Atout Guadeloupe - Guide vacances Guadeloupe
AtoutGuadeloupe : Atout Guadeloupe | Plonger avec des lentilles: Plonger avec des lentilles : Peut-on... https://t.co/8DKzw7fVmU https://t.co/eFsaArgp09

Guide de Guadeloupe


Pointe Noire, paradis des colons, enfer des Nègres - chapitre 4

4éme chapitre


Rédigé le Jeudi 28 Juin 2007 à 00:00 commentaire(s)
Lu 18261 fois

Quand le Mendé de l'endurance imbibait de sueur et de sang, les terres creusées de pleurs et de consternations, le moulin de ses pierres silencieuses de souffrance, dictait toute la sainte journée à l'ébène enchainé, leur funeste condition de besogne dans les plantations!


Les habitations de Grande et Petite Plaine

Moulin actionné par des animeaux
Moulin actionné par des animeaux
Sur les habitations de Grande et Petite Plaine, actionné par deux mulets ou deux boeufs, le moulin dressé sur une aire battue crachait l'exploitation à la cadence bien mesurée et lente. Deux bêtes reliées à l'axe central du moulin par une longue traverse en bois, faisait tourner d'un mouvement lent et régulier, par leur marche circulaire, l'axe central. En tournant, le rouleau central imprimait son mouvement aux rouleaux latéraux par l'intermédiaire des roues dentées. Le travail de l'ébène servile, consistait à introduire la canne entre les rouleaux qui la broyait dans ce lent mouvement et le jus épais de la canne coulait dans un tuyau métallique, bien disposé à cet effet.

Toujours surveillés par les contremaîtres ou les commandeurs des champs, les esclaves n'avaient pas le droit à l'erreur. Une minute d'inattention valait quelques coups de fouet de redressement. Il arrivait quelques fois que tout le corps du Nègre soit dévoré par la démence des rouleaux. Pour éviter cet incident terrifiant, un bourreau mandaté avait pour ordre d'amputer à coups de hache le bras coincé ou le poignet happé!

Douleurs des douleurs!

Moulin hydraulique
Moulin hydraulique
Douleurs sans nom, pendant des années, pendant des siècles, le Nègre fut broyé comme la canne à sucre. Plus tard, ce fut l'avénement du moulin hydraulique, mais cela ne diminuait en rien les pérépéties physiques de l'homme Nègre.

Pointe Noire de 1794 à 1848, drapait son corps d'une nappe de prospérité. Ses quelques cinq mille hectares étaient d'une fertilité d'Eden, alors que les déchirants gémissements des moulins grimaçants de torture, vomitifs de démence et broyeur d'os et de bras, torturaient tous les jours la dignité du sang Nègre!

Fière de ses trois habitations sucrières, de ses plantations de café dans les hauteurs des Plaines et de Gommiers, elle l'était ausi pour la beauté de son cheptel bien nourri à l'herbe de l'abondance. Messieurs Gaston Le Prince et Varin tous deux fermiers à Pointe Noire, étaient comblés.

La douleur universelle, démence des démences!

sacrifice d'un esclave
sacrifice d'un esclave
Une oreille en moins, la fleur de lys au fer rouge sur la joue ou sur l'épaule, les traces sanguinolentes, des coups de fouets en rigoisse, (nerf de boeuf), un jarret coupé que la pimentade et le feu protégeait, tel était le sort des esclaves de la paroisse. Tel était leur galon de souffrances, leurs insignes de distinction, la douleur universelle!

Dans les nuits gonflées de croyances et de mystères, de longues journées de fouets, de labeurs et de bêtes, on faisait prier les mains serviles non pas pour implorer la guérison de leurs plaies, mais bel et bien pour honorer le Roi de France, Louis XVIII, son épouse, Marie Joséphine de Savoie et son fils, Louis Xavier Stanislas, démence des démences!

Les cérémonies macabres!

Beuverie, viol d'une esclave
Beuverie, viol d'une esclave
Il arrivait aussi, profitant de l'illumination immaculée de la pleine lune, que le sieur Nicolas Branton, organisait au lieu dit qui porte son nom, des duels à mort, des combats de mayoleurs qui opposaient deux Nègres d'habitations différentes!

Après les violents rituels sanguins de coups de poings, de pieds et de dents de ces corps en sueur et après les féroces frappes des bâtons mortifères, le plus faible rendait l'âme devant ces maîtres de cérémonie macabre, bien juchés sur leur tabourets d'extase, boursouflés de tafia, qui pariaient sans compassion et sans scrupule sur la mort du Nègre!
Les ricanements frénétiques des colons rongés d'ivresse, faisaient trembler les ''Gimbos'' des bois, (chauve souris), ces éternels amoureux de la juteuse et charnue sapotille qui en un ballet mélodieux, tournoyaient en grappe au dessus de têtes de ces hommes coiffés de folie et de barbarie. Le maître de l'esclave vainqueur bénéficiait de la prime de prestige, à savoir: des barriques de sucre, du coton ou des couis, (plats en écorces de fruits), de sirop de canne ou des épices.

Le sieur Saint Léon de Capdeville!

Esclave attaqué par les chiens
Esclave attaqué par les chiens
Dans les fins fonds de l'arrière pays, dans la solennité des grandes plaines et l'austérité des massifs montagneux, les incantations du Ka défiaient de symbolisme et de magie ces prières de vanité, ces festivités de poursuite du vent.
La vengeance de la chair enchaînée fut le fils d'une souffrance labourée de déchirements, de viols, d'asservissement et d'agonie. Tant de cris de géhenne sous les génocides frappes écarlates du fouet de la barbarie! Le crime sans pardon de l'autre. L'Attila au sang pur et qui avait droit de,trouvait sa criminelle esence dans le nauséabond lyrisme du code noir de la honte, de l'ethnocide et de l'ignominie. Le Nègre n'était rien, un rien de rien parmi des barbares crachés par les ports négriers!

Parmi ces envoutés de la cupidité maladive et ces bâtisseurs de fortune mal acquise, le sieur Saint Léon de Capdeville demeurant à Mahault au lieu dit qui porte son nom, n'était pas en reste. Pour assouvir sa cruauté diabolique, il utilisait des méthodes les plus ignobles qui dépassaient l'imagination et l'entendement.
Il faisait travailler ses esclaves très tard dans la nuit, le plus souvent après minuit à la lumière des ''chaltournés'', pour couper, amarrer et transporter la récolte dans la vallée de Bellevue à la distillerie et siroperie ''Boukman'', qui lui appartenait!
Il est à noter que cette distillerie et siroperie puisait son nom du bon savoir faire de l'un de ses esclaves, le bon dévoué ''Boukman'', qui excellait dans l'art de la fabrication du tafia et du sirop de canne. Le sieur Saint Léon nourrissait une jalousie effrenée à l'égard du sieur Gosse, son rival de toujours, sa pitance de griefs. Un jour, après une virulente dispute avec ce dernier, il décida de remonter à cheval le lit de la paisible ravine Beau - Soleil qui irrigait les terres de Maître Gosse, pour y verser dans ses entrailles, le poison de la sécheresse éternelle, à savoir, le poison de ''vie d'argent''. La ravine claire et limpide devint un filet d'eau sec et sans vie et ce, jusqu'à nos jours!

Le sieur Joseph Lanaspèze, notaire à pointe Noire et possesseur de Nègres, vit sortir de la semence de ses reins la plus grosse offence qui soit, en l'occurence, son fils. Ce dernier imbu de sa personnalité, de la candeur des beaux jours et de sa position de Maître, à l'occasion d'un festin bucal, fit attacher sur la poitrine d'un esclave qu'il voulait punir, comme le fit jadis un colon de la paroisse de Basse - Terre, la tête d'un veau fraîchement décapité pour le banquet. Le pauvre malheureux Nègre, ne pouvant se débarasser de la tête de la sentence, succomba trois jours après par intoxication provoquée par les gaz dégagés de la putréfaction de la viande attaquée de vermines et de mouches!

Le sieur Louis Gosse de Gommiers devenait fou et colérique quand ses Nègres délégués pour la bonne pêche quotidiennes sur les ''cayes'' de Morphy et de Cateau, qu'il attendait avec frénésie baveuse, revenaient les mains vides et les lignes implorant misère. Comme sentence, c'était l'outrageante fessée de trente coups de fouets sur leur dos grimaçant de fardeaux et de lacérations. Cependant quelle joie quand la pêche était miraculeuse, la reconnaissance du maître, ce n'était que le bon plat de survie pour des bouches affamées.

Au temps de l'esclavage, l'espérance de vie des Nègres des champs dépassait avec difficulté le cap des 60, 70 ans, à cause de la mauvaise condition d'hygiène. Les maladies qu'accouchèrent la rigueur du fouet et la pénitence des corvées journalières, les emportèrent sans sépulture et sans cérémonie dans les champs mortifères de la délivrance!












Marthélus Ladine