A quoi sert l’aquaculture ?
Les objectifs poursuivis par ces élevages sont de différentes natures.
Ils permettent aux scientifiques d’ étudier, de suivre le développement et la reproduction des différentes espèces.
L’élevage industriel offre, quant à lui, l’opportunité de développer une nouvelle forme d’exploitation et de commercialisation d’espèces aquatiques, sans mettre en péril l’équilibre naturel des océans et des rivières.
Aujourd’hui cette activité, qui se pratiquait il y a 3 500 ans déjà en Chine, représente près de 43 millions de tonnes de production et une valeur de 53 milliards de dollars.
L’aquaculture comprend
- la conchyliculture, qui est l’élevage de coquillages comestibles,
- la mytiliculture qui consiste à élever des moules,
- l’ostréiculture qui concerne les huîtres,
- la pisciculture qui recouvre l’ensemble des techniques de production et d’élevage des poissons.
La majeure partie des récoltes aquacoles est destinée à la consommation humaine. Une partie des animaux et des végétaux d’élevages est également destinée à décorer les aquariums. Certaines espèces menacées sont élevées en milieux aquacoles pour la commercialisation.
La culture aquacole
L’aquaculture repose sur des technologies nouvelles, qui tirent parti des ressources aquatiques. Les produits aquacoles sont élevés dans des milieux de culture comme des étangs intérieurs, des lacs, des baies d’eau douce ou encore en pleine mer.
Les techniques utilisées
Aux Antilles-Guyane, les éleveurs utilisent souvent une technique bien adaptée à leur environnement celle des bassins à terre avec pompage, qui ramène de l’eau de mer vers les bassins aquacoles. C’est un moyen qui permet de contrôler l’environnement et qui empêche surtout les prédateurs de venir se mêler à la production et de manger les bébés.
Une autre technique d’aquaculture est couramment utilisée : celle des cages. Fabriquées avec différents matériaux comme le bois, le bambou ou encore l’aluminium, ces cages permettent d’économiser de la place et d’élever des poissons, des crustacés ou des mollusques dans des lieux où le fond de mer ne s’y prête normalement pas. Ces cages flottantes mettent également l’élevage à l’abri des prédateurs qui rôdent.
Dans certaines salles d’élevage, on peut trouver des bacs d’éclosions avec casiers ainsi que des aquariums d’une contenance allant de 70 litres à 400 litres. Ces aquariums qui accueillent des poissons tropicaux remplissent chacunes des fonctions particulières. Certains servent à stocker des poissons-géniteurs, d’autres servent de lieux de reproduction, notamment pour les poissons de type Tilapia nilotica .
Déroulement de l’élevage
Le prégrossissement
Durant cette première phase de l’élevage, plusieurs centaines de post-larves sont lâchées dans des bacs. La taille et le poids moyen de ces larves atteignent 6 millimètres de long pour 15 milligrammes en moyenne.
Avec un filet de petite ouverture de maille et par vidange des bacs d’éclosion, une récolte sélective des animaux prégrossis est réalisée scrupuleusement. Ceci permet un premier contrôle de l’état du cheptel.
Le grossissement
C’est la seconde phase de l’élevage. L’éleveur transfère ses post-larves dans des bassins, à raison de 10 à 12 individus au mètres carrés. Après huit à dix mois d’attente, les animaux sont alors commercialisables.
La qualité physique et chimique de l’eau d’élevage doit être optimale, car elle est le premier facteur de réussite dans la maîtrise de l’opération.
Les espèces animales sont nourries régulièrement et soignées de façon à assurer leur qualité et leur santé.
Lorsque les poissons ou les mollusques ont atteint une taille suffisante, la récolte est cueillie, puis traitée selon les exigences des consommateurs. Par la suite, elle est soit emmenée directement sur le marché local, soit conditionnée pour être vendue sur le marché international.
Le développement de l’aquaculture dans les DOM
Martinique
Les premiers essais d’aquaculture à la Martinique ont débuté en 1976 sous l’impulsion du Conseil Régional. Le département s’est inspiré du modèle hawaïen en eau verte, mise au point par les professeurs Fujimara et Okamoto en 1972.
En 1979, avec l’appui de la CNEXO, futur IFREMER, une technique plus contrôlée est introduite sur l’île. Elle aboutit, en 1982, à la réalisation d’une écloseraie de production, gérée par une société d’intérêts collectifs agricole- SICA-, Ecrevisses, et dont la capacité de production était, alors, de 7 à 8 millions de poste-larves.
Aquamer est la première ferme privée, avec une écloseraie intégrée, à lancer l’élevage de Loups de mer dans des cages flottantes, en conditions tropicales.
Cette action, menée conjointement par l’Association pour le développement de l’aquaculture en Martinique- ADAM-, l’ISTPM ainsi que le CNEXO, a permis de mettre sur pied un premier projet d’élevage de Juvéniles, jeunes poissons, capturés dans leur milieu naturel. Une écloseraie en nurserie a également été créée, à titre expérimental, en 1984, par l’IFREMER.
Guadeloupe
Le développement des premiers bassins de grossissement pour la crevette d’eau douce date de 1978. Le Conseil Régional a dû programmer le projet d’écloseraie pour 1984, en raison d’un nombre insuffisant de juvéniles disponibles. La réalisation d’une écloseraie de production verra le jour au début de l’année 1983, à l’initiative du CNEXO. Une trentaine d’hectares de bassins sera, par la suite, mise en service en 1985.
La Guyane
Les zones de marais et les ressources importantes en eau douce donnent au département de la Guyane une position un peu plus privilégiée. Ceci a attiré, dès 1970, l’attention sur les potentialités aquacoles de cette région à la frontière brésilienne et surinamienne.
Un plan de développement a été mis en place regroupant des candidats éleveurs de l’Association pour le développement de l’aquaculture en Guyane- ADEGUY-, les représentants de l’administration du département et les techniciens du CNEXO. Une écloseraie a été mise en place en 1982 et a produit plusieurs millions de juvéniles, stockés dans les premières fermes.
Aquaculture et développement durable
On peut effectivement considérer que cette pratique de l’aquaculture dans ces régions participe au développement durable, car des conditions sanitaires optimales, notamment celle d’une eau d’élevage propre, sont préservées.
Les éleveurs favorisent les méthodes les plus respectueuses de l’environnement, pour constituer leur futures productions. L’introduction d’espèces nouvelles animales est, par ailleurs, très contrôlée, afin d’éviter que des pratiques comparables à celles de géants de ce type de productions soient mises en place. En effet, la course à la commercialisation amène des pays tels que les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni ou encore la Chine, à abuser de l’usage des nouvelles technologies pour créer des s améliorés, en vue d’augmenter leur production. L’association Greenpeace a, d’ailleurs, décidé de livrer un véritable combat contre ces organismes génétiquement modifiés, OGM.
Situation générale dans les Antilles et en Guyane
Les régions de l’Atlantique situées dans l’arc Caraïbes, tout comme la Guyane continentale, ont toujours été dépendantes du milieu aquatique. La mer fait parti de leur vie quotidienne. La pêche a toujours permis aux populations locales de se nourrir.
Terrain idéal pour se divertir ou rivaliser lors des courses de yoles de Martinique, l’océan est également l’un des liens qui unit les habitants de ces départements d’Outre- Mer aussi bien par la géographie que par l’histoire.
Aujourd’hui, l’aquaculture est une nouvelle activité halieutique. Elle n’a pas encore trente ans. Aux quatre coins des Départements et des Territoires d’Outre- Mer des fermes aquacoles s’installent : écrevisses en Martinique, ouassous en Guadeloupe, perles en Polynésie, ombrine de mer à Mayotte. Cette activité contribue à l’effort de développement durable et économique engagé dans ces régions.
Eloignés des grands circuits commerciaux et confrontés à des difficultés économiques, les départements français des Antilles et la Guyane doivent sans cesse trouver de nouveaux débouchés. L’aquaculture est donc activement soutenue par certains élus ainsi que par des entrepreneurs privés.
Deux laboratoires régionaux des ressources vivantes, aquacoles et halieutiques, de la délégation des Antilles sont situés dans la commune du Robert en Martinique.
Depuis une quinzaine d’années, les fermes aquacoles se développent, allant de la culture du Loup de mer, en passant par celle des écrevisses.
Soucieuses de dynamiser leurs économies, la Guyane et plus encore les Antilles, doivent toutefois poursuivre leurs efforts pour rester dans la course à l’aquaculture, où la concurrence avec l’industrie des pays asiatiques est particulièrement rude.
C’est pourquoi le soutien de l’Etat français, l’aide de l’Union européenne et la volonté des éleveurs locaux sont indispensables pour parvenir à pérenniser cette toute jeune activité marine.
Les espèces élevées aux Antilles- Guyane
En Martinique Grâce à l’Association pour le développement de l’aquaculture à la Martinique- ADAM- et l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer- IFREMER-, des crevettes géantes d’eau douce ont été introduites en Martinique en 1975.
Trois types d’élevages aquacoles sont installés sur l’île : les
écrevisses d’élevage, appelées aussi chevrettes ou ouassous, le poisson d’eau douce répondant au nom de
Saint-Pierre et le poisson d’eau de mer surnommé le «
Loup des Caraïbes » ont participé à la reconnaissance du savoir-faire martiniquais.
Malgré une crise liée à la liquidation judiciaire d’un regroupement de producteurs aquacoles de l’île, la SICA, l’activité s’est poursuivie, malgré la baisse de la production qui est passée de 62,4 tonnes à 35, 7 tonnes, entre 1995 et 1999.
L’île de la Martinique est précurseur dans le domaine de l’aquaculture. Malheureusement, la maîtrise des techniques aquacoles n’a pu déboucher sur de véritables projets d’envergure.
En Guyane
De son côté la Guyane assure essentiellement l’élevage de crevettes qu’elle exporte aux Antilles, sur le marché hexagonal et européen.
En Guadeloupe
L’activité aquacole en Guadeloupe concerne, essentiellement, l’élevage de la crevette d’eau douce : le ouassous. Comme à la Martinique, la SICA de Pointe-Noire a été mise également en liquidation judiciaire. Elle a, cependant, été remplacée par une société privée, Ouassous Caraïbe Ecloserie Aquaculture Nouvelle- OCEAN-, fondée par les cadres de l’ancienne SICA.
La « Star »
La chevrette ou Macrobrachium rosenbergii reste la principale espèce aquacole des Antilles françaises. Elle représente à elle seule 75 % du tonnage produit et 90 % du chiffre d’affaire généré par l’aquaculture.
Le marché mondial
42 770 000 tonnes ! C’est la totalité de la production mondiale aquacole pour l’année 1999.
L’Asie avec 88, 5 % de la production mondiale tient le haut du pavé, l’Europe avec 6, 28 % de part de marché ne peut prétendre la devancer.
La Chine est le premier producteur mondial. L’Inde qui dépasse le million de tonnes, arrive en seconde position. Ces deux pays développent davantage une aquaculture vivrière qui leur permet d’assurer l’alimentation de leurs populations.
Les autres grands pays producteurs sont les Etats-Unis et la Norvège avec une production qui s’échelonne à près de 500 000 tonnes.
La France arrive très loin derrière le Chili, au 14ème rang. Le premier pays africain, l’Egypte, se classe à la 17ème place. Parmi toute la production aquacole mondiale, ce sont les poissons qui constituent l’activité la plus dynamique.
La production des Antilles-Guyane
Face à ces pays, la production aquacole des Antilles et de la Guyane parait bien mineure. La Martinique et la Guadeloupe consomment chacune près de 15 000 tonnes de produits de la mer chaque année.
La filière aquacole, dans les Antilles françaises, se limite à une trentaine d’aquaculteurs, qui produisent des chevrettes ou macrobrachium rosenbergii, des « rougets créoles » ou « gueules rouges »- Hybride rouge d’oreochromis- et de l’ombrine tropicale,sciaenops oscellata.
En 1995, le niveau global de production s’élevait à 80 tonnes et n’a jamais dépassé les 150 tonnes produites par an. Le chiffre d’affaire sur l’ensemble des îles de la Martinique et de la Guadeloupe correspondait alors à un peu plus de 52 millions d’euros, soit 8 millions de francs.
Les Antillais de grands consommateurs ?
Les populations des Antilles françaises sont de grands consommateurs de poissons. Dire le contraire serait mentir.
Le poisson constitue un élément traditionnel et essentiel de l’alimentation de la majorité des populations de la région Caraïbes et de la Guyane. Les Antillais figurent même parmi les premiers consommateurs mondiaux de poissons par habitant. Une consommation de poissons qui n’est pas forcément issue de l’activité aquacole.
Limite de l’aquaculture aux Antilles ?
Les Antilles manquent de plus en plus de produits de la mer. La faible productivité naturelle des eaux tropicales s’explique, en partie, par la pauvreté en éléments nutritifs, liée à l’absence de grandes masses continentales et de remontées d’eau profonde. Cette déficience n’est, toutefois, pas vrai dans les eaux côtières concernant certaines espèces.
La Guyane fait exception en la matière. La pêche est l’un des secteurs les plus importants de son activité économique. Sa production de crevettes est très importante.
En revanche, aux Antilles, on est souvent contraint d’importer de la Guyane et des pays asiatiques de nombreux coquillages frais, du poissons et des crustacés.
Dans ces régions, les prix sont trop élevés par rapport à la moyenne mondiale pour pouvoir prétendre trouver des débouchés économiques, sur le plan international.
Ils se situent autour d’une vingtaine d’euros le kg contre 8 euros le kilo sur le marché mondial. Ces prix s’expliquent, notamment, par le coût de la main-d’œuvre qui est souvent payée plus chère que dans les autres pays des Caraïbes et d’ailleurs.
L’éloignement de ces régions ultrapériphériques entraîne des surcoûts d’exploitation plus importants. La concurrence avec le marché asiatique, qui bénéficie de conditions socio-économiques bien plus favorables, est inexistante.
Une filière qui peut se montrer optimiste ?
Les Antilles-Guyane ont la chance de profiter de conditions climatiques et environnementales variées et privilégiées.
Une eau de très bonne qualité, rarement polluée et dont les températures oscillent entre 19 et 29 degrés. Cette eau chaude offre, ainsi, le meilleur environnement aquacole possible, pour une croissance continue.
Elle permet également d’envisager pour certaines espèces à cycle court, la perspective de faire plusieurs récoltes par an. Les risques et les contraintes financières et climatiques qui se posent parfois dans les zones tempérées pour des élevages aquacoles sont fortement réduits.
Le fait que ces départements bénéficient de sites terrestres, littoraux et maritimes divers, de systèmes d’élevage en bassins, en lagunes aménagées, en cages, en radeaux flottants ou en enclos, laisse penser que la filière aquacole peut s’imposer.
Les îles présentent aussi de nombreux avantages, notamment par les plans d’eau, de différentes profondeurs, bien abrités, des grandes houles du large, disposant d’un renouvellement important et permanent des eaux océaniques.
Même si les poissons d’aquaculture ne sont pas les plus prisés par ces habitants aux habitudes alimentaires particulières, les marchés locaux font, cependant, le bonheur de nombreux touristes de passage dans la zone.
Le fait aussi que la France, traditionnellement un des plus grands importateurs de crustacés et de poissons du monde, encourage cette industrie, peut également aider cette filière à grandir.
Perspectives
Entre 1970 et 1999, la production aquacole mondiale est passée de 5 % à 31 % ! Une progression fulgurante qui laisse augurer des productions importantes en produits de la mer, dans les prochaines années.
Très éloignés des chiffres faramineux des concurrents Chinois, Japonais ou encore Indiens, la Guyane, la Martinique et la Guadeloupe peuvent, toutefois, espérer faire prospérer cette filière dans leur économie locale
SOURCE RFO
Deux sites d'élevage de Ouassous à visiter :
- Distillerie Séverin à Sainte Rose
- Parc Aquacole de Pointe Noire