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Guide de Guadeloupe


Les derniers maitres de Martinique

Le reportage qui fait scandale


Rédigé le Dimanche 15 Février 2009 à 09:21 | 0 commentaire(s)
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Dans le cadre de "Spécial Investigation", Canal+ programme vendredi 30 janvier à 22h45 "Les derniers maîtres de la Martinique", une enquête de Romain Bolzinger sur une communauté méconnue et discrète qui a traversé les siècles en préservant ses coutumes, ses richesses et ses codes.

En Martinique, moins de 1% de la population détient 52% des terres agricoles. Ce sont des "Békés", les héritiers blancs des grandes familles nobles installées dans l'île avant la Révolution française.

Au delà des "Békés", l'enquête dresse aussi le portrait d'une Martinique rongée par les inégalités et les rancoeurs postcoloniales.



Réalisé par Romain Bolzinger, montage de Franck Zahler.
Production TAC PRESSE.
Diffusé le 30/01/2009 dans Spécial Investigation sur Canal + et le 6 février sur Canal+ Antilles.

Résumé de l’émission : Les derniers maîtres de la Martinique

La Martinique, une des plus vieille colonie française, est aujourd’hui un département d’outremer rongé par les inégalités et les rancœurs post-coloniales. Grèves à répétitions, chômage supérieur à 20%, climat social délétère. 160 ans après l’abolition de l’esclavage, noirs et blancs n’ont pas cicatrisé les plaies de l’Histoire.

Les «Békés», héritiers des familles de colons blancs sont toujours les vrais maîtres de la Martinique. Arrivés sur l’île au 17 ème siècle, les familles «Békés» représentent aujourd’hui moins de 1% de la population martiniquaise. Les descendants des colons ont toujours entre les mains 20% du PIB de l’île. Le cœur de leur puissance est la propriété foncière et leur sens des affaires: ils possèdent 52% des terres agricoles, ils contrôlent 40% de la grande distribution en Martinique, ils sont en situation de quasi monopole dans l’industrie agroalimentaire.

Les autres atouts des patriarches Békés, ce sont leurs connexions politiques, à Paris et à Bruxelles, où ils défendent leurs affaires familiales au plus haut niveau. La connivence entre les grandes familles Béké et le pouvoir politique a été mise au jour en 2007 avec l’affaire du chlordécone. Un pesticide interdit en France à l’origine d’une catastrophe sanitaire majeure aux Antilles françaises.

Extrait de l’interview par François-Xavier Guillerm

de Romain Bolzinger, réalisateur de “Les Derniers maîtres de la Martinique”. Version complète de l’interview sur FXG Paris Caraibe.

Q : Qu’avez-vous présenté aux Békés comme projet pour qu’ils vous ouvrent ainsi leurs portes ?

Ça ne s’est pas passé comme ça. On voulait faire un reportage sur la Martinique d’aujourd’hui : son économie, sa société, ses grandes figures. Évidemment pour bien comprendre ce qui se passe sur l’île en 2008, il est nécessaire d’ appréhender ses spécificités historiques très fortes ! Je me suis donc d’abord intéressé aux grands patriarches de la communauté béké. Je suis allé voir Eric de Lucy, grand patron de la banane et directeur général du groupe Bernard-Hayot, et j’ai également rencontré Alain Huyghues-Despointes et bien d’autres personnalités non béké.

J’ai bien-sûr dit que j’étais journaliste, je leur ai dit que je faisais un reportage sur l’économie de la Martinique et ses grands acteurs. Et que je voulais faire le portrait de ces personnalités qui jouent un rôle dans l’ économie de l’île. Ils jouent un grand rôle et ne s’en cachent pas. Ils voulaient me montrer qu’ils étaient puissants, ils m’ont emmené à l’Elysée, à Bruxelles au ministère de l’agriculture et de l’outremer, partout où ils défendent leurs intérêts économiques…

Je ne suis pas venu les voir en leur disant que je faisais un reportage sur la communauté Béké. J’ai essayé de comprendre d’abord qui ils étaient, comment ils fonctionnaient. Et pour cela, il me fallait du temps. On a établi une relation de confiance, ils m’ont longuement exposé les spécificités de leur communauté, ils savaient donc pertinemment que j’allais en parler.

Q : Le travail a-t-il été facile ?
Cela n’a pas été évident. Ils n’acceptent pas facilement que des journalistes s’intéressent à leur histoire. Mais finalement, les questions tabou que je pose sur les Békés et leur histoire, je ne les ai posées qu’à la fin du tournage. C’était à ce moment-là qu’eux-mêmes étaient prêts à en parler. Je dirai même que j’ai senti chez une grande partie des blancs créoles que je rencontrais, notamment dans la famille Huyghes Despointes, le besoin d’en parler. Une envie de s’expliquer, de raconter leur histoire… Ils m’en parlaient tout le temps en off, dès que la caméra était éteinte… Et j’ai l’impression que les Békés sont un peu prisonniers de cette histoire…

Q : Vous nous présentez une communauté qui truste les richesses. Vous vous en étonnez ?
Ma démarche est de comprendre cette situation et de faire connaître au plus grand nombre de Français une exception historique qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le monde. C’est simplement surprenant qu’une petite communauté qui a colonisé, qui a réduit en esclavage, qui a résisté à la Révolution et qui, après l’abolition, a continué à prospérer, continue aujourd’hui de vivre entre eux, même si les békés sont intégrés à la société martiniquaise dont ils sont une émanation directe.

Alors tout ça est surprenant et quand on l’apprend, on a envie de comprendre. On s’est mis dans une logique journalistique où l’on ne s’appuie que sur des faits avérés. La vie chère… On n’invente pas !

En montrant une fille avec son chariot dans un supermarché et qui se prive de tout, n’avez-vous pas l’impression d’entretenir l’idée que les békés continuent d’exploiter les descendants d’esclaves ?
C’est un peu vite dit. Les békés n’exploitent personne. D’ailleurs le problème de la vie chère n’est pas un problème béké, il concerne tout l’outremer. C’est une question macro-économique qui concerne tous les entrepreneurs mulâtres, noirs, chaben, béké et métro, ou même chinois ! Maintenant, notre sujet, c’est les grands acteurs de l’île. On raconte l’économie de la Martinique à travers cette communauté qui pèse très lourd dans un certain nombre de secteurs comme l’agro-alimentaire, la grande distribution ou l’agriculture.

Vous revenez sur le chlordécone pour leur faire porter le chapeau aussi ?
Les faits existent. On sait qu’il y avait des relations très ténues entre les bananiers et certains politiques. Malgré une interdiction européenne, 3 ministres successifs autorisent l’utilisation du chlordécone par dérogation pendant trois alors qu’il existe d’autres produits : on ne peut pas faire comme si on ne le savait pas. Mais les Békés ne sont pas responsables à eux tout seul du problème de la contamination au chlordécone dans les Antilles. Il y a des politiques, et l’administration elle-même. Il n’y a pas de commission d’enquête parlementaire, il n’y a eu qu’un rapport d’information…

Le film fait scandale à cause des propos tenus par Alain Huyghues-Despointes. Que lui a-t-il pris de déclencher cet « Hiroshima » ?
Il a d’abord voulu me montrer quelque chose de peu connu, le fameux arbre généalogique. Et là, il a commencé à me raconter l’histoire. Puis, dans un second temps, au cours d’une interview sur l ‘économie et la société martiniquaise, je lui demande pourquoi les Békés ne se sont jamais métissés. Vous connaissez la réponse qu’il m’a faite… On me montre un arbre où on voit que tous les Békés ont un lien de parenté et où aucun Noir n’est rentré, on demande pourquoi… Je suis journaliste, je pose des questions, il n’y a pas de piège. Et je rappelle qu’il n’y a aucune caméra cachée dans mon film.

Le communiqué de M. Alain Huygues Despointes suite à ses propos racistes tenus dans le reportage “Les derniers maîtres de la Martinique”.

Canal Plus a diffusé le 30 janvier un document intitulé « Les derniers maîtres de la Martinique ».


Le journaliste qui l’a réalisé m’a interviewé, comme d’autres, prétextant une enquête sur l’économie de la Martinique.


Je ne suis pas homme de media et je ne sais pas comment le montage de ce film a été réalisé mais je suis très surpris du mode opératoire et de la déontologie suivie.

C’est pourquoi je tiens à faire savoir et à préciser :
* que je n’ai pas attendu ce journaliste pour témoigner de ce que je ne suis absolument pas nostalgique d’un passé honni,
* que les propos diffusés ne reflètent en rien mes convictions profondes,
* que le journaliste les a repris en les sortant de leur contexte car je parlais du « passé » et de l’approche patriarcale de cette époque,
* que la période de l’esclavage est une tache sombre de l’histoire de nos îles et que je n’ai que mépris pour tous ceux qui tentent de diviser notre population en rouvrant des cicatrices,
* que dès 1998, j’ai signé une pétition publique reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité, ce pourquoi je participe depuis aux commémorations du 22 Mai,
* que ma pratique professionnelle est la meilleure preuve de mon engagement pour une Martinique plurielle, respectueux de toutes ses composantes, et cette posture morale m’impose de refuser toute polémique y compris avec ce journaliste.

Enfin, je tiens à présenter mes sincères regrets à tous ceux qui ont été ou qui pourraient être blessés lors de la diffusion de ce document.


sébastien sabattini