi une réponse sociétale", a-t-il lancé. "Il faut qu'on rebâtisse le modèle qu'on rentre dans les états généraux de façon très positive (...) pour que ce soit une nouvelle époque qui s'ouvre". Le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer a également noté que "la promesse et parole de l'Etat a été tenue dans ce conflit".

De son côté, le porte-parole du LKP Elie Domota a estimé que "le contenu du protocole c'est déjà beaucoup d'avancées". "C'est une victoire, une étape".

"C'est la reprise mais nous restons mobilisés dans les jours, les semaines qui viennent, parce qu'aujourd'hui c'est la lutte qui paie", a-t-il noté.

"Il y a un certain nombre de conflits qui durent et perdurent, et nous travaillons dessus pour arriver à une résolution de ces conflits-là dans les jours qui viennent", a souligné Elie Domota. "Nous militons toujours pour l'extension de l'accord dans toutes les entreprises de Guadeloupe et nous allons continuer à nous battre sur la plate-forme du LKP pour continuer à faire avancer les choses".

Le préfet de Guadeloupe Nicolas Desforges a estimé que "cet épisode important dans l'histoire de la Guadeloupe a démontré que le dialogue social était difficile". "Si les 44 jours que nous avons vécus permettent de refonder le dialogue social sur des bases plus apaisées, cette crise aura été utile: la Guadeloupe se réconcilie avec elle-même", a-t-il conclu.



sébastien sabattini