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Guide de Guadeloupe

Réaction officielle de Victorin Lurel aux propos de Marie Luce Penchard


Rédigé le Jeudi 18 Février 2010 à 14:00 | 0 commentaire(s)
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Victorin Lurel
Victorin Lurel
Madame la ministre,

La campagne en vue des élections régionales en Guadeloupe va nous opposer tout au long des prochaines semaines. Les Guadeloupéens sont en droit d’attendre un débat de haute tenue entre les hommes et les femmes qui prétendent exercer des responsabilités et travailler pour l’avenir de notre région. Or, je suis au regret de constater que vous avez choisi de faire campagne au mépris de la vérité la plus élémentaire en utilisant des arguments particulièrement détestables, tout en parvenant à jeter le trouble dans le reste des outre-mer sur votre capacité à demeurer un ministre impartial embrassant la totalité du périmètre de ses responsabilités.

Affirmer, comme vous le faites, que je n’aime pas la Guadeloupe, que je suis l’empoisonneur responsable de la pollution des terres guadeloupéennes à la chlordécone ou encore que le conseil régional de la Guadeloupe n’a soumis aucun projet au gouvernement en 6 ans, constitue tout simplement des affirmations mensongères, voire des diffamations, qui ne sont pas dignes de la ministre que vous êtes, tout comme ne sont pas dignes les propos qui vous valent aujourd’hui un lynchage médiatique et politique auquel pourtant, pour ma part, je n’entends pas m’associer. Pour autant, j’ai pris connaissance avec intérêt des déclarations que vous avez faites, dites-vous, en tant que candidate aux élections régionales lors d’un meeting aux Abymes et des précisions que vous avez apportées, en tant que membre du Gouvernement, par communiqué de votre ministère.

Cette confusion des genres me laisse le choix de répondre à la candidate ou à la ministre. C’est donc à la ministre que j’adresse les commentaires et les suggestions que vous récentes déclarations appellent de ma part.

Tout d’abord, vous me permettrez de me réjouir de l’annonce que vous avez faite, en tant que candidate, de l’existence d’une enveloppe de crédits d’Etat de 500 M€ pour financer des projets outre-mer. Je vous serais toutefois reconnaissant de bien vouloir m’indiquer, en tant que ministre, les lignes budgétaires et les sommes disponibles sur cette enveloppe pour financer les projets des régions, en dehors des enveloppes déjà connues du FEI et des crédits du plan séisme. Ensuite, le président du conseil régional de Guadeloupe que je suis ne pourrait dans l’absolu que se réjouir de la priorité que vous auriez accordée, en tant que candidate, à la Guadeloupe pour l’attribution de ces crédits. Vous avez cependant pu mesurer combien cette position clientéliste, pour ne pas dire communautariste, est diversement appréciée dans les autres collectivités d’outremer qui sont en droit d’attendre plus d’impartialité de la part de la ministre des outre-mer.

Au-delà de ce préambule, je me dois de réagir aux affirmations inexactes formulées par la candidate et la ministre et se rapportant au manque de projets structurants présentés par l’actuel conseil régional de la Guadeloupe.

Avec mon équipe, j’ai tenu, depuis bientôt six ans, à entretenir des relations constructives avec l’Etat. Je souhaite que cela continue dans le respect des principes républicains. Pour cela, il convient d’éviter que la ministre de l’outre-mer, dans des communiqués officiels, à caractère gouvernemental, procède, en contradiction flagrante avec la vérité, à des critiques de la politique régionale actuelle.

Vous regrettez en effet, en tant que ministre, que « l’actuel conseil régional de Guadeloupe n’ait pas initié plus de projets structurants pour les Guadeloupéens financés par les crédits nationaux et européens ».

Un minimum de concertation interministérielle vous aurait appris que la région Guadeloupe travaille fort bien avec vos collègues du Gouvernement qui ont encore, eux, des crédits d’intervention à gérer. Le dossier de qualité que nous avons par exemple soumis à votre collègue Jean-Louis BORLOO lui a permis d’accorder à la région 20 M€ pour son projet de restructuration et de mises aux normes parasismiques de la cité scolaire de Baimbridge. Le dossier préparé pour Patrick DEVEDJIAN l’a convaincu d’accorder à la région Guadeloupe des subventions de 11,251 M€ pour la réhabilitation du Camp Jacob et sa transformation en locaux universitaires, de 1,750 M€ pour la Cité de la connaissance et de 800.000 € pour le programme de bâtiments modulaires industrialisés prévus dans les communes dans le cadre de la mise en oeuvre du plan séisme.

Un peu de travail avec les services déconcentrés de l’Etat qui ne demandent qu’à vous rendre compte, vous aurait permis également de vous apercevoir que, chaque année, c’est grâce à la région Guadeloupe et à ses projets, que notre territoire évite le dégagement d’office de crédits européens. Encore cette année, la préfecture s’est logiquement appuyée sur la région, collectivité structurée et réactive, pour présenter des projets éligibles aux fonds européens se substituant aux projets non encore aboutis d’autres opérateurs. Je citerai par exemple : l’Université des métiers et d’artisanat qui représente 8 M€ de Feder. Je vous suggère donc de vous documenter davantage avant de laisser entendre que les Guadeloupéens dans leur ensemble, car il s’agit d’un travail d’équipe, région, département, services déconcentrés de l’Etat, travaillent mal et ne consomment pas les crédits mis à leur disposition.

Une étude rapide des dossiers que votre prédécesseur a dû vous laisser vous aurait, en tant que Guadeloupéenne, rendue légitimement fière du dynamisme de la région Guadeloupe qui est à l’origine de la création du Fonds Exceptionnel d’Investissement (FEI) dont nous avons demandé, en concertation avec les autres collectivités et les socioprofessionnels de Guadeloupe, l’inscription dans la LODEOM. D’ailleurs, bien que déçu par le faible volume des crédits finalement réservés à ce fonds par le Gouvernement, le conseil régional vient d’adresser à vos services, vous ne pouvez l’ignorer, une série d’opérations pour lesquelles il sollicite le concours du FEI. Parmi ces opérations : le système de stockage de froid du lucée hôtelier pour 235.000€, l’Ecole régionale de la deuxième chance du Moule pour 5 M€, celle de Basse-Terre pour 1,930 M€, le diagnostic énergétique des lycées pour 250.000€, l’étude de vulnérabilité des bâtiments régionaux pour 250.000€, l’internat et la restauration du lycée de Marie-Galante pour 1,940 M€ et l’extension de l’internat de Rivière des Pères pour 2,132 M€. Cependant, si les marges de manoeuvre budgétaires de l’Etat en faveur des outre-mer étaient soudain redevenues plus amples, je pourrais vous rappeler par exemple la demande formulée par la région d’un concours de l’Etat à la réalisation du Mémorial ACTe, le projet de centre d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage, initié par la région Guadeloupe, demande restée, à ce jour, sans réponse concrète.

Alors, je dois tout de même concéder à vos déclarations que la région Guadeloupe n’a pas toujours été exemplaire dans sa gestion des crédits d’Etat ou des crédits européens. Ainsi, depuis 2004, l’équipe actuelle a-t’elle été contrainte, par exemple, de rembourser à l’Europe 6 M€ au titre de la gestion laxiste du dossier de l’AFPA par la précédente mandature, ce qui est unanimement reconnu comme un des exemples les plus navrants au niveau national de mauvaise gestion des fonds européens. De la même manière, la région Guadeloupe a dû rembourser 620.000€ et devra détruire pour les recommencer les travaux réalisés au mépris de toutes les règles relatives à l’environnement, sur la Rivière-aux-Herbes à Basse-Terre. Votre proximité avec l’ancien exécutif régional altère peut-être votre perception de la gestion actuelle de la région Guadeloupe. Je me permets donc de vous inciter à renouveler vos sources d’information car la région Guadeloupe n’est plus gérée comme autrefois et elle travaille aujourd’hui dans le respect des règles et en concertation sereine avec les services de l’Etat.

Aussi, il me semble que votre bonne volonté déclarée à l’égard de votre région d’origine, trouverait une manifestation plus efficace que ces critiques mal étayées à l’égard de l’équipe actuelle du conseil régional, si vous la consacriez à la mise en oeuvre des annonces faites par Président de la République lors du CIOM, comme par exemple la défense interministérielle des textes relatifs au FIP-DOM réclamé par la région ou à la mise en place du RSA.

Je me permets enfin de vous recommander d’éviter, en tant que candidate, de laisser entendre aux Guadeloupéens que l’octroi des crédits dépendra du vote qu’ils feront les 14 mars. Vous savez bien que c’est inexact et qu’il reste heureusement des administrations de l’Etat impartiales qui décident de l’octroi des crédits au seul vu de la qualité des dossiers présentés. Avec l’équipe actuellement en place à la région, les Guadeloupéens n’ont donc pas à s’inquiéter quant à cette qualité.

Voilà madame la ministre les quelques commentaires que m’inspirent vos récentes déclarations et les quelques pistes de travail que je vous recommande pour mieux appréhender la réalité des dossiers guadeloupéens. Je suis certain que vous en tiendrez compte ce qui nous permettra, dans les mois qui viennent, de travailler sur des bases plus solides et mieux partagées.


Je vous prie, madame la ministre, de croire à l’expression de ma vive considération.


sébastien sabattini