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Guide de Guadeloupe


Le Sport guadeloupéen, ce grand absent !

Par Harry MEPHON, professeur certifié d’éducation physique et sportive, athlète de haut niveau, docteur en sociologie


Rédigé le Mercredi 11 Février 2009 à 12:14 | 0 commentaire(s)
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Le Sport reste le parent pauvre des analyses sociales qui font jour dans les évènements que traverse la Guadeloupe
Il est bon de placer cette pratique sociale qui a tant fait pour la Guadeloupe pour la fierté guadeloupéenne dans sa capacité de produire une réponse culturelle propre : le sport guadeloupéen !


Le sport est particulièrement absent de la plateforme des revendications du Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) et des débats générés par ce mouvement social. En tant qu’observateur de la société, j’interroge cette absence pour rappeler qu’il a été fortement question des conditions de vie et en ce sens, le sport intègre totalement ce chapitre. Le sport s’est invité indirectement dans les débats à travers les premiers échanges publics au World Trade Center. Ces échanges ont eu pour mérite de rassembler différentes composantes sociales rarement réunies, rarement capables de se dire les choses ensemble. Nous avons assisté pour la première fois en Guadeloupe à une véritable psychanalyse sociale. Lors des débats, les exemples pris dans le football et dans le pilotage du sport de haut niveau ont illustrés sans conteste les limites de notre réalité sociale que nous vivons depuis 3 semaines et que le sport touche bien au delà du simple fait de pratiquer. Le sport dans ses principes d’organisation touche tous les guadeloupéens à des degrés divers et cela même de manière inconsciente.
Le sport se perçoit trop souvent comme un acte gratuit, un épiphénomène marginal sans importance, traité à la légère; une activité improductive, un banal amusement réservé aux oisifs, aux jeunes sans formation ou encore à quelques illuminés braillards sur les stades ou dans les bars. C’est oublier la complexité et le rôle que joue - surtout doit jouer- le sport, son rôle social dans la société guadeloupéenne. Il n’est pas anodin que peu de mesure d’envergure sont prodiguée pour son réel développement dans l’île et que l’Etat dans sa grande générosité (qui se révèle bien dans le conflit) garde la main mise sur cet espace à peu de frais. Les subventions sont faibles face aux ambitions. Les grandes enseignes qui sponsorisent le sport en France hexagonale arrivées en Guadeloupe changent totalement de politiques; les philanthropes se font rares. Les récents jeux olympiques de Pékin ont révélés la distance qui augmente et qui nous sépare de nos voisins de la Caraïbe : Jamaïque, St-Kits, Cuba, Bahamas, Antigua. Fut un temps, il était possible de se préparer en Guadeloupe d’autant plus qu’un grand nombre de Guadeloupéens ont contribués et contribuent encore à gagner des titres olympiques et internationaux, le dire aujourd’hui semble une évidence mais cela n’a pas toujours été le cas. L’Etat s’est intéressé aux sports guadeloupéens au moment où les luttes menées en Guadeloupe par certains entraineurs dans les années 60 ont pu produire des champions internationaux d’exception en athlétisme et dans le football. Il a fallu faire ses preuves en Guadeloupe pour que l’Etat s’intéresse aux sports guadeloupéens.
Ce n’est par hasard si les dégradations des performances des sportifs guadeloupéens sont en relation avec la crise sociale que traverse la société guadeloupéenne. Les valeurs d’ascèse, d’excellence, de courage, d’effort, de professionnalisme et de compétition loyale sont habilement combattues. Le discours officiel est flatteur et se contente de nous dire que : «nous sommes le vivier des équipes de France …nous avons des talents». A la manière d’un libre service mal géré, on se sert sans entretenir les structures du magasin, les stocks et sans garantir la pérennité des produits. La crise sociale liée à la sur consommation, aux transformations du style de vie, bouleverse nos habitudes alimentaires, se traduit dans les corps dans le développement de la sédentarité, l’obésité, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires qui touchent toutes les classes sociales et toutes les tranches d’âge sans distinction. Les populations les plus pauvres sont les plus exposées et les plus touchées. Le goût pour les activités physiques pour tous sera la pierre angulaire des futures politiques de santé publique qui devront s’imposer dans le futur proche pour traiter les inconséquences qu’on nous propose passivement. Ce n’est pas le quai Lefebvre (la sécu) qui réglera ce fléau en pleine expansion grâce aux prestations sociales !
Le développement d’activités physiques prétexte à «boire et manger» est plus vecteur de consommation que de développement éducatif et corporel. La dénégation du travail, l’idéologie du don et de l’amusement est valorisée, encouragée dès l’enfance. Il est bon de rappeler que les stades vétustes se vident en même temps que les contraintes institutionnelles imposent de les maintenir aux normes de sécurité, ou encore les contraintes économiques vous demandent de payer les accès. De graves menaces pèsent sur le sport guadeloupéen ; il est en crise alors que le pays n’a jamais connu autant de magasins d’articles de sport.
Le lien, l’intégration spatiale et sociale, la prévention de la délinquance au centre des problématiques des nouvelles politiques de la ville et de l’aménagement du territoire doivent trouver dans le secteur associatif et le domaine culturel des réponses propres et adaptées que les Guadeloupéens auront à formuler.
L’oubli du sport indexe fortement les prévisions financières, les futurs projets de développement et leur utilité sociale. Le sport guadeloupéen systématiquement orienté vers une émigration obligatoire vers la France sous l’adage « la réussite sportive est impossible en Guadeloupe !» doit être revisité dans les possibilités de choix migratoire, les programmes éducatifs ambitieux et performants organisés et appliqués en Guadeloupe. Les familles guadeloupéennes supportent en silence les coûts financiers des politiques sportives pensées à 8000 km sans débat. Les déplacements, les soins, les frais d’études dans les structures de haut niveau, les rapatriements sanitaires après échec sont autant de frais ponctionnés sur les budgets des familles et des collectivités locales. Les résultats internationaux des sportifs guadeloupéens dans toutes les disciplines (Judo, escrime, basket, tennis, athlétisme, football, cyclisme handball) n’entrainent aucun retour en Guadeloupe, aucune considération pour l’organisation du sport local : aides directes aux clubs, formations et défraiement de cadres de grande compétence. Voilà donc, dans le sport également une forme de Pwofitasyon instituée dans le plus grand silence. Les résultats des sportifs guadeloupéens ne doivent pas nous faire oublier qu’il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. L’accomplissement sportif masque de grands drames sociaux, mais traduit bien les inégalités que nous vivons où les considérations nationales se cantonnent exclusivement dans le stade au son de la Marseillaise, dans des positions sociales précises qui renforcent le prestige de l’Etat au détriment d’un réel accomplissement individuel dans sa vie après la carrière sportive.
Les Guadeloupéens qui s’investissent dans les pratiques de compétition et le sens qu’ils donnent à leur implication sont des stratégies de défense, des choix sociaux en homologie avec leurs résultats scolaires, leurs possibilités d’accès aux universités, aux grandes écoles et aux possibilités d’encadrement. Il est bon aussi de rappeler que ce qui se vérifie dans le social, (le faible taux de adres à haute responsabilité) se vérifie aussi dans le sport. Les Guadeloupéens en dépit de leurs compétences sont particulièrement absents des postes à haute responsabilité sportive et nous refusons souvent d’utiliser l’expérience de nos valeurs sportives internationales souvent perçues comme des étrangers chez eux.
Le sport est avant tout une production culturelle à repenser dans l’ensemble des pratiques culturelles. La diffusion des sports en Guadeloupe est une conquête liée à de nombreuses luttes guadeloupéennes pour accéder aux pratiques et aujourd’hui le sport guadeloupéen n’a plus rien à prouver au monde. Il traduit plus que des activités, il exprime de manière «euphémisée» la compétition sociale que vit notre société. En cette période de crise, le rôle du sport guadeloupéen et la réponse socio culturelle ne doivent pas être minorées, oubliées, et encore moins sacrifiées sur l’autel des contingences économiques.

Harry MEPHON

Harry MEPHON est professeur certifié d’éducation physique et sportive, athlète de haut niveau, docteur en sociologie.

Thèse de doctorat, réf. 03NANT3003, Dir. J.M. Faure, univ. de Nantes, 2003 : "Les enjeux des activités physiques et sportives dans la construction d’une culture identitaire guadeloupéenne. Genèse et construction d’un espace de la performance."

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"Les pratiques de duels en Guadeloupe"
"Les défis d’Antoine Chérubin, maître d’EPS et athlète international guadeloupéen"


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