Combien d'enfants sont aujourd'hui touchés en France ?
Selon l’étude qui vient d’être réalisée par l’Institut de veille sanitaire (InVS), le pourcentage d’enfants de 1 à 6 ans ayant une plombémie supérieure à 100 µg/L (définition du cas de saturnisme chez l’enfant) est de 0,11%. On estime ainsi à environ 4 400 le nombre d’enfants de 1 à 6 ans atteints de saturnisme en France métropolitaine ; le chiffre est de 5 330 enfants si on inclut la Guadeloupe, la Martinique et l’Ile de la Réunion. La classe d’âge 1 à 6 ans a été privilégiée pour l’étude car c’est au cours de cette période que l’enfant absorbe le plus de plomb. Il existe bien sûr des plombémies élevées chez les enfants plus âgés ou plus jeunes.
Peut-on considérer que le saturnisme est éradiqué ?
En France métropolitaine, le nombre d’enfants de 1 à 6 ans touchés (au-delà du seuil de 100 µg/l) est passé de 84 000 en 1995-1996 à 4 400 en 2008-2009 ; c’est une diminution considérable qui montre que les actions de prévention menées depuis 15 ans ont été efficaces. Mais il existe encore des agrégats de cas dans des zones d’habitat dégradé et des cas plus sporadiques liés à l’habitat ou à d’autres sources. Le dépistage réalisé par les médecins, permet d’ailleurs de détecter environ 300 nouveaux cas par an. Il est donc important de continuer les actions de prévention.
Concernant l’habitat ancien qui est la principale source d’intoxication, il faut avoir conscience que les peintures à base de plomb y sont encore très présentes, même si elles ont été recouvertes par des peintures plus récentes. Ces peintures représentent un danger potentiel. Elles peuvent conduire à une exposition au plomb lorsqu’elles se dégradent ou lors de travaux faits sans précaution (émission de poussières).
Comment peut-on expliquer une telle chute de l’imprégnation par le plomb ?
La baisse de l’imprégnation par le plomb correspond à une diminution de l’ingestion ou de l’inhalation de plomb par les enfants. De nombreuses actions de prévention peuvent l’expliquer : la suppression de l’essence au plomb, l’amélioration de la qualité de l’alimentation, le traitement des eaux de distribution publique (pour qu’elles dissolvent moins les canalisations au plomb), les actions d’amélioration de l’habitat, le contrôle des émissions industrielles. Il n’est toutefois pas possible à ce stade de connaître la part de chaque source dans cette diminution. Les questions posées aux parents lors de l’enquête nationale de prévalence menée par l’InVS, complétées par des données en cours de collecte, vont faire l’objet d’exploitations statistiques pour connaître le rôle de différentes sources sur la plombémie actuelle des enfants. L’InVS publiera ces résultats fin 2010.
Les résultats de cette étude sont-ils vraiment fiables ?
Comme dans toute étude épidémiologique, il est quasiment impossible d’éviter certains biais. Le principal biais discuté dans l’article (BEH Web du 27 mai) porte sur le mode de recrutement des enfants via l’hôpital. Les caractéristiques des enfants recrutés à l’hôpital peuvent être différentes de celles de l’ensemble enfants sur le territoire français. Les estimations obtenues dans cette étude ont été redressées en prenant en compte les caractéristiques principales des enfants français pour corriger cet écart possible. Au final, aucun biais majeur ne semble pouvoir remettre en question les résultats présentés. De plus, l’étude d’imprégnation réalisée en 1995-1996 avait un protocole très proche de l’enquête 2008-2009, ce qui rend crédible la comparaison des résultats.
Le nombre de cas de saturnisme est-il encore préoccupant ?
4 400 cas dans la classe d’âge 1 à 6 ans, en France métropolitaine, n’est pas un effectif négligeable. Le chiffre est de 5 330 enfants si on inclut la Guadeloupe, la Martinique et l’Île de la Réunion. L’étude de l’InVS montre aussi que 25 % des enfants de 1 à 6 ans ont une plombémie supérieure à 25 µg/L et 5 % une plombémie supérieure à 34 µg/L. Ce constat reste préoccupant sachant que le plomb est un toxique pour lequel on ne connaît pas de seuil en dessous duquel il n’y aurait pas d’effet.
Certaines populations sont-elles plus touchées que d'autres ?
Il est connu que le saturnisme touche en priorité les familles confrontées à des conditions de logement ancien dégradé et suroccupé. Des intoxications plus accidentelles peuvent survenir lors de travaux menés sans précaution dans des logements anciens, par des entreprises ou des particuliers, provoquant une dissémination de poussières de plomb. Les enfants peuvent s’intoxiquer aussi en ingérant des poussières et écailles de peinture dans des logements anciens non insalubres mais dont certaines peintures sont dans un état de maintenance médiocre.
On trouve plus rarement des intoxications liées à l’utilisation de certains produits traditionnels tels que les cosmétiques à base de plomb (khôl, surma) ou les céramiques artisanales émaillées au plomb.
La présence de canalisations en plomb dans les logements anciens représente une exposition complémentaire qui est rarement la cause, à elle seule, d’une intoxication.
Les populations vivant sur des sols pollués peuvent avoir une imprégnation par le plomb plus élevée que la population générale.
Que faut-il faire pour lutter contre le saturnisme ?
1/ Il faut continuer à réduire l’exposition au plomb des enfants français en agissant sur les sources d’exposition encore existantes. Les analyses statistiques complémentaires des données recueillies dans l’enquête de l’InVS permettront de mieux comprendre quelles sont les sources prépondérantes actuelles d’imprégnation des enfants (les résultats seront publiés fin 2010).
2/ Il faut améliorer le repérage des enfants ayant une imprégnation élevée (>100 µg/L) puisqu’une faible partie de ceux-ci sont diagnostiqués chaque année : on trouve environ 300 nouveaux cas par an tous âges confondus (0 à 17 ans). Le dépistage actuel est bien ciblé en direction d’enfants à risque (en 2007, 3,7 % des enfants ciblés par les médecins pour une première plombémie avaient une plombémie supérieure à 100 µg/L contre 0,11% des enfants en population générale). Mais peu d’enfants bénéficient du dépistage : moins de 1% des enfants français ont au moins une analyse de plombémie avant l’âge de 7 ans.
Les médecins doivent-ils continuer le dépistage du saturnisme ?
Le saturnisme infantile est une intoxication insidieuse dont les signes ne sont pas suffisamment caractéristiques pour pouvoir être diagnostiqués aisément. C’est la raison pour laquelle le diagnostic nécessite la prescription d’une plombémie (mesure de la concentration en plomb dans le sang). Il est conseillé aux médecins de prescrire une plombémie aux enfants présentant des facteurs de risque. Le médecin obtient ces informations notamment en questionnant les parents. La prescription d’une plombémie est particulièrement conseillée chez les enfants de moins de 6 ans dans les situations suivantes :
- séjour régulier dans un logement datant d’avant 1949 ;
- travaux réalisés dans un immeuble ancien datant d’avant 1949 ;
- présence d’une intoxication dans la fratrie ;
- comportement de pica (ingestion répétée de substances non comestibles, notamment des écailles de peinture) ;
- fréquentation d’un logement ou d’une zone connue comme étant polluée.
Le diagnostic de l’intoxication permet au médecin traitant de provoquer la réalisation d’une investigation environnementale par l’Agence régionale de santé à laquelle il déclare le cas (déclaration obligatoire). L’investigation permet d’identifier les causes de l’intoxication et d’aider la famille à prendre les mesures adaptées pour stopper le processus d’intoxication. Le préfet peut si nécessaire imposer la réalisation de travaux au propriétaire, voire les faire mener d’office.
La baisse de la prévalence du saturnisme ne remet pas en cause l’intérêt d’identifier les enfants les plus imprégnés, même s’ils sont plus difficiles à repérer.
Le repérage des enfants fortement imprégnés est une action qui vient en complément des actions de prévention générale visant à réduire l’imprégnation par le plomb de tous les enfants.
Les diagnostics plomb dans les logements sont-ils toujours utiles ?
Il est important de connaître le risque pour éviter l’imprégnation par le plomb. Les peintures à base de plomb restent encore très présentes dans l’habitat antérieur à 1949, même recouvertes de peintures plus récentes. Elles peuvent continuer à provoquer des intoxications.
Un constat des risques d’exposition au plomb (CREP) vise à repérer les peintures du logement contenant du plomb et à identifier les facteurs de dégradation du bâti pouvant rendre ce plomb accessible par altération des supports, souvent liée à l’humidité (condensation, défaut d’étanchéité, fuites…). Le CREP doit être joint à l’acte de vente en cas de mutation ainsi qu’à tout nouveau contrat de location. Un CREP des parties communes des immeubles collectifs d’habitation doit également être réalisé.
Si le CREP détecte une concentration en plomb dans les peintures supérieure à la valeur réglementaire de 1 mg/cm² et si elles sont dégradées, le propriétaire est tenu de réaliser des travaux pour garantir la sécurité des occupants ; il doit les informer des risques possibles, notamment en cas de travaux pouvant émettre des poussières. Il doit prévenir de la présence de plomb les entreprises amenées à exécuter des travaux afin qu’elles puissent prendre les précautions nécessaires pour éviter la diffusion des poussières contenant du plomb.
Faudra-t-il changer les canalisations d’eau en plomb à l’intérieur des logements alors que l’imprégnation par le plomb baisse ?
Le passage de l’eau dans des canalisations en plomb provoque une légère dissolution du plomb, qui peut être ainsi ingéré. On considère que l’apport de plomb par voie hydrique est globalement très inférieur à l’apport alimentaire, mais il peut exister des cas particuliers. La concentration de l’eau en plomb est variable en fonction des caractéristiques chimiques de l’eau, de sa température, de la longueur des canalisations en plomb, de la durée de stagnation de l’eau dans les tuyaux, etc.
Le plomb étant un élément toxique sans seuil d’effet, il est prudent de faire en sorte d’en ingérer le moins possible. C’est pourquoi la réglementation prévoit d’abaisser de 25 à 10 µg/L la limite de concentration en plomb de l’eau du robinet en 2013. Cette nouvelle limite peut être assez facilement dépassée en cas de présence de canalisations en plomb. Il est recommandé de profiter de travaux de réhabilitation ou d’aménagement des logements pour remplacer les canalisations en plomb.
Source :
Ivs