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Guide de Guadeloupe

Aïcha, tiré du recueil de nouvelles de Kéram Goettmann

Ce prénom nous semblait beau


Rédigé le Dimanche 23 Août 2009 à 16:01 | 0 commentaire(s)
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Dans ces années là, il y avait une forte volonté de s'intégrer des collectivités musulmanes. La maman ne portait ni voile ni foulard sur la tête, elle étonnait seulement par un tout petit tatouage bleu sur le haut du front.


J'avais toujours connu Aïcha

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J'avais toujours connu Aïcha, ce prénom nous semblait beau, c'était la seule petite marocaine de l'école élémentaire du Bourg séparée en deux, un côté garçons, un côté filles, par un mur de briques recouvert de ciment gris comme toutes les écoles de l'époque. Ses parents habitaient pas très loin des miens. Dans ces années là, il y avait une forte volonté de s'intégrer des collectivités musulmanes. La maman ne portait ni voile ni foulard sur la tête, elle étonnait seulement par un tout petit tatouage bleu sur le haut du front. Son père avait fait la guerre dans les forces libres, à ce titre, la population locale le respectait. Il travaillait à la Thomson, une usine de recyclage de véhicules militaires, tout au bout de la commune à côté de l'usine à plâtre de la ''Maltournée''. Aïcha avait six frères et soeurs, tous bien élevés, sa famille y tenait. Si le papa parlait un français correcte, sa maman avait des difficultés à prononcer certains mots avec un accent caractéristique d' Afrique du nord! C'est chez eux, invitée, que toute ma famille a mangé son premier couscous, ils avaient acheté du vin pour mes parents, eux mêmes ne buvaient que du thé. Je me souviens de la joie que nous avions eu à manger ce repas, cette découverte culinaire qui allait devenir tellement banale avec le retour des ''Pieds noirs'' des années plus tard! Les merguez, où les avaient ils achetées? La gorge nous piquait, nous buvions des verres d'eau pour essayer de court circuiter les brûlures du piment. Toute la famille d' Aïcha était prise de fous rires devant nos joues rouges et nos yeux pleureurs.
J'ai appris des années plus tard que la maman d' Aïcha était décédée, suite à un accident de la route, un motard l'avait accrochée et traînée sur plusieurs mètres. Je travaillais en province, j'avais perdu de vue Aïcha et sa famille depuis de nombreuses années.

De retour en région parisienne, je réintégrai par facilité et commodité bancaire, la maison familiale, ce qui avait dérouté un temps mes parents! Je continuais de beaucoup danser, la semaine et les fins de semaines, c'était ma passion! C'est ainsi que curieusement je retrouvais Aïcha dans le dernier autobus de minuit trente. Je n'osais pas l'embrasser, je lui tendit la main qu'elle pris et qu'elle garda quelques secondes dans la sienne. Les retrouvailles étaient difficiles, il y avait de longues années de séparation, nous avions tous les deux changés, nous étions devenus des adultes, des autres! Par politesse, je lui demandais ce qu'elle faisait dans la vie, elle travaillait le soir dans un restaurant de la place Voltaire en plus de son emploi aux ''Galeries de la République''. Nous n'avons à aucun moment évoqué notre enfance, que des choses et d'autres sans importance pour faire passer le temps. Je me sentais gêné devant elle, ça m'embarrassait, je ne savais comment m'y prendre, curieusement, cela aurait été plus facile avec une étrangère!
Accompagnant maman au marché du dimanche, je revis Aïcha, son panier plein de légumes à son bras avec l'une de ses soeurs, que je ne reconnus pas tellement, elle aussi avait changée. Ce fut plus facile de parler ensemble, d'autan que maman nous offrit le café au café tabac du coin.
Il y avait bal cet après midi là, salle des fêtes, j'y invitais les deux jeunes filles qui se confondirent en remerciements, mais m'indiquant clairement qu'elle ne pourrait pas venir, sans autre explication!
La salle des fêtes était pleine de jeunes venus danser. L'orchestre bien que local, avait bonne réputation dans la région.Il était près de dix neuf heures, à quelques minutes de la fermeture, c'était le dernier tango de la journée. Me dirigeant vers ma sortie, je tombais sur Aïcha, debout contre le pilier, elle semblait étrangère à cette manifestation. Qu'est – ce que tu fais là, lui dis je, je croyais que tu ne pouvais venir? Je lui pris le bras, elle semblait désamparée d'avoir été surprise à l'intérieur de la salle de bal. En déambulant dans les rues de la commune pour rejoindre nos maisons, elle m'avoua ne pas savoir danser, qu'elle n'était jamais allée au bal. Son père, même s'il était gentil, gardait encore certains principes de la religion musulmane. Il fallait qu'elle fasse attention à ses fréquentations, qu'elle reste à la maison quand elle ne travaillait pas, ses frères exerçaient une surveillance. Pour éviter des problèmes, je lui serrait la main devant sa maison, non sans avoir convenu que nous nous arrangerions pour prendre ensemble le dernier bus.
Pratiquement tous les soirs nous étions ensemble à parler. Je sentais qu'elle me faisait confiance par des petits bouts de phrases qu'elle me donnait. Elle avait envie d'être comme toutes les autres jeunes filles, durant tout le trajet du bus, nous ne parlions que d'elle! Nous somme arrivés à un accord, ce serait la première fois, qu'elle mentirait à son père, nous irions danser ensemble un samedi soir, elle dirait à son père que le restaurant avait besoin d'elle aussi le samedi soir.
Elle ne savait pas du tout danser, tous les rythmes lui étaient étrangers, j'usais d'une patience d'ange pour lui apprendre les pas de chasque rythme. Elle apprenait vite, l'envie sans aucun doute! Le mensonge ayant réussi, elle alla plus loin, chaque samedi nous nous retrouvions pour danser ensemble jusqu'au dernier autobus, il y avait plusieurs semaines, qu'elle usait de cet artifice.
Aïcha vous l'avez compris était une très jolie femme , comme toutes les femmes du sud ou des femmes noires, elles n'ont pas besoin de maquillages pour réhausser leur beauté. Aïcha sous une magnifique chevelure d'ébène possédait un joli visage allongé, éclairé par des yeux grands comme des soucoupes, elle était superbe. Les regard des garçons dans la salle étaient révélateurs. Assise devant un jus de fruit, elle me faisait des confidences, elle était encore jeune fille, aucun garçon ne l'avait touchée. J'étais embêté devant ces confidences intimes et ses désirs de femme. Durant deux mois encore nous continuions à danser le samedi soir, nous commencions à devenir très proche l'un de l'autre, mais j'avais vite évacué les confidences qu'elle m'avait faites. Si nos corps se joignaient parfois, je faisais attention à ne pas prolonger la position, je me sentais mal à l'aise, justement à cause de ses confidences.
Un jour de semaine, au bal du ''Massif Central'', près de la place voltaire, j'eu la surprise d'apercevoir Aïcha accoudée au comptoir. La danse terminée, je remerciais ma danseuse et alla directement au bar, je craignais une magistrale embrouille avec sa famille. Elle me claqua un baiser sur la joue, me pris le bras, et sans rien dire, me poussa hors de l'établissement. Sans que je puisse réagir, elle me dirigea vers l'entrée de l'hôtel à cinquante mètres ''du Massif Central''. Elle avait tout organisé, tout prévu, nous avions peu de temps pour le dernier bus.



Kértam Goettmann