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Guide de Guadeloupe


150 ans de présence indienne en Guadeloupe


Rédigé le Mercredi 28 Mars 2007 à 13:33 commentaire(s)
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Les Indiens de Guadeloupe qui ont été à l’honneur à travers de nombreuses manifestations et célébrations en 2004. L’occasion de faire partager leurs rites et de faire découvrir leur singulière histoire.

© RFO

Le 24 décembre 1854, les premiers Indiens arrivent en Guadeloupe. Après un voyage éprouvant de 85 jours, ils sont 344 hommes et femmes à débarquer de l’Aurélie fuyant la famine et la misère de leur région d’origine.


Des comptoirs aux plantations

indien guadeloupe
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Ce premier voyage sera suivi de beaucoup d’autres qui amèneront en Guadeloupe jusqu’à 42 000 « engagés » : nom donné aux immigrés Indiens. Ils viennent, pour la plupart, de la côte de Coromandel, des comptoirs de Pondichéry ou de Madras dans la région du Tamil Nadu , de la côte de Malabar ou de villes situées plus au Nord, comme Calcutta.

Venus pour sauver l’économie d’un pays qui tente de renouveler sa force de travail, bercés par les promesses d’un avenir meilleur pour leurs familles, les Indiens travaillent inlassablement dans les champs de cannes. Pourtant, cette terre nouvelle ne les accueille pas à bras ouverts.

Des contrats pour repartir

Les « engagés » sont liés par un contrat de cinq ans aux colons blancs. Au terme de ce contrat, le planteur s’engage à payer à ses travailleurs le voyage de retour. Si l’Indien désirait rester, le colon devait lui payer une prime de réengagement égale à la somme nécessaire pour son départ.

Le choix du retour
Le nombre d’Indiens qui s’engageaient étant inférieur à la demande des colons, ces derniers ne reculèrent bientôt devant rien, afin de continuer à profiter de cette main d’œuvre bon marché. Vers la fin de l’émigration, les colons ne respectaient même plus les clauses du contrat, laissant dans l’attente les candidats au retour qui espéraient vainement un navire dans le port de Pointe-à-Pitre.

Entre 1854 et 1885, seuls 8000 d’entre eux reprendront le chemin du retour. Parallèlement, un marché illégal s’organise et certains capitaines n’hésitent pas à enlever des Indiens qui vivent sur les côtes. Ils les font voyager dans des conditions inhumaines, bien que l’Administration ait officiellement pris toutes les dispositions nécessaires pour différencier l’engagement de l’esclavage.

Travailler et encore travailler

Les conditions de vie de ces engagés indiens apparaissent extrêmement difficiles : 12 heures de travail par jour, 6 jours par semaine. Pour toute nourriture, ils disposent de rations de riz, de sel, de morue, de bananes, de farine de manioc ou de racines que les colons leur distribuent. Deux fois par an, des vêtements leur sont fournis et des soins médicaux leur sont prodigués, uniquement lorsque les colons décident que c’est nécessaire. Près de 20 000 Indiens meurent dans les champs de cannes.

Cela rappelle l’esclavage, encore en vigueur, quelques années auparavant. D’ailleurs, les Indiens occupent les anciennes cases des esclaves. 12, 50 francs de l’époque pour un mois de sueur et de labeur, tel est le salaire de cette main d’œuvre si peu chère. C’est quatre fois moins que ce que demandent les anciens esclaves pour retourner dans les champs.

Une difficile intégration

Pour ces anciens esclaves devenus ouvriers, qui réclament des salaires décents, ces nouveaux arrivants représentent une concurrence déloyale, qui ne leur permet pas de réclamer des augmentations.
L’acceptation des Indiens au sein de la société guadeloupéenne n’en sera que plus difficile. Leurs différences physiques et culturelles provoquent le rejet et les moqueries de la population d’origine africaine.

Indiens, Guadeloupéens et Français
Au début du XXème siècle, Henri Sidambarom s’engage dans la lutte pour les droits civiques des Indiens en Guadeloupe. En 1923, grâce à son combat initié dix-neuf ans plus tôt, les Indiens de Guadeloupe obtiennent la nationalité française.

Jusque là, ils étaient considérés comme des étrangers, puisque l’Inde était sous domination anglaise. Ce n’est pas pour autant que les Indiens sont acceptés par la population noire. Il faudra encore attendre une trentaine d’années pour voir des mariages mixtes dans l’île

La rencontre de deux mondes

Au fil des années, la cuisine et la flore indiennes se distillent dans le paysage culturel guadeloupéen. Déjà, avant l’arrivée des Indiens en Guadeloupe, les épices et les plantes venues du sous continent parfumaient les plats de l’île : le gombo, le cocotier, le tamarin, la papaye, la cannelle.

Culture indienne, culture créole
Par leur présence, les indiens introduisent également le paroka, appelé pomme-coulie et utilisée comme plante médicinale, le pikenga, sorte de courgette utilisée dans les sauces piquantes, le gingembre, le giromon.

Le curcuma utilisé en cuisine pour le colombo, plat très apprécié dans l’île, a également été importé par les Indiens. Le madras, tissu qui représente aujour d’hui l’un des emblèmes de la créolité, est,quant à lui, originaire du Tamil Nadu.

Le fameux « ti punch », boisson faite à base de rhum, vient de « panch(a) », mot indien qui signifie « cinq » pour les cinq ingrédients de rhum blanc, la boisson locale composée de sirop de sucre de canne, de jus de citron vert, d’une rondelle de citron vert et de glaçons.

C’est toute la société créole qui porte en elle les richesses apportées de l’Inde, sans en connaître l’ampleur. Grâce aux Indiens, la Guadeloupe a gagné en diversité, mais au passage, les Indiens ont perdu leurs langues : le Tamoul et l’ Hindi, au profit du créole.

Le culte religieux des Indiens de Guadeloupe

Forcés de se convertir au christianisme à la fin du XIXème siècle, ils n’ont pas pour autant abandonné leur culte religieux. Bien que le culte originel s’organise autour de la Trinité : Shiva , Brahma et Vishnu , les Indiens de Guadeloupe adorent plutôt des dieux tels Maliémin, Kâli, Maldévilin et Nagoulou Mila , considérés comme mineurs en Inde.

Dieux et Déesses
Les dieux indiens tiennent leur originalité de leur double fonction. Tantôt créateurs, tantôt destructeurs, certains symbolisent le bien et le mal.
La divinité la plus vénérée par les Indiens de la Guadeloupe est le Maliémin, nom créolisé de la déesse Maryamman, particulièrement adorée en l’Inde du Sud. Invoquée pour le travail et pour se préserver des maladies contagieuses, elle est également redoutée, car es fidèles sont persuadés qu’elle peut les accabler de la petite vérole.

Du riz au lait, des noix de coco, des bananes, des feuilles de vèpèlè, et autres offrandes sont ainsi déposées aux pieds de la déesse.

Kâli, de son vrai nom Kâlimaïe, déesse de l’Inde du Nord, est la seconde divinité la plus populaire chez les Indiens de Guadeloupe. Destructrice et sanglante, elle peut aussi incarner le calme et la douceur.
La principale divinité masculine en Guadeloupe est Maldévilin. Il est vénéré seul ou en tant que gardien du temple de Maliémin.

Troisième grande divinité, Nagoulou Mila ou Nagoumira a des origines confuses. Selon la légende la plus répandue, cette croyance serait héritée des grandes traversées qui menèrent les Indiens aux rivages de la Guadeloupe. Elle est d’ailleurs représentée par des mâts de bateaux et invoquée avant d’entreprendre un long voyage.

Quand les indiens apportent la lumière
De ces croyances etde ces rites, les Indiens ont conservé de nombreuses fêtes, parmi lesquelles la fête des lumières "le Dipavali" est la plus célébrée.

Malgré la forte présence des indiens en Guadeloupe, Il faut attendre le début des années 1970 pour que soit construit un lieu de culte important.Ainsi, le Temple de Changy, voué au culte de Maliémin devient le lieu religieux hindou le plus fréquenté de l’île et fait la fierté de la communauté.

Le sculpteur tamoul Ganapathy, venu de l’Inde, pour sa création, a réalisé les sculptures représentant les principales divinités. Depuis trente ans, il demeure le principal lieu de culte, parmi plus de 180 autres sites, allant du simple mât pour Nagoulou Mila au temple pour les divinités rares, en passant par des dizaines de chapelles pour les principaux dieux honorés.

En Guadeloupe, plus de la moitié des familles indiennes ont conservé une pratique hindouiste et 80% d’entre elles adorent au moins deux des quatre divinités principales.


La mémoire indienne

Aujourd’hui, la plupart des Indiens ont conservé leurs noms : Apassamy, Ayassamy, Candassamy, Moutoussamy, Ramassamy, Vingadassamy, Virapin, Mouniga, Badry, Sahaï. Certains de ces patronymes sont originaires du Sud de l’Inde Tamoul et d’autres du Nord Hindi. Ayassamy signifie Monsieur le Seigneur, Apassamy, Dieu le Père, Candassamy, deuxième fils de Shiva et chaque nom symbolise une fonction sociale ou mystique.

Contrairement aux descendants d’esclaves, qui ont perdu leurs patronyme, selon la consonance de leurs noms les indiens peuvent savoir de quelle région de l’Inde leur histoire prend racine.

Les valeurs telles que le travail et la famille se sont transmises de génération en génération dans les familles indiennes de Guadeloupe, bien que le système des castes ait été abandonné. D’origines variées, les indiens ont fondé leur Culture à travers une nouvelle identité : une identité indo-guadeloupéenne.

Retour à la tradition
Depuis les années 1990, on constate un regain d’intérêt de certains Indiens pour la Tadition. Dès lors, les termes tamouls du sud de l’Inde réapparaissent et tendent à remplacer des expressions comme l’ « abbé couli » qui devient le « pouçari » et le culte aux ancêtres, désormais appelé le « semblani ».

« L’indianité qui, selon Ernest Moutoussamy, est le fait de conserver des pratiques indiennes que ce soit en jouant des instruments indiens, en pratiquant la religion ou en parlant la langue », ne concerne pas la majorité des Indiens.

Des danses traditionnelles, qui mettent en scène des histoires retraçant la vie des dieux, telles le bharata natyam , plus vieille danse traditionnelle de l’Inde, connaissent, elles aussi, un renouveau depuis quelques années.
Elles sont accompagnées de musique, le plus souvent les tambours tamouls et les taloms (cymbales).

Se souvenir des anciens
La langue tamoule, pratiquement disparue, revient jusque dans les écoles. De jeunes prêtres du culte indien, les pouçaris, apprennent cette langue, afin de mieux se pénétrer de l’hindouisme. Ils suivent ainsi les pas de Jean-Robert Hira, alias Pè Nèg, exemple même du pouçari guadeloupéen.

D’autres décident de pousser encore plus loin leur recherche identitaire en effectuant un voyage en Inde.

Au terme des manifestations célébrées au cours de l’année 2004, les indo-guadeloupéens n’ont pas manqué de découvrir ou redécouvrir l’histoire de leur ancêtres et de comprendre la genèse de leur culture métisse.

Les dernières célébrations ont également été l’occasion de faire découvrir à tous les Guadeloupéens, qui pouvaient la méconnaitre, la Culture indienne, grâce aux sonorités des tambours indiens mêlés à celles du kâ.



Stephanie Serac